Expo BnF Voyage en Terre du Milieu : cartes, croquis, Tolkien géographe

Camille Cado - 30.10.2019

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Exposition Tolkien BnF - Tolkien monde géographe - Tolkien Voyage en Terre du Milieu


Du 22 octobre 2019 au 16 février 2020, la Bibliothèque nationale de France met à l’honneur J.R.R Tolkien et son univers à travers une riche exposition. « Tolkien, Voyage en Terre du Milieu » nous plonge dans ce monde que l’auteur britannique n’a jamais cessé d’inventer, de découvrir, d’imaginer, jusqu’à le façonner en véritable géographe à travers cartes et croquis. 

Photo d'illustration : Beleg découvre Flinding à Taur-na-Fúin (Forêt de Fangorn) - ActuaLitté, CC BY SA 2.0 


Inventeur de mondes, Tolkien ne pouvait pas ne pas être le créateur de leurs géographies. Des forêts de Fangorn aux montagnes infranchissables, en passant par le Comté des Hobbits, les fleuves, les plaines du Rohan, les cités du Gondor : c’est tout un univers qui se présente à nous à la BnF, une géographie variée inventée par Tolkien avec beaucoup de précision.

Et ce, dans le but de visualiser l’espace, faire acte de vraisemblance, créant ainsi l’impression « qu’existent à l’infini des histoires à raconter : [comme] des montagnes vues au loin, que l’on n’escaladera jamais » (lettre de 1945 à son fils Christopher Tolkien).

« J.R.R. commence par dessiner son monde de la façon la plus réaliste possible. Il utilise la carte comme premier support du récit. Tous les lecteurs de Tolkien ont d’ailleurs un attachement particulier à la géographie de son monde » affirme Frédéric Manfrin, l’un des deux commissaires de l’exposition. 

Les cartes du Rohan, du Gondor, du Mordor et une carte imprimée de la Terre du Milieu annotée par l'auteur nous sont ainsi présentées. Les cartes ont souvent été dessinées par son troisième fils, Christopher. Ancien pilote dans la Royal Air Force en 1944, il possède une excellente connaissance de la cartographie, mais aussi du monde de la Terre du Milieu puisque son père le lui envoyait le récit par épisodes pendant la guerre. 
 

Tolkien écologiste ?


« La dimension du paysage est un élément essentiel de la création : il décrit très précisément le moindre chemin, les montages, les forêts, les plantes qu’il invente, la nature d’une manière générale », indique le comissaire. Et pour cause, cette célébration de la nature prend forme au lendemain de la révolution industrielle. Le paysage se transforme, et J.R.R. Tolkien contemple la dévastation de la campagne anglaise. 

D’ailleurs, l’auteur a un rapport très contemporain à la nature. « Il se rapproche de ce qu’on appellerait un écologiste aujourd’hui » reprend-t-il, avant d’expliquer qu’il est commun de voir des écologistes aujourd’hui brandir un exemplaire des Seigneurs des Anneaux, comme le faisaient les étudiants d’Oxford lors de la guerre du Vietnam. 

« Les étudiants américains trouvent dans l’œuvre de Tolkien un écho aux préoccupations écologiques qui commencent à émerger, le goût pour la nature, un récit qui fait rêver... » 
 
J.R.R. Tolkien est le créateur de tout un macrocosme fictif, doté pourtant d’une histoire et d’une géographie bien à lui. Et l’exposition ne manque pas de le mettre en lumière. La BnF nous présente ainsi un grand nombre de ses dessins : une sublime aquarelle du Palais de Manwë sur les Montagnes du monde, un premier croquis représentant la cité de Minas Tirith, mais aussi une maquette de la jaquette dessinée par Tolkien pour Le Hobbit, un dessin de Orthanc, la tour de Saroumane...

Sans oublier un dessin à l’encre des Portes de Durin ou Porte de la Moria ainsi que quelques tapisseries récemment tissées d’après les aquarelles de Tolkien lui-même par la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson.


ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Dans une des lettres présentées également à l’exposition, J.R.R explique « visualise[r] avec une très grande clarté et en détail les décors et les objets naturels » comme s’il promenait une caméra en Terre du Milieu, enregistrant le surgissement des aventures et des personnages. 

La BnF organisera une conférence : « Tolkien géographe » le jeudi 19 décembre de 18h30 à 20 h, animée par Isabelle Pantin, professeur émérite au département Littérature et Langages de l’École Normale Supérieure. Elle expliquera comment l'auteur, passionné de cartes anciennes et modernes, féru des univers légendaires médiévaux, devait donner à ses personnages et à leurs luttes, une cartographie précise. Isabelle Pantin est aussi l’auteur de Tolkien et ses légendes : une expérience de fiction chez CNRS éditions. 
 

Un philologue de génie


Mais s’il existait des peuples elfiques habitant un univers merveilleux, il était aussi nécessaire que ces peuples disposent de langues. C’est ainsi que J.R.R Tolkien poussa la vraisemblance jusqu’à l’invention de leurs dialectes.

« Ses récits se construisent également, et avant tout, à partir des langues imaginaires » précise Vincent Ferré, autre commissaire de l’exposition, avant de nous présenter les poèmes en langue elfique et l’arbre des langues inventées. « Il faut savoir que J.R.R. Tolkien était un philologue au sens plein : non seulement comme spécialiste des textes et manuscrits médiévaux, mais aussi parce qu’il aimait les mots et que, depuis son enfance, il inventait des langues. »

L’auteur a en effet la passion des langues depuis son plus jeune âge. Il apprend ainsi le grec ancien, le norrois ou encore le finlandais de manière autodidacte et prend également beaucoup de plaisir à en inventer lui-même. J.R.R Tolkien aurait ainsi imaginé plus d’une cinquantaine de langues, dont dix possèdent un niveau de développement important et deux, une grammaire. 
 
« J’ai toujours eu cette sensibilité aux structures linguistiques qui affectent mes émotions comme la couleur ou la musique », écrivait-il lui-même dans une lettre de juin 1955 destinée à W.H. Auden.

Les langues elfiques sont sans aucun doute celles qui ont connu l’élaboration la plus complète, nous expliquent les commissaires. Du quenya, la langue des Hauts Elfes, au sindarin (langue des Elfes Gris), « Il va même jusqu’à montrer les irrégularités dans les langues. » 

De même que ces communautés ont un cadre physique, une cartographie, un environnement, l’auteur a voulu les doter de langues pour façonner une fois encore, un monde des plus réalistes.  

La BnF organisera une conférence le jeudi 28 novembre de 18h30 à 20h autour de « L’invention des langues ». Damien Bador animera cet événement : membre de l’association Tolkiendil, il est aussi le coauteur de L’Encyclopédie du Hobbit et du Monde des Hobbits aux éditions Pré-aux-Clers, ainsi que du Dictionnaire Tolkien publié aux éditions du CNRS. 

Dossier : JRR Tolkien, le génie de l'histoire


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