Ebauche d'un vertige : Cioran, 'il faut le lire'

Clément Solym - 20.03.2011

Culture, Arts et Lettres - Salons - cioran - pessimisme - emil


Cette année, le Salon du Livre rend hommage à Cioran. À l'occasion de son centenaire, l'Institut Culturel roumain organise entretiens, projections et colloques en l'honneur de ce « pessimiste jubilatoire ». En ce matin, quelques auditeurs matinaux pouvaient suivre sur une vidéo « Un siècle d'écrivains » de Bernard Jourdain et Patrice Bollon les grandes pensées et petites errances du dandy métaphysique.

De l'inconvénient d'être né

Si l'on ne connaît pas le philosophe roumain, on retient au moins ses aphorismes grinçants et son mode de vie atypique ou sa figure d'homme apatride.
 


Le film se déroule comme une rêverie, une promenade un peu froide, mais familière... On écoute les extraits que lisent à voix haute Jean Loup Sieff, Fréderic Mitterand, Andree Putman des écrits de Cioran. On peut retenir ces morceaux qui résonnent comme des maximes : « Rien n'est plus stérilisant que d'admirer ses géniteurs » ou « l'ennui, c'est la conscience du temps, mais pas le temps qui passe, le temps qui ne passe pas » pour ne citer que les indispensables.

« on apprend plus dans une nuit blanche que dans un an de sommeil »

Emil Cioran est présenté dans son élément. On voit quelques images de Bucarest, traversé par les troupeaux de chèvres et les charrettes. « Le Paris des Balkans » comme dit l'autre. Alors, on reste attentif à la voix de Cioran qui livre dans son accent roumain ses réflexions. On y apprend qu'il fréquente les bibliothèques et les bordels. Cioran a passé 25 ans de sa vie à dormir dans des hôtels, manger à la cantine - avant qu'il n'en soit chassé -, il fuit le domicile pour n'appartenir à rien. Au confort des quatre murs, il préfère la rue.

L'œuvre de Cioran est marquée du sceau du pessimisme et du scepticisme. En 1973, Cioran publie son œuvre la plus marquante : De l'inconvénient d'être né. En 87, il publie son ultime ouvrage, Aveux et Anathèmes parce qu'il en a « […] marre de pester contre le monde » avant de mourir, en 1995 de la maladie d'Alzheimer sans avoir mis à exécution son projet de suicide.

Cioran se nourrit de haine et refuse de croquer du grotesque


« Ce qui m'a sauvé, c'est l'idée du suicide ». Cioran est connu pour être le styliste du désespoir, le film rend évidemment compte de son identité de pessimiste, mais souligne aussi l'attrait du philosophe pour l'idéologie nazie... En effet, Cioran a tenu des propos antisémites dans La transfiguration de la Roumanie mais il ne sera jamais actionniste et semble habité par ces pensées pour apaiser son « besoin de folie »

Le mythe Cioran

La vidéo rend compte de nombreux aspects de celui que certains ne voient que comme le poète maudit, désespéré, vagabondant en pestant contre un monde aveuglé d'illusions. En bref, Cioran est dépeint d'une façon juste, les morceaux choisis de ses œuvres restent bien en tête et les pièces de Bach colorent le documentaire.

Un bémol pour les férus de Cioran cependant, il semble peut-être que l'accent fut un peu trop mis sur la figure marginale de l'auteur, mais c'est avec plaisir et enchantement qu'on l'entend prononcer : « On peut s'affirmer nihiliste et tomber amoureux comme un idiot ». Ainsi, les paroles du lucide extraordinaire plus que les images traduisent la conscience qu'il avait du miracle de cet enfer qu'est la vie.

Lorsque c'est le moment du générique de fin, un voisin, en se levant me dirigea la conclusion de mon article : « Pas évident de prendre des notes sur Cioran, il faut le lire »
 


 

Alors, bonne lecture!




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