Donald Trump assassiné façon Jules César : Tu quoque fili

Bouder Robin - 14.06.2017

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Nouvelle polémique autour du président des États-Unis, mais pour une fois, ce n'est pas lui qui l'a provoquée. Les plaintes fusent sur le directeur de théâtre Oskar Eustis et sa mise en scène de la pièce de Shakespeare Jules César, jouée à Central Park pour un festival mettant en avant les pièces de Shakespeare. Car le personnage principal ressemble comme deux gouttes d'eau à un certain Donald Trump, et ce n'est visiblement pas pour plaire aux Républicains.

 

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Donald Trump — Michael Vadon (CC BY-SA 4.0)



Près de 4 siècles après sa publication en 1623, le Jules César de Shakespeare passionne toujours autant les spectateurs ; cette année, des dizaines de compagnies de théâtre s'en sont notamment servi comme le moyen de faire passer un message politique aux Américains, alors que la Maison Blanche accueillait un président républicain. Mais si la pilule est semble-t-il passée pour la plupart des représentations, ce n'est pas le cas pour celle d'Oskar Eustis.

Le directeur artistique au Public Theater (New York) est visiblement allé trop loin en proposant, à l'occasion du festival « Shakespeare in the park », une mise en scène résolument moderne de la pièce, dans laquelle le personnage principal peut clairement être assimilé à Donald Trump. Bien sûr, la ressemblance n'est que suggérée, via les manières et le ton du comédien, mais depuis sa première représentation le 12 juin dernier, les internautes se déchaînent.

Alors que la scène cruciale de la mort de Jules César s'est rapidement répandue sur internet, les partisans de Trump ont levé les boucliers, menés par le fils du président, Donald Trump Jr., qui s'est interrogé ouvertement sur la frontière entre art et politique.
 


Les médias pro-Trump, Fox News en tête, ont aussitôt lancé une campagne visant à boycotter la pièce ; campagne qui a poussé certains des sponsors de la compagnie à se désengager, comme Delta Air Lines et Bank of America. L'administration du président aurait même menacé le Fonds national pour les arts de lui couper les vivres, l'obligeant à déclarer publiquement son non-soutien à la compagnie d'Eustis.

En revanche, la Ville de New York se positionne en faveur du Public Theater. Le commissaire aux Affaires culturelles de la Ville n'hésite pas à employer les grands mots : « Menacer d'arrêter de financer un groupe en raison d'un choix artistique revient à de la censure. Nous ne pouvons interférer avec du contenu créé sans but lucratif qui reçoit du soutien de la part du public, point final. »

Afin de remplacer les fonds perdus, certaines personnalités, dont Alec Baldwin, ont appelé les spectateurs à se mobiliser pour réunir la somme manquante. En attendant, Oskar Eustis a déclaré qu'il avait entendu les critiques, mais a plutôt l'air de les prendre comme des compliments, lui pour qui l'art doit être avant tout provocateur.

Le metteur en scène a tenu à défendre ses choix lors d'un discours à l'ouverture d'une de ses représentations : « Lorsque nous tendons un miroir à la nature, bien souvent, ce que nous y voyons nous dérange, nous énerve, provoque des choses en nous. Dieu merci, c'est notre boulot. »
 

La provocation est le mot qui doit animer le théâtre et l'art en général, selon Eustis, le tout afin de défendre des valeurs chères à l'Amérique, comme il l'a expliqué dans un communiqué public : « Notre interprétation de Jules César ne prône en aucun cas la violence envers autrui. La pièce de Shakespeare et notre version vont dans le sens inverse : ceux qui tentent de défendre la démocratie en employant des moyens non démocratiques en paient le prix fort en détruisant la chose qu'ils essaient précisément de sauver. Depuis 400 ans, la pièce de Shakespeare raconte cette histoire, et nous sommes fiers de la raconter de nouveau à Central Park. »

La pièce sera jouée pour la dernière fois le 18 juin. Donald Trump se voit donc condamné à mourir quelques fois encore avant la fin du festival...



Via The Washington Post