Edgar Hilsenrath applique son humour noir au génocide arménien

Claire Darfeuille - 24.04.2015

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Génocide arménien - Le Tripode - Edgar Hilsenrath


Alors qu'est commémoré le centenaire du génocide arménien, le grand auteur allemand Edgar Hilsenrath est en France où sa maison d'édition Le Tripode réédite Le conte de la dernière pensée. Il sera ce vendredi 24 avril 2015 au MK2 quai de Loire et samedi 25 avril au Centre d'Art Contemporain et au Théâtre Studio d'Alforville, où réside une importante communauté arménienne. 

 

 

 

 

« Je suis tombé amoureux du peuple arménien et du sujet. Je me sentais moi-même arménien pendant l'écriture du Conte de la dernière pensée », raconte Edgar Hilsenrath (89 ans) qui a fait le déplacement de Berlin à Paris en cette semaine de commémoration du génocide arménien et participait mardi 21 avril 2015 à une lecture à la Maison de la Poésie.

 

Joachim Umlauf, directeur du Goethe Institut de Paris, qui a co-organisé avec Le Tripode la venue de Edgar Hilsenrath en France, rappelle que l'auteur juif allemand est considéré comme « l'un des plus grand écrivains germanophones de ces 50 dernières années » et exprime toute son admiration pour son « œuvre immense, redécouverte sur le tard ». Il explique ensuite la place à part que tient dans l'oeuvre d'Edgar Hilsenrath Le conte de la dernière pensée, seul roman qui ne soit pas consacré à la shoah. Tous les autres livres de l'auteur sont inspirés de l'histoire de sa famille déportée dans un ghetto roumain, puis contrainte à l'exil en Palestine, en France et aux USA.  

 

« J'avais écrit plusieurs romans sur la shoah, je voulais encore en écrire un sur l'holocauste, mais plus sur l'holocauste juif. Je suis tombé automatiquement sur le génocide arménien », explique le vieil homme, dont la publication du premier livre Nuit a suscité de vives polémiques, avant d'être reconnu comme une œuvre majeure. Trop noir, trop cru, trop tôt ?

 

L'holocauste décrit du point de vue des nazis

 

« Le public n'était pas prêt », avance Joachim Umlauf, contredit par le malicieux Edgar Hilsenrath qui lance : « Je ne pense pas que les gens ne sont pas prêts, ce sont les éditeurs qui le croient ! ». Son second livre Le nazi et le barbier, sorti aux USA en 1971, puis en Allemagne en 1977, fit aussi couler beaucoup d'encre. Pour la première fois l'holocauste était décrit du point de vue des nazis, avec le même humour noir qui traverse toute son œuvre et rendit difficile sa publication après guerre. Le livre fut ainsi longtemps boycotté par les éditeurs allemands qui avaient peur d'être taxés d'antisémitisme. « Je me suis beaucoup amusé à l'écrire », confie Edgar Hilsenrath dont les récits inclassables oscillent toujours entre le tragique et le burlesque, l'horreur et la farce, le témoignage historique et la satire.

 

 « C'est une œuvre très hybride, et même « trash », d'une originalité énorme », résume Joachim Umlauf qui rappelle que le Prix Nerval SGDL/Goethe Institut a été décerné aux traducteurs français de Nuit en 2012, Sacha Zilberfarb et Jörg Stickan. Cette reconnaissance et l'entreprise de republication engagée par le Tripode [à l'époque les éditions Attila, NdR] permirent à beaucoup de découvrir ou de redécouvrir le texte. Le Conte de la dernière pensée a été pour sa part traduit par Bernard Kreiss. Déjà auteur de la première traduction parue en 1992, celui-ci a voulu réviser l'ensemble du texte, au motif « qu'en 20 ans, un homme change, et dans le meilleur des cas, il se bonnifie ». La nouvelle version rétablit également la typographie, quelque peu bousculée dans la précédente édition.

 

Vingt sérigraphies inspirées du roman

 

L'actuelle reparution est accompagnée d'un projet original du Tripode intitulé « Les 400 coups ». La maison d'édition a confié à 20 artistes sérigraphes la réalisation d'estampes librement inspirées par le roman. Ceux-ci offriront aujourd'hui, vendredi 24 avril 2015 à 20h, à Edgar Hilsenrath le premier tirage de chacune des œuvres, lesquelles sont encore exposées jusqu'au 30 avril au MK2 quai de Loire.

 

Demain, samedi 25 avril, il sera reçu à Alfortville pour le finissage de l'exposition au Centre d'Art Contemporain de la ville, suivi d'une lecture de Christian Benedetti et d'une grande soirée au Théâtre-Studio. Toutes les infos sur la page facebook du Tripode.