"Dieu, Hitler et Moi", Alan Moore au sommet

Fasseur Barbara - 17.03.2018

Culture, Arts et Lettres - Salons - Alan Moore Paris - Livre Paris 2018 - Entretien Grande Scène


Le visage d’Alan Moore et sa barbe imposante sont immanquables sur l’écran géant de la grande scène. Surplombant le public de Livre Paris, c’est en direct depuis Northampton qu’il nous fait l’honneur de cet échange animé par Olivier Lamm. Le scénariste de comics n’est plus à présenter, mais s’il est ici aujourd’hui c’est avant tout pour nous éclairer sur Jérusalem, son deuxième roman paru aux éditions Inculte.

 
 
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

Avant toute chose, il est bon de rappeler le rapport si particulier qui lie l’auteur à la ville de Northampton. Ville des Midlands de l’Est située à une centaine de kilomètres de Londres, elle a vu naître et grandir Alan Moore. Mais pour lui c’est plus que ça.

Citant Einstein, il assure que sa naissance suffirait à élever la localité au rang de centre de l’univers. Mais au-delà de ça, il rappelle fièrement que cette petite ville a été le lieu de bien de moments historiques décisifs. « C’est ici que le premier parlement du monde a vu le jour, que la plupart des idées des croisades ont germé, c’est aussi à Northampton que la guerre civile britannique, mais aussi la guerre des Roses, se sont conclues. Et malgré tout cela, la ville est rarement mentionnée, même sur les cartes nationales. »

Alan Moore n'hésite pas à ajouter que selon lui, ce sont des anges qui ont guidé les hommes à Northampton et que, si Hitler avait décidé d’envahir l’Angleterre, il aurait probablement réussi s’il avait pris Northampton. Pour toutes ces raisons et bien d’autres, Northampton est sans conteste le centre de l’univers. « Et si vous voulez remettre ça en cause, c’est à Dieu, Hitler et moi qu’il faudra faire face. »

Et pourtant ce n’est pas Northampton dans son ensemble qui est au centre de Jérusalem, mais un faubourg bien particulier, son quartier populaire : The Boroughs. En plaçant un tel quartier au centre de son roman, il souhaitait le rendre universel, car « chaque ville, chaque pays possède un quartier comme celui-ci ».


Jérusalem, la ville aux spectres vivants d’Alan Moore


Et il était important pour Moore de se faire le porte-voix de la classe ouvrière, trop souvent mise de côté dans l’art fait par et pour la classe moyenne. Et ce alors même que le monde occidental subit un mouvement de paupérisation. Il cherche ainsi à faire comprendre ce que cela signifie d’être ou de vivre dans un quartier comme celui-ci.

Ecrire pour donner une voix aux gens de Northampton : il écrit pour eux, mais aussi pour qu’ils se fassent entendre. Car malgré ses apparences de livre érudit ou difficile à lire, il n’a reçu que des compliments des lecteurs issus de la classe populaire. « Jérusalem est avant tout accessible, et c’était mon but par-dessus tout. Je suis très fier d’être parvenu à rendre accessible à la classe ouvrière un livre qui parle de cette classe, de son histoire. »

Le concept au cœur de Jérusalem est celui exprimé par Einstein selon lequel nous vivons dans un Univers-bloc. Tout y est éternel et immuable, ainsi même la localité la plus démunie peut devenir une cité éternelle. Ainsi, si l’on doit appréhender toutes nos actions à travers le prisme de l’éternalisme, tout prendra du sens pour toujours. C’est la philosophie de l’ici et maintenant.

«  La vie est parfois une vraie tragédie ; plutôt que de chercher à gagner notre place au paradis, je pense que nous pouvons choisir d’avoir une bonne vie ici et maintenant. Après tout, c’est la seule que nous ayons. Une des raisons qui m’a poussé à écrire ce livre est ma grand-mère. Très croyante, elle a vécu une vie miséreuse dans l’espoir de trouver au paradis gratitude et remerciements. Nous ferions mieux de croire en une seule vie qui est éternelle, et qui nous pousse à la rendre meilleure, plutôt que d’attendre les remerciements du paradis pour une vie de souffrance. Vivre cette seule vie que nous avons dans l’ombre de la peur de la mort, c’est tragique. C’est pourquoi la théorie de l’univers-bloc est immensément libératrice. »

Mais alors, pourquoi attendre si longtemps pour écrire ce deuxième livre ? Alan Moore considère avoir perdu beaucoup de temps à gérer d’autres projets. « Je me dis parfois que j’aurais préféré écrire plus de romans et moins de romans graphiques, mais d’un autre côté, je crois que tout ça était prédéterminé, je n’avais pas vraiment le choix. Et puis mes deux romans sont plutôt riches, volumineux et intéressants, donc je ne suis pas si déçu que ça ».
 

En quête de sensations plus fortes, Alan Moore arrête le comics


Et s’il a décidé d’abandonner les comics au profit de la littérature, c’est que, tout comme l’illustrateur Kévin O’Neill, il partage la sensation que le médium a changé de direction. « Le monde des comics est maintenant infesté de super héros, et prétend à des choses dans lesquels Kévin et moi ne nous reconnaissons pas, alors on passe à autre chose ».

Pour conclure, Alan Moore n’y va pas par quatre chemins : il aimerait voir une grande partie de l’industrie du divertissement s’effondrer, car selon lui, c’est la seule solution pour stopper la spirale hystérique dans laquelle elle s’enfonce.

« Nous devons dépenser de plus en plus d’argent pour des films de plus en plus mauvais. La culture n’a jamais couté aussi cher alors qu’elle n’a jamais été aussi peu satisfaisante. Cet effondrement serait sans doute le bienvenu pour un renouvellement ». La vision apocalyptique d’une industrie du divertissement, comme un phœnix renaissant de ses cendres peut sembler un peu brutale, mais néanmoins nécessaire à ses yeux.

Et d’après Alan Moore, la culture connaîtra une vraie renaissance lorsque tout le monde aura la capacité d’exprimer sa propre culture, et ce sans aucune barrière financière. « À ce moment-là, on pourra vraiment avoir une culture de la rue, une culture populaire qui se répandra dans le monde entier ».

Alan Moore, traduit par Claro - Jerusalem - Editions Inculte - 9791095086444 - 28,90 €

Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.