Expo BnF Voyage en Terre du Milieu : "Le Hobbit, un accident pour Tolkien"

Camille Cado - 21.10.2019

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Exposition Tolkien BnF - Tolkien Le Hobbit exposition - exposition Tolkien Paris


Du 22 octobre 2019 au 16 février 2020, la Bibliothèque nationale de France vous emmène en Terre du Milieu avec Tolkien. Du Hobbit oui, mais pas que : sa vie à Oxford, son métier de professeur, sa passion pour les littératures médiévales, ses aquarelles, ses premiers récits, ses contes pour enfants, ses cartes, ses poèmes, plus de 300 pièces inédites qui plongent dans l’univers grandiose créé par l’auteur britannique.

Tolkien à la BnF : Voyage en Terre du Milieu
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Une exposition d’envergure


L’année dernière, une exposition s'était tenue à la bibliothèque de Bodley à l’université d’Oxford en hommage à l’œuvre de Tolkien. Contrairement à « JRR Tolkien : Maker of Middle-Earth » qui était une « sorte de pèlerinage dans le monde de Tolkien », l’exposition de la Bibliothèque nationale de France « profite de l’espace extraordinaire consacré à Tolkien pour toucher un public très large, les fans, mais aussi les curieux, ceux qui n’ont vu que les films, ou encore les visiteurs », annoncent les deux commissaires de l’exposition, Frédéric Manfrin et Vincent Ferré. 

Quatre fois plus importante que l’exposition d’Oxford, « Tolkien, voyage en Terre du Milieu » recouvre plus de 1000 m2 et présente plus de 300 pièces : « Jamais une exposition consacrée à Tolkien n’a d’ailleurs réuni autant de pièces » insiste Vincent Ferré, professeur de littérature générale et comparée à l’université Paris Est-Créteil. C’est aussi la première fois que la BnF présente une exposition sur un auteur étranger.

« L’occasion de faire entrer en résonance cet auteur emblématique du paysage littéraire européen du XXe siècle avec les collections patrimoniales de la BnF. Les images mentales que fait surgir l’œuvre de Tolkien pour un public anglophone ne sont pas les nôtres. Nous voulons permettre à un public français, continental, de trouver ses marques et d’avoir des repères pour voyage dans l’œuvre de Tolkien » reprend Frédéric Manfrin, conservateur en chef au département Philosophie, Histoire et Sciences de l’Homme à la BnF

« Il était important d’amener les visiteurs “continentaux” à découvrir l’œuvre de Tolkien et de sortir des catégories dans lesquelles on a tendance à la ranger. Il est l’auteur du Hobbit et du Seigneur des Anneaux, certes, mais il faut savoir aussi que sa conférence de 1936 sur Beowulf est l’une des plus citées . Qu’il a aussi publié un essai sur les contes de fées qui a été l’origine de beaucoup de réflexions ultérieures. »

Pour pénétrer dans l’œuvre de Tolkien, l’exposition présente le matériel de Tolkien lui-même et les pièces qui viennent en contextualisation. Elle se compose donc en deux parties : Tolkien, voyage en Terre du Milieu puis Le Retour à Oxford. 

Tolkien à la BnF : Voyage en Terre du Milieu
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
La première partie est un espace imaginaire qui nous invite au voyage dans le monde de J.R.R. Tolkien. Notamment, l’évocation des contrées lointaines de Hobbits, Nains, Elfes, Hommes, Mages et créatures du Mordor, avant de pénétrer dans un espace plus raisonné, ordonné, où s’organisent la pensée et l’écriture de l’auteur. Une plongée dans sa vie et son processus créatif en somme. 
 

Du réalisme historique au conte de fées


Dans la première pièce, la voix du professeur d’Oxford résonne, s’exprimant sur la naissance du Hobbit. Nous découvrons des manuscrits originaux, des brouillons, la première édition reliée de The Hobbit, publiée le 21 septembre 1927, ainsi qu’une maquette de la couverture pour l’ouvrage, qui donne déjà un aperçu de l’univers découvert par Bilbo : des montages, des forêts stylisées ainsi qu’un dragon. Pas de doute, nous voilà bien dans l’entre de La Terre du Milieu. 

Nous sommes ensuite invités à rentrer dans La Comté, qui constitue le même point de départ des héros du Hobbit et du Seigneur des Anneaux. Là, des cartes et des dessins qui constituent le premier support du récit.

On découvre alors une carte imprimée de la Terre du Milieu annotée par l’auteur en 1969, une carte du Rohan, du Gondor et du Mordor avec des notes relatives au Seigneur des Anneaux (1944), ainsi que des tapisseries récemment tissées d’après les aquarelles de Tolkien lui-même par la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson comme Bilbo arrive aux huttes des Elfes des radeaux (1937), mais aussi Fendeval (1937). 

Des dessins, des gravures, et des armes comme des équipements militaires du franc-archer, une épée de justice à lame risée, un casque ailé et un arc chinois, autant de pièces qui donnent à voir comment Tolkien lui-même conçoit son monde, les paysages, les villes, mais aussi... les tours. 

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J.R.R Tolkien a en effet commencé par dessiner son monde de la façon la plus réaliste possible. Il a poussé la vraisemblance jusqu’aux langues inventées : des poèmes en langue elfiques et l’arbre des langues inventées nous sont d’ailleurs présentés.

L’auteur britannique va même jusqu’à construire des artéfacts : un manuscrit de Nains, qu’il a lui-même taché de sang avec de l’encre rouge et trouée à l’aide de sa fameuse pipe, qui ne le quittait jamais. « Il voulait que les lecteurs aient des choses qui accréditent la lecture de son livre », explique l’un des commissaires. Et la création du très célèbre Livre rouge souligne bien cette idée. « Il existe bel et bien » reprend-il. Le Livre rouge est en effet l’un des plus importants manuscrits médiévaux gallois (Llyfr coch Hergest de son petit nom). 

Toutes ses pièces témoignent de l’obsession et du travail de Tolkien de produire un récit réaliste, qui semble vraisemblable, le tout saupoudré de merveilleux. Des aspects de vraisemblance d’un livre historique donc, mais avec un monde imaginaire.

« Pour Tolkien, le choix du merveilleux permet de parler du monde réel. Le monde imaginaire permet de déplacer notre regard sur le monde. Tout ce qu’il peut espérer avec Le Hobbit ou Le Seigneur des Anneaux, c’est que le lecteur retrouve ce qu’il appelle “un œil clair”, c’est-à-dire un œil neuf. »

D’ailleurs, « Tolkien était contre l’analogie des contes de fées comme littérature jeunesse un peu bébête, il voulait montrer que la fantaisie était aussi pour les grands » notamment parce qu’ils disent quelques choses du monde. « C’est pourquoi il détestait d’ailleurs Disney ». 
 

J.R.R Tolkien, écrivain pour enfants ? 


Après une longue déambulation dans l’œuvre de « son légendaire » du Comté jusqu’au Mordor, où nous découvrons d’ailleurs les grandes pièces de l’exposition : les Anneaux de Tolkien, les brouillons du poème de l’Anneau, une page du manuscrit avec le titre original « L’Anneau magique », nous sommes invité à entrer au delà, en Valinor.

Nous traversons la Grande Mer, sur un extrait de « L’adieu à la Lórien », chant de la dame Galadriel dit par J.R.R Tolkien, pour rejoindre la seconde partie de l’exposition. Ici, nous pénétrons dans un espace mental où s’est construite la pensée de son œuvre. Nous découvrons ainsi la diversité du travail de Tolkien, souvent réduit au Hobbit et au Seigneur des Anneaux
 

« Le Hobbit est d’ailleurs un accident pour Tolkien », nous explique Vincent Ferré. « Le Hobbit était avant tout un récit pour ses enfants, de même qu’il inventait pour eux chaque année une lettre “du père Noël” censée arriver au Pôle Nord, ou qu’il a inventé Monsieur Merveille... Chacun des textes produits pour le cercle familial est une pure merveille ! » 

Et puis, « le Hobbit a tout de suite plu à l’éditeur Allen & Unwin, qui lui a demandé une suite : ce sera le point de départ du Seigneur des Anneaux », qui n’est d’ailleurs pas une trilogie. Le récit devait être publié en un seul volume, mais l’éditeur le publie en trois tomes pour des raisons de coût. « Tolkien est lui-même presque surpris par le succès du Seigneur des Anneaux. » 

Le Hobbit n’est donc à l’origine que la plus longue des histoires racontées par J.R.R Tolkien à ses quatre enfants, aux côtés de Roverandom, de Monsieur Merveille et des Lettres du Père Noël, également présentés dans l’exposition. Nous y découvrons également des photographies avec ses enfants.

« Contrairement aux Anglais qui sont souvent assez pudiques dans leur cercle familial, Tolkien était très proche de ses enfants » reprend Frédéric Manfrin. La jolie histoire de Roverandom en est la preuve : alors qu’un de ses fils perd son jouet pendant les vacances et trois jours après avoir examiné en long et en large la plage de galet sans succès, il décide d’écrire l’histoire du chiot nommé Rover transformé en jouet après avoir mordu un sorcier. Le jouet, abandonné sur une plage par un petit garçon, retrouve son apparence originelle et est alors envoyé par un sorcier vivre des aventures sur la Lune. 

Tolkien à la BnF : Voyage en Terre du Milieu
ActuaLitté, CC BY SA 2.0


L’exposition permet alors de découvrir un J.R.R Tolkien plus intime, notamment grâce à sa correspondance. Nous apprenons ainsi qu’avant sa mort en 1973, il a confié à son troisième fils, Christopher, la mission de publier ses nombreux textes inédits, sous la forme de milliers de feuilles, pas toujours classées, avec 6 ou 7 couches d’écriture, à l’encre, au crayon, à la craie. Né en 1924, Christopher Tolkien a passé plus de 40 ans à mettre en forme ces écrits, des années 1970 à 2018. 
 

C’est ainsi que verra le jour Le Silmarillion publié à titre posthume en 1977, mais aussi les Enfants de Húrin (2007), la Chute de Gondolin (2018) ou encore l’histoire de Beren et Lúthien (2017). Autant d’ouvrages que l’exposition met en lumière, pour donner à chaque visiteur, sinon une vue d’ensemble de l’œuvre de Tolkien, au moins un sentiment d’étonnement : Eh oui, Tolkien, ce n’est pas seulement Le Hobbit ou le Seigneur des Anneaux, et la BnF le lui rend bien. 


Dossier : JRR Tolkien, le génie de l'histoire



Commentaires
C'est toujours une grande émotion pour moi de replonger un instant dans l'univers si particulier de Tolkien. Je l'ai lu assez tard, il est vrai. Je devais avoir déjà 20 ans environ. J'étais déjà une lectrice assidue de fiction, du polar à la sf en passant par les classiques. J'étais ce qu'on appellait, à l'époque, une littéraire. Je ne sais pas si on dit toujours comme ça de nos jours. J'écrivais déjà, aussi. Tolkien figure parmi les auteurs dont j'ai lu l'oeuvre à plusieurs reprises. Il y en a très peu. Merci à la Bnf de lui rendre un hommage érudit. J'espère que de nombreuses classes iront visiter cette exposition.
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