Être auteur au Salon du livre de Paris : l'accréditation fatidique

Nicolas Gary - 24.02.2014

Culture, Arts et Lettres - Salons - Salon du livre de paris - auteurs - accréditation


Décidément, les éditions du Salon du livre de Paris se suivent et… certains sujets tendent à se ressembler. En 2012, déjà, l'accréditation des auteurs avait provoqué une jolie bronca. La Charte des auteurs avait dégainé un communiqué au vitriol après avoir « découvert avec stupeur les nouvelles règles d'accréditation ». En effet, seuls les auteurs munis d'une lettre d'éditeur, et/ou les membres d'une société professionnelle pouvaient accéder gratuitement à la manifestation.

 

 

Bernard Werber

Bernard Werber, auteur et accrédité

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Un courrier directement adressé au commissaire général du Salon, Bertrand Morisset, et qui était ouvertement pris à partie : « Doit-on vous rappeler que les auteurs viennent gracieusement au Salon, et qu'ils sont la raison des bénéfices de votre entreprise privée ? […] Penser que restreindre l'accès aux auteurs permettra de lutter contre la délinquance est non seulement illusoire, mais aussi blessant. Ce rapprochement provoque un grand malaise parmi les auteurs. Une fois encore, ce sont les catégories les plus précaires de l'édition qui font les frais d'un climat sécuritaire. »

 

En effet, l'époque était à la lutte, pour les organisateurs du Salon, à la lutte contre la revente illégale de billets d'entrée, une vente à la sauvette passible de 15.000 € d'amende, puis 30.000 € et une année de prison en cas de récidive. En choisissant de resserrer les conditions d'obtention de l'accréditation, le Salon entendait couper court à cette pratique, et le commissaire général de regretter une formulation probablement mal tournée, mais « en rien tourné[e] contre les auteurs ».

 

Reed Expo avait finalement présenté des excuses publiques, adressées aux auteurs, et pour obtenir le sésame, il suffisait alors de présenter un « scan de la carte SGDL, SCAM, Maison des écrivains, Charte des Illustrateurs, ATLF, SNAC, OU lettre accréditive émanant d'une structure éditoriale OU scan de la couverture du livre ». Avant que Reed ne revienne sur la question, il était en effet impossible, pour un auteur, de demander son accréditation en ligne - l'entrée Auteur n'existait simplement pas. 

 

Retour vers le Futur, saison 2

 

Rendez-vous en 2013, donc, où le ton remonte à cause du même problème. Et à l'approche de la 33e édition, une nouvelle politique était adoptée par les organisateurs du Salon : si l'on avait pris les devants, pour anticiper la polémique, en lui fermant la porte, cette dernière avait trouvé le chemin de la cheminée. Dans le document 2013, les auteurs ne figuraient toujours pas dans la liste pour les accréditations. Et bien entendu, les réseaux se font la chambre d'écho des protestations. 

 

Un accord avait été trouvé entre les organisations d'auteurs : tout membre qui avait renouvelé son adhésion à la SCAM, la Charte, l'ATLF, ou la SGDL, la SOFIA, pouvait gratuitement accéder à la caverne d'Ali Baba. En clair, tous les membres des associations constitutives du Conseil Permanent des Écrivains pourraient rentrer. Pour les autres, il faudrait avoir une actualité sur le Salon, qui justifierait l'accréditation. Un mot de l'éditeur pouvait encore permettre de tenter la dérogation. Et 2013 allait bien se passer…

 

Retour vers le Futur, saison... 5

 

Pour 2014, les pré-accréditations professionnelles ont été mises en ligne récemment. Et comme précisé, « le Salon du livre de Paris revoit tout son système de pré-accréditation. La liste et l'organisation des métiers ont été redéfinies et le système affiné ». Pour celles-et-ceux qui étaient venus l'année passée, un email d'actualisation est envoyé, et un justificatif reste à fournir. Pour les nouveaux venus, bienvenue, mais il faudra remplir l'intégralité du formulaire. Et les justificatifs à fournir, cette année, sont décrits à cette adresse.  

 

Salon du Livre de Paris 2013 : vendeurs de faux tickets

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Sont valables, uniquement, des scans « de la carte SGDL, SCAM, Maison des écrivains, Charte des Illustrateurs, ATLF, SNAC. LES COUVERTURES DE LIVRE NE SONT PAS ACCEPTÉES ». Notons que l'adhésion à la Sofia fonctionne également. 

 

De quoi faire lever les sourcils de certains, qui apprécieront avec plus ou moins de bonheur, les dispositions 2014. « Cette politique découle d'un accord avec les sociétés d'auteurs. Les adhérents sont automatiquement accrédités. C'est une procédure que nous avons conclue en parfaite harmonie avec les organisations représentatives », nous précise Bertrand Morisset. « Pour les autres auteurs, la plupart, ce seront en dédicace, et il revient donc à leur éditeur de faire les démarches pour qu'ils soient pris en compte comme auteurs. »

 

La SCAM, jointe par ActuaLitté, confirme « qu'au travers du partenariat que nous avons mis en place avec la SGDL et le Salon du Livre, les auteurs membres disposent d'une modalité d'accréditation immédiate. Ce qui a été conclu convient d'ailleurs très bien aux auteurs - sauf ceux qui déplorent la dématérialisation permanente, et souhaiteraient le retour des invitations et des cartons imprimés ».

 

"Le Salon de l'écrit"

 

Il existe toutefois quelques petites nuances importantes : « L'Agessa représente une couverture sociale obligatoire et ne présuppose pas l'appartenance à une société d'auteurs. La maison des artistes n'est pas une association d'auteurs, mais une association d'artistes plasticiens. De la même manière, les adhérents de la Sacem ne sont pas accrédités. Le Salon du livre est le salon de l'écrit », souligne Bertrand Morisset.

 

Il ajoute : « Nous avons d'ailleurs proposé au Droit du Serf de nous faire parvenir la liste de ses membres, à qui nous ferons parvenir le lien d'accréditation, dans les mêmes conditions que les autres sociétés d'auteurs. Nous considérons que le Droit du Serf  est une organisation représentative d'auteurs, notamment, et la traitons comme telle. Ce procédé est plus efficace que de recourir à des inscriptions individuelles. D'ailleurs, pour l'instant, le Droit du Serf ne nous a pas répondu. »

 

Enfin, si les lettres accréditives d'éditeurs sont cette année rejetées, c'est que des maisons avaient, par le passé, réalisé ces courriers pour des dizaines d'auteurs, sans trop de distinction. « Aujourd'hui, nous faisons parvenir un lien sur lequel cliquer, c'est tout simple, et très vertueux », conclut le commissaire.

 

Joint par ActuaLitté, Yal Ayerdhal, un des représentants du Droit du Serf nous répond : « L'année dernière, ils nous avaient effectivement envoyé un email. Cette année, nous n'avons encore rien reçu. Ils ont peut-être perdu notre adresse ? droitduserf@gmail.com. » Yal, auteur, sera par ailleurs en dédicace au Salon : a-t-il pris le temps de vérifier avec son éditeur que l'accréditation était enregistrée ?