Des clauses d'exclusivité imposée aux auteurs pour les festivals littéraires

Cécile Mazin - 26.02.2016

Culture, Arts et Lettres - Salons - Clauses exclusivité - festival auteurs - rémunération manifestation


Quand les auteurs français réclament légitimement à être rémunérés pour leurs interventions au cours de manifestations littéraires, les auteurs britanniques plaident pour de plus justes rémunérations. Sauf Joanne Harris : cette auteure a annoncé qu’elle ne prendrait pas part à un festival, en raison des conditions contractuelles imposées. Et pour le moins stupéfiantes, en effet.


Joanne Harris at Humber Mouth 2007
Joanne Harris (Wallnut Whippet, CC BY 2.0)

 

Soucieuse de protéger malgré tout les organisateurs, Joanne Harris ne divulguera pas le nom de cet événement. Juste les conditions : une clause d’exclusivité de six semaines lui interdisant de participer à une manifestation dans la région, et cinq exemplaires gratuits du livre. Et c’est après cela qu’elle a exprimé son refus, net et précis.

 

« Les termes du contrat sont déraisonnables. Je parlais à mon attachée de presse de cela et elle m’a dit qu’il y avait beaucoup de contrats similaires. L’exclusivité commence à poser un énorme problème parce qu’il rend les tournées promotionnelles pratiquement impossibles », balance-t-elle. De l’importance de lire les contrats soigneusement...

 

Elle réclame alors que la Society of Authors établisse un contrat type qui servira pour toutes les manifestations littéraires, de sorte que les auteurs soient protégés contre de pareilles clauses abusives. « Je pense qu’il est temps pour la SoA d’avoir un contrat standard pour l’industrie, plutôt que de permettre à des festivals de décider de leurs propres termes. » 

 

Une prise de position qui fait des vagues : le mois dernier, Philip Pullman, président de la SoA quittait avec pertes et fracas son poste de président d’honneur de l’Oxford Literary Festival. « Nous, auteurs, sommes au centre de la fête et l’unique raison qui pousse les gens à acheter des billets. Ce n’est que justice, que nous soyons rémunérés. Les autres festivals payent, et l’Oxford Festival rémunère tout un chacun engagé dans l’événement, depuis les personnes qui nettoient en passant par celles qui installent les chapiteaux », déclarait-il. 

 

Sa décision fut largement approuvée et suivie : plusieurs autres gros vendeurs décidèrent de contacter leur maison d’édition, pour annoncer leur refus de prendre part à des manifestations, pour les mêmes raisons.


Pas de recommandations contractuelles, juste des lignes de conduite
 

Nicola Solomon, directrice générale de la SoA rappelle qu’un document est disponible en ligne, pour pointer les règles de bonne conduite. On y traite de la transparence, des paiements, des dépenses à effectuer, et des négociations sur les ventes. Cependant, elle ne préconise pas encore une solution contractuelle ferme : la SoA ne peut qu’inciter les manifestations à suivre les directives proposées.

 

« Comme Joanne, nous avons pris conscience qu’un certain nombre de festivals tentent d’imposer des clauses d’exclusivité aux auteurs. Cela nous semble injuste et singulièrement inapproprié, en particulier lorsque les auteurs sont si peu payés, pour les manifestations. Nous allons ajouter ce point aux grandes lignes, quand nous procéderons à la révision [du document] plus tard dans l’année. »

 

Joanne Harris avait déjà proposé un Manifeste, en 12 points, qui devrait servir de guide de bonne conduite. (via The Bookseller)
 

En France, la rémunération des auteurs est devenue un véritable débat, alors que le Centre national du livre a décidé de ne plus soutenir financièrement les événements qui ne paieraient pas les écrivains. Sous certains critères, toutefois :

  • Les rencontres simples centrées sur le dernier ouvrage de l’auteur invité seront a minima rémunérées 150 € HT
  • Les rencontres nécessitant un temps de travail préparatoire seront a minima rémunérées 226 € HT (correspondant au tarif proposé par la Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse pour une intervention d’une demi-journée)
  • Les lectures-performances, les concerts littéraires conduits par les auteurs seront rémunérés a minima 400 € HT 

 

Pierre Assouline, juré du prix Goncourt et écrivain, avait salué l’initiative : « En ces temps où le principe de gratuité promu par Internet menace de s’installer en tyrannie, il faut louer le CNL d’avoir rappelé que, lorsqu’un écrivain prend sur son temps d’écriture, de réflexion et de rumination pour parler en public, livrer le fruit de ses méditations, faire partager son expérience, il travaille, lui aussi. Et que cela a un coût. »