Dylan se fait désirer, et Irvine Welsh dénonce un prix "nostalgique et malsain"

Julien Helmlinger - 14.10.2016

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Irvine Welsh - Bob Dylan - Prix Nobel


La twittosphère littéraire se diviserait depuis hier, entre hippies et autres malcontents, face à l’octroi d’un Prix Nobel de littérature à Bob Dylan. Premier chanteur jamais décoré des prestigieux lauriers, il ne fait pas l’unanimité parmi les écrivains, visiblement même parmi ses fans, à l’image du très caustique Irvine Welsh. Et puis l’artiste, lui ne s’est pas rendu disponible depuis, même pas pour égrener une série de pancartes en guise de réaction silencieuse. 

 

 

 

Cette décision était à la fois attendue et redoutée depuis 2011, voire plus tôt. « Si Dylan est un poète, alors, moi, je suis basketteur », avait notamment dit Norman Mailer. À l’annonce du Prix ce jeudi, les réactions n’ont pas tardé. Sur Twitter l’auteur de Trainspotting a lâché : « Je suis fan de Dylan, mais c’est une récompense nostalgique et fondamentalement malsaine arrachée aux prostates séniles de hippies bavards ». L’Écossais aura vexé certaines âmes sensibles au passage.

 

En France aussi certains déplorent une sorte de dépréciation potentielle de la figure de l’écrivain. Voire on en conclut que « le Nobel de littérature, maintenant, c’est rire et chansons, hein », comme l’écrivain Christophe Claro. Du côté des conquis, Salman Rushdie a par exemple réagi ainsi « d’Orphée à Faiz, la chanson et la poésie ont toujours été liées. Dylan est l’héritier brillant de la tradition des bardes. Excellent choix ». Ce à quoi Joyce Carol Oates, a rétorqué que « Leonard Cohen, oui, il le mérite bien ». 

 

Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication, salue le choix audacieux et remarquable de remettre pour la première fois le Prix Nobel de littérature à un auteur, compositeur et musicien, poète exceptionnel. Issu d’une famille d’Europe de l’Est ayant fui les pogroms, Bob Dylan convoque à lui seul des pans entiers de la culture américaine des cinquante dernières années, en conscience éclairée d’une génération. Ses textes d’une richesse incroyable comme les mélodies inoubliables de titres tels que « Knockin’ on heaven’s door », « Like a rolling stone » ou « Hurricane », portés par une voix reconnaissable entre toutes, ont façonné notre patrimoine commun. Audrey Azoulay, ministre de la Culture

 

 

Le « poète » a été récompensé il y a plus de 24 heures. Mais bien que Dylan donnait hier soir un concert, lors duquel il n'aurait d'ailleurs pas mentionné son prix mais se serait contenté de chanter, l'Adacémie suédoise n'a pu joindre que son agent et le responsable de la tournée. D'après le Washington Post, qui a contacté des proches, « Dylan est resté silencieux toute la journée au sujet de sa récompense ». 

 

Les temps changent, Assouline, les temps changent  

 

« Et s'ils te suivent, ne regarde pas en arrière », dit la chanson. Alors que les lauréats sont invités chaque année le 10 décembre à Stockholm, pour recevoir leur prix des mains du roi de Suède et donner un discours lors d'un banquet, on peut imaginer que le Nobel de littérature 2016 ne sera pas présent.

 

Lorsqu'en 1964 Jean-Paul Sartre avait refusé sa récompense, les 273.000 couronnes promises avec le prix ne lui ont pas été remis. Lui, avait immédiatement annoncé qu'il refusait le Nobel. 

 

 

 

(via LeFigaro, LeMonde)