En invitant Oman, Livre Paris “collabore” avec un pays qui pratique la censure

Antoine Oury - 13.03.2019

Culture, Arts et Lettres - Salons - Oman - Livre Paris - censure salon livre


Le salon Livre Paris, qui ouvrira ses portes du 15 au 18 mars 2019, s'est choisi comme pays invité d'honneur le sultanat d'Oman, charmante contrée située entre l'Arabie saoudite, le Yémen et les Émirats arabes unis. Si une industrie de l'édition se développe au sein du royaume, c'est sous le contrôle strict des autorités et du gouvernement. Une invitation consensuelle et polémique dénoncée par le Centre omanais des droits de l'Homme.

The Sultanate of Oman - London Book Fair 2015
Oman à la Foire du Livre de Londres, en 2015 (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Livre Paris offre une place de choix à un pays et un gouvernement qui malmènent les droits de l'homme, notamment ceux des auteurs et des journalistes. Tel est, en substance, le message passé par le Centre omanais des droits de l'Homme par l'intermédiaire de son directeur, Nabhan Al Hanshi, lui-même auteur de plusieurs livres publiés et réfugié politique au Royaume-Uni depuis quelques années. 
 

La censure, la prison, lignes directrices ou éditoriales ?


« Nous voulons attirer l'attention, en France, sur la manière dont Oman traite ses auteurs et journalistes, ainsi que la censure politique de nombreux livres », nous explique Al Hanshi par email. L'invitation d'honneur du sultanat d'Oman par le salon Livre Paris est, pour lui, incompréhensible. Les messages envoyés à l'organisation du salon sont restés sans réponse.

Les ouvrages censurés par le sultanat d'Oman sont variés, mais, comme souvent dans les pays du golfe, ceux contenant des observations politiques et des contenus sexuels sont dans le collimateur : les livres étrangers, importés dans le pays, passent eux aussi sous l'oeil de la censure. Selon Nabhan Al Hanshi, tous les livres sont exposés, « dès lors qu'ils évoquent la religion ou les droits de l'homme à Oman ».

D'après le directeur du Centre, les livres risquent la censure, mais les écrivains s'exposent aussi à la prison : « Si un auteur publie un livre qui critique le gouvernement ou la situation au regard des droits de l'Homme, il s'expose dangereusement à une arrestation », explique-t-il.

À ses yeux, l'invitation d'Oman au salon Livre Paris s'apparente à une « collaboration tacite », d'autant plus que c'est « le ministère qui est mis en avant, et pas les livres ou les écrivains omanais », ajoute-t-il.
 

La souplesse des foires du livre vis-à-vis de la censure


Malgré nos demandes répétées, ni le directeur de la programmation de Livre Paris, Gauthier Morax, ni Vincent Montagne, président du Syndicat national de l'édition, coorganisateur de l'événement, n'ont souhaité répondre à nos questions. C'est pourtant le Syndicat national de l'édition qui, selon nos informations, a démarché le sultanat d'Oman.

Oman Livre Paris
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
En fermant les yeux sur des principes pourtant régulièrement défendus par le SNE, comme la liberté de publier ou le droit d'auteur – ou les Droits de l'Homme plus globalement. De là à envisager que les intérêts économiques puissent prendre l'ascendant sur ces considérations...

À sa décharge, le salon Livre Paris n'est pas le seul à accueillir entre ses murs des pays plutôt sévères avec la liberté d'expression ou avec les libertés civiques tout court. La Foire du Livre de Londres, également organisée par Reed Expositions, mais aussi la Foire du Livre de Francfort ont fait une place pour des régimes comme l'Arabie saoudite, l'émirat de Charjah, le sultanat d'Oman ou encore la République populaire de Chine.
Tous ces pays font même partie de ceux dont les stands sont les plus imposants, et pour cause : la richesse de ces régions, désormais bien connue, se prolonge dans une politique d'investissement dans la culture très importante. Une stratégie du soft power particulièrement bien rodée, qui a vu, par exemple, Charjah être élue capitale mondiale du livre de l'UNESCO pour 2019.

Si certaines initiatives en matière de livres et de lecture peuvent être motivées par une véritable envie d'alphabétisation, la censure et le contrôle strict des publications restent d'actualité. À Charjah, par exemple, malgré un soutien financier affiché à l'édition de la part du gouvernement, le processus de censure est toujours en place, et le plus important groupe d'édition appartient à... la fille de l'émir.

Autant de petits arrangements qui n'ont rien à envier, finalement, à la diplomatie française consensuelle vis-à-vis des pays acheteurs d'armes...


Commentaires
Comment pouvez-vous écrire de telles âneries ? Vous ne connaissez sûrement pas le Sultanat d'Oman. Vous trompez vos lecteurs en l'associant à ses voisins. Charjah est en EAU pas à Oman. Le Sultanat d'Oman est plus respectueux des droits de la femme et des droits de l'homme en général que la France grâce à Sa Majesté le Sultant Qaboos qui oeuvre depuis toujours, avec succès, au bien être de son pays. Avez-vous, au moins, visitez le Sultanat d'Oman ou peut être n'en avez-vous pas les moyens financiers ? Ou pensez vous que censurer la pornographie et les jeux vidéos violents suffise à le classer comme un pays infréquentable ? Effectivement, vous en France, vous êtes un exemple de pays : gilets jaunes dans la rue, Marine le Pen à la porte des présidentielles, agressions en tout genre, SDF, sans compter la prostitutions "humaines" et les violeurs d'enfant que vous vous trimbaler dans toutes les églises etc sa motive !

http://www.islam-in-oman.com/fr/ibadisme/lislam-aujourdhui/femmes-politique-education.html
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