Expo BnF : Astérix, Obélix, Goscinny et Uderzo, à jamais nos ancêtres

Christine Barros - 20.09.2019

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Exposition BNF - Asterix le Gaulois - Asterix 60 ans


29 octobre 1959 : Pilote est publié pour la première fois. Et dans ce numéro inaugural, c’est une autre naissance qui a lieu, celle d’Astérix, mythique série du duumvirat composé de René Goscinny et Albert Uderzo. Nous célébrons cette année le soixantième anniversaire de nos ancêtres ces Gaulois-là, et c’est dans le cadre de ces commémorations que cette exposition très éphémère est présentée par la Bibliothèque Nationale de France. Visite présentée par la commissaire Carine Picaud, conservatrice à la Réserve des livres rares, qu’elle soit ici remerciée de l’érudition et de l’enthousiasme de sa présentation.
 
 

 
Les Journées Européennes du Patrimoine, qui ont lieu ce week-end, dont le thème est cette année « Arts et divertissements » étaient donc le moment idéal pour exposer l’intégralité les planches du tout premier album, Astérix le Gaulois, paru initialement en feuilleton dans le journal Pilote. Pour la première fois présentées ensemble dans un même espace, les 44 planches originales sont donc sorties de la réserve des Livres Rares…
 

Don et prêt extraordinaires, pour un accrochage inédit

 
Ces planches ont été offertes par Albert Uderzo à la BnF en 2011. Un don extraordinaire : 120 planches au total, dont 44 planches du premier album, 38 planches sur 42 de la Serpe d'Or, et enfin 38 planches sur 44 d'Astérix chez les Belges, dernier album créé avec René Goscinny, décédé le 5 novembre 1977.
 
Car Astérix est bien évidemment une œuvre à quatre mains : Anne Goscinny a généreusement accepté de prêter les archives de son père, et l’exposition présente ainsi le scénario et le synopsis, ainsi que l’édition originale de l’album et le premier Pilote de l’histoire.
 


Sont ainsi exposées les premières notes manuscrites de René Goscinny, l’« acte de naissance » d’Astérix ; et il jette déjà sur le papier les principaux personnages, les noms gaulois en « ix », les noms romains en « us », les dieux gaulois et un petit résumé de l'histoire, dans lequel on voit qu'Obélix avait au départ un rôle plus important que celui qui lui sera finalement assigné, à l'avantage de Panoramix, qui aura le second rôle. 

L’on y voit le synopsis, résumé en 14 feuillets de l'histoire, un paragraphe pour chacune des 44 planches. Il y aura peu de variations entre le synopsis et les planches, seule la reddition de Vercingétorix sur la première planche n'y figure pas. 
 
 


Viennent ensuite les 87 feuillets du scenario, avec un découpage cinématographique : dans la colonne de gauche sont décrits l’action, le décor, la case, tandis que la colonne de droite est occupée par les dialogues.
 

Astérix le Gaulois, à nu

 
L’accrochage simple offre à la lecture du visiteur les planches originales de l'album complet : planches d’imprimerie, elles portent toutes le cachet de Pilote, avec le numéro du journal et le folio dans lequel la planche doit être reproduite, quelques annotations, notamment la réduction de format portée par l’imprimeur. Au verso des planches se trouvait une fiche de suivi des différentes étapes de l'impression, la plupart ont disparu, mais subsistent quelques résidus.

Et en se penchant sur ces pages encrées, on voit le substrat du crayonné : Uderzo encre lui-même directement au pinceau, sans étapes intermédiaires, sans quasiment aucun remords (la gouache blanche est quasiment absente).
 
Les planches sont beaucoup plus grandes que celles du format Pilote ou de l’album original. En noir et blanc, au pinceau et à l'encre de chine, elles donnent à voir le « dessin à nu », sans qu'il y ait d'influence de la couleur.
 
Ce dessin nu met en relief les caractéristiques essentielles qui sont déjà à l'œuvre dès les premières planches : la maîtrise du clair-obscur, d’extraordinaires noirs et blancs sur certaines cases, l'art du mouvement, celui du dessin grotesque associé à la subtilité des expressions des personnages. Et enfin l'art de la lettre d’Uderzo qui se révèle être autant un dessinateur qu’un « bruiteur ». Astérix est une bande dessinée sonore, où tout résonne. Les « kling », les « couacs », les « splash », les « kaïkaï », tantôt grossis tantôt tremblés, font véritablement vivre les planches.
 

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Presque tous les ingrédients de la recette Astérix sont déjà en place : le détournement parodique de l'historiographie gauloise de la Troisième République dès la première planche, avec ce Vercingétorix qui jette ses armes sur les orteils de César, les anachronismes (la fameuse borne routière de la Nationale 8), mais aussi les onomatopées, le latin sous différentes formes (les extraits des pages roses du Larousse, le fameux « veni, vidi, vici » détourné).
 
Les principaux ressorts comiques d'Astérix sont déjà à l'œuvre ici, sauf peut-être la caricature de personnalités qui apparaitra un tout petit peu plus tard, à moins que certains aient encore échappé à la vigilance des chercheurs…
 

L’urgence absolue

 
L'urgence, c'est la sortie de Pilote, dont le premier numéro doit paraître le 29 octobre 1959. Il faut remplir ce nouveau grand illustré de la jeunesse avec cette nouveauté : les dessinateurs ont tout en main, sont libres de sortir des carcans et des modèles imposes. 
 
Goscinny et Uderzo envisagent d'abord d’aborder Le Roman de Renart, pour lequel ils produisent une planche mise en couleur, mais sont contraints d'abandonner, Renart ayant déjà été traité. À l'été 1959, à Bobigny, dans l'appartement d'Albert Uderzo, ils vont passer en revue l'histoire de France pour essayer de trouver « l'idée ». Ils ne feront pas grand chemin, passant la Préhistoire pour s'arrêter aux Gaulois. L’intégralité du synopsis et le scénario sont rédigés dans l'urgence entre la mi-août et le mois de septembre. 
 
 

Une cadence infernale qui ne cessera pas, la publication hebdomadaire de Pilote, intégrant une planche par numéro, l’imposant. L'une des planches porte d'ailleurs un commentaire en rouge de l'imprimeur, un « très urgent » qui indique sans doute que la copie avait dû être rendue au tout dernier moment…
 
Et n’oublions qu'à la même époque Uderzo dessine Tanguy et Laverdure, dans un style totalement différent, et que se poursuit également la parution d'Oumpah-Pah. Uderzo a 5 planches à dessiner par semaine, et à livrer impérativement. 

Cet accrochage met pleinement en lumière l’art hors du commun d’Uderzo, le génie de scénariste de Goscinny, tout autant que leurs extraordinaires complicité, intuition et créativité.
 
Et je dois bien l’avouer : cette exposition a un effet immédiat. Vous rentrez, vous attrapez l’album, et vous vous délectez avec encore plus de joie et d’admiration que lorsque vous aviez 9 ans et que vous tanniez vos parents pour les quelques francs que coûtait la revue, ou le nouvel album qui venait de paraitre…
 
Astérix et Obélix, Goscinny et Uderzo. À jamais nos ancêtres.


Astérix le Gaulois. Aux origines - Du 20 au 22 septembre 2019
Exposition réalisée en partenariat avec les Éditions Albert René
Commissariat Carine Picaud, conservateur à la Réserve des livres rares, BnF
Galerie des donateurs
BnF I François-Mitterrand
Vendredi 20 et samedi 21 septembre 10h > 19h
Dimanche 22 septembre 11h > 19h


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