Europe, traduction, droit d'auteur : Macron inaugure la Foire de Francfort

Antoine Oury - 10.10.2017

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Emmanuel Macron était en déplacement à la Foire du Livre de Francfort, aujourd'hui, pour inaugurer cet événement majeur du monde du livre. La plus importante foire du secteur a accueilli le président de la République française pour un discours qui faisait écho à celui sur la refondation de l'Europe à la Sorbonne, quelques jours plus tôt, au cours duquel le président a pu s'en donner à coeur joie sur les références littéraires.


Foire du Livre de Francfort 2017
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 
Difficile de nier, lorsque l'on évoque Emmanuel Macron, une culture littéraire solide. Le jeune président, qui s'était affiché avec des livres sur sa photo officielle, s'est fait plaisir lors de l'inauguration de la Foire du Livre de Francfort, avec un discours émaillé de références littéraires pointues.   « Vous accueillez aujourd'hui la France et la francophonie », a commencé Emmanuel Macron, en soulignant d'emblée que cette langue française « n'appartient pas à celles et ceux qui sont nés français. Cette langue a toujours été forte, elle l'est depuis qu'elle accueille ceux qui l'ont choisie pour s'exprimer. » 

Dès le départ, le président de la République a tenu à faire de la langue française un lien entre les cultures et les pays.  Langue du partage, langue cosmopolite : le premier exemple de Macron sera une traduction, celle du Faust de Goethe par Gérard de Nerval : « Goethe disait qu'il ne pouvait plus lire son Faust en allemand, mais que le français lui avait permis de redécouvrir sa propre oeuvre », rappelle Macron, qui terminera son discours avec un appel à être « les enfants de Goethe et Nerval ». 

Cet espace d'échange que sont les langues françaises et allemandes, Macron le veut comme modèle pour l'Europe : « Cette Foire du livre n'est pas qu'une occasion diplomatique ou commerciale, c'est le lieu de ce qui nous unit », a insisté Emmanuel Macron, en écho à son discours de la Sorbonne dans lequel il avait déjà fait de la culture un levier pour refonder l'Europe. 
 

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« La langue française n'est forte que dans le multilinguisme, lorsqu'elle se frotte à d'autres langues. [...] Je veux rouvrir des classes bilangues partout là où ce n'est pas encore le cas », a annoncé Emmanuel Macron pour prolonger une de ses premières actions dans le domaine de l'éducation, d'ailleurs très remarquée outre-Rhin. « Nos jeunes doivent parler 2 langues européennes, mais 3 ou 4 n'est pas un objectif inatteignable », a assuré le président, qui ajoute que le russe peut et doit faire partie de ces langues à enseigner. 

Le concept d'universités d'Europe, présenté lors du discours de la Sorbonne, a été repris par le chef d'État : « Je veux que l'Europe soit faite de ces langues diverses, de ces universités d'Europe qui doivent se trouver dans plusieurs pays, pour un véritable universalisme. Il faut que le processus de Bologne puisse s'appliquer au lycée, pour que nos jeunes puissent voyager lorsqu'ils le souhaitent » a affirmé le président.
 

Emmanuel Macron a également annoncé, au détour d'un vibrant hommage aux traducteurs, la création d'un Prix national de la traduction, pour saluer leur travail. Comme dans son discours de la Sorbonne, de nouveau, Macron a insisté sur la défense du droit d'auteur face à certains acteurs numériques de la diffusion, tout en assurant que « les opportunités seraient saisies ».
 

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Le discours du président a eu quelques accents personnels, notamment lorsqu'il a évoqué l'expérience de Paul Ricoeur, philosophe précieux dans son parcours, « qui avait perdu son père dans la Première Guerre mondiale et a été enfermé au cours de la Seconde, mais avait toujours un exemplaire d'un livre d'Husserl qu'il traduisait dans la marge. À la Libération, la première traduction de Husserl en français a été celle de Paul Ricoeur », a rappelé Macron. 
 

Face à un chef d'État français très à l'aise, une Angela Merkel fragilisée par les résultats des dernières élections a enchaîné sur un discours plus bref, dans lequel elle a du répondre à quelques critiques des éditeurs et libraires allemands sur sa politique sur le droit d'auteur, jugée pas assez défensive par le secteur, et sa défense de la liberté d'expression. Saluant le discours de la Sorbonne de son homologue français, la chancelière a assuré que sa vigilance serait constante à ses côtés pour la défense du droit d'auteur au niveau européen et dans le monde.

 

Foire du livre de Franfort
 

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