Entre la matraque et l'insurgé, le livre s'interpose

Clément Solym - 26.07.2012

Culture, Arts et Lettres - Salons - manifestation - Occupy - livre bouclier


Les livres ont toujours fait d'excellents alliés dans les manifestations contre l'ordre établi : on se souvient de la bibliothèque d'Occupy Wall Street, malmenée à plusieurs reprises, mais dont les rayonnages plient toujours, sans se rompre. (voir notre actualitté) Mais, lorsque les rues se soulèvent contre l'assaillant, et que celui-ci réplique à grands coups de matraque, la meilleure couverture reste encore celle de son livre préféré.

 

 

odio i

 (auteur : Remo Cassella)



Sur le modèle des Black bloc, ces quasi-institutions de la stratégie insurgée qui consistent en un rassemblement en rang serré, très serré, pour ne laisser aucune prise aux forces de l'ordre, les Book bloc protègent les lecteurs en colère derrière titre, auteur et parfois même illustration.

 

Si vous passez par New York d'ici la fin de la semaine, les bibliothécaires d'Occupy Wall Street organisent un atelier Do It Yourself, pendant lequel il feront un topo sur « l'histoire des Book bloc et l'usage symbolique et tactique des livres. » Si vous êtes privés de vacances, la vidéo ci-dessous pourra faire l'affaire.

 

Parmi les titres utilisés, on trouve La Tempête du bon Shakespeare, Le chevalier inexistant d'Italo Calvino, L'Histoire de la sexualité de Michel Foucault ou encore Total Khéops de Jean-Claude Izzo... Le potentiel sulfureux de l'ouvrage compte autant que la valeur symbolique de son titre, mais sa résistance n'est, elle, que déterminée par la solidité du plexiglas utilisé pour la fabrication... ou par le zèle de la maréchaussée.

 

À l'université de Berkeley, quand ces derniers ont démoli le campement des étudiants, les jeunes impertinents ont ouvert des livres devant leurs visages en proclamant : « Voilà nos nouvelles tentes ! » : de quoi donner un nouvel élan à leur piquet de grève, serrés comme des sardines, évidemment.