Etonnants Voyageurs : une aventure littéraire de 25 ans

Cécile Pellerin - 26.05.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - Étonnants voyageurs - littérature fête


Les 28 lieux du festival répartis en trois pôles à Saint-Malo ont bien eu du mal à contenir le public du 25e Etonnants Voyageurs. Les queues interminables devant l'Auditorium ou la Rotonde du Palais du Grand large, les salles trop petites de l'Hôtel du Nouveau Monde obligeant les spectateurs à venir plusieurs heures en avance pour assister à la conférence de leur choix, l'attente inconfortable dans les escaliers vétustes de l'École Maritime ou encore juste un petit coin de moquette et de mur pour espérer apercevoir les écrivains invités qui défilent tous ou presque au Café littéraire, ont été les conditions d'accueil d'un grand nombre de festivaliers.

 


Sylvain Coher, ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

Si certains ont gardé sourire et patience, d'autres, plus ronchons, agacés d'avoir payé un droit d'entrée qui, au final, ne leur a pas permis d'approcher ni d'entendre les auteurs convoités, sont repartis frustrés de leur voyage littéraire.

 

Difficile, en effet, de ne pas perdre la tête face à aux nombreuses thématiques proposées durant ces trois jours et, à moins de picorer, ça et là, au hasard des portes qui veulent bien encore s'ouvrir, car impossible de tout voir, de tout entendre.

 

Les choix sont bien difficiles entre les tables rondes consacrées au polar européen, à la figure du sérial killer ou à la Série noire. Faut-il préférer les régions polaires, le littoral ou s'aventurer dans le Grand Ouest Américain, le Western, s'immerger dans la Francophonie et croiser au passage le trio ministériel Taubira, Girardin, Cazeneuve, ou bien se laisser gagner par l'intimité de la poésie en compagnie de Valérie Rouzeau ou d'Yvon Le Men ?

 

Préférer encore le pouvoir du conte, celui raconté par Luis Sepulveda ou Timothée de Fombelle, se laisser emporter par la bonne humeur de JeanTeulé, comprendre enfin la science avec le philosophe Michel Serres ou encore se plonger dans l'actualité des migrants avec les Italiens Gianpaolo Musumeci et Andrea Di Nicola de Trafiquants d'hommes, s'interroger sur le retour du religieux et tenter de saisir comment se développe l'intégrisme avec Boualem Sansal ou Alaa El Aswany… Autant de pistes pour mieux comprendre ce nouveau monde, s'évader, rêver, s'émouvoir, se réjouir, s'instruire et changer, peut-être ?

 

Quoi de plus naturel ensuite de parcourir les allées du gigantesque salon du livre pour retrouver les livres évoqués, tenter de se frayer un passage, d'approcher un stand d'éditeur, de résister aux achats compulsifs tellement tentants. De quoi faire des réserves de lectures pour plusieurs mois !

Mais le plaisir le plus intense reste sans doute celui, qui permet, au hasard d'un café, d'une rue, d'un banc plus isolés, loin de la foule, d'être l'auditeur discret de conversations impromptues et plus naturelles entre des auteurs, qui le temps d'une promenade, d'une échappée redeviennent des gens ordinaires, accessibles bien éloignés d'une certaine starisation qui semble vouloir se mettre en place, même à Saint-Malo.

 

Pour aimer le festival Etonnants Voyageurs, il faut accepter de dévier sa route, son programme, être curieux, ouvert, aimer l'inattendu, l'imprévu, prendre son temps plutôt que courir d'une salle à l'autre, éviter peut-être les émissions France Inter ou France Culture, quitter le centre, de temps à autre, pour les maisons de quartiers où la rencontre est souvent plus intense et privilégiée. Et puis surtout, parce que c'est essentiel, s'imprégner de l'air marin, se promener sur le sillon, lire quelques pages sur la plage, s'extraire de la foule et de l'effervescence, profiter du moment, du voyage immobile ou de l'histoire d'un escargot qui découvrit l'importance de la lenteur.

 

Rien ne sert de courir : 250 auteurs, 500 heures de programmation, 300 débats, sept prix littéraires, plus de 180 bénévoles, une vingtaine d'interprètes, une quinzaine de librairies pour représenter plus de 150 éditeurs, sans oublier les expositions, les nombreux films…

 

Ainsi, avec les Etonnants Voyageurs, Saint-Malo est, sans conteste, le temps d'un week-end, la Capitale des Lettres Mondiales.

 

Ça change de Paris, non ?

 

Les Prix littéraires du Festival 

Prix Littérature-Monde /AFD

— Simone Schwartz-Bart, L'ancêtre en solitude (Seuil)

— Philipp MeyerLe fils (Albin Michel)

 

Prix Joseph Kessel

— Eric VuillardTristesse de la Terre (Actes Sud)

 

Prix Gens de mer

— Nicolas CavaillèsPourquoi le saut des baleines ? (Le Sonneur)

 

Prix Nicolas Bouvier

— Paolo RumizLe Phare : Voyage immobile (Hoebecke)

 

Prix Étonnants Voyageurs

— Sylvain CoherNord-nord-ouest (Actes Sud)

 

Prix Robert Ganzo de poésie

— Valérie Rouzeau

 

Grand Prix de l'Imaginaire

— Christophe Lambert, Aucun homme n'est une île (J'ai lu)