Exposition "Libérations" à Caen : le sentiment des écrivains en 1944

Louis Mallié - 26.06.2014

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Libérations - Anniversaire débarquement - Claire Paulhan


À l'occasion du 70e anniversaire du Débarquement et de la Bataille de Normandie, l'Institut Mémoire de l'Édition Contemporaine organise depuis le 4 juin et jusqu'au 31 août une exposition intitulée Libérations. Gratuite, elle donne à voir la réaction des intellectuels de l'époque face au moment décisif, à travers des extraits de lettres, journaux intimes, photographies d'époque, chroniques sonores ou encore articles de presse.

 

 

 

 

Conçue par Claire Paulhan, petite fille du directeur de la NRF écarté par Vichy, Libération a été réalisée sur une proposition de l'historien Jean-Pierre Azéma, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale. On y croise donc les figures de Louis Aragon, René Char, Paul Claudel, Robert Desnos, Pierre Drieu La Rochelle, Marguerite Duras, Paul Eluard, Jean Follain, Max-Pol Fouchet, André Malraux, Claude Roy - et encore beaucoup d'autres.

 

De la joie de René Char de retrouver ses compagnons dans le maquis aux craintes de Margerite Duras quant au sort de son marri déporté, Libérations est l'occasion de pénétrer l'appréhension personnelle de chaque artiste et intellectuel.  « Je suis enchaînée à ceci : peut-être est-il mort depuis 15 jours dans le fossé, les bêtes lui courent déjà dessus, il est mort sans avoir mangé un morceau de pain. Balle dans la nuque ? Balle vers le coeur ? Rafale dans les yeux », écrit Marguerite Duras en 1985 dans La Douleur, sur la base de ses notes de 1944.

 

Aragon regrette de son côté de ne pas pouvoir partager les bonnes nouvelles avec sa mère, décédée au début de l'année. Paul Éluard pleure « Max Jacob assassiné », et Jean-Paul Sartre décrit la libération de Paris.  « La liesse fut en réalité de courte durée et mêlée d'emblée (...) à l'angoisse liée aux disparus (...), à la découverte des atrocités commises par les nazis », explique Claire Paulhan d'après l'AFP.

 

L'enthousiasme n'est malgré tout pas complètement évincé, et il s'exprime chez certains sur une note plus joyeuse.  « Hourra, hourra ! Voici les cavaliers hardis et drôles accourir de tous les points de la prairie fumante et lancer ce lasso sur les ennemis cruels à l'oeil froid, à la bouche serrée ! », s'exclame Jean Tardieu, faisant allusion aux « films de cow-boys de notre enfance ».

 

Et l'exposition entend bien relater tous les sentiments à l'égard de la Libération : ainsi celui de Pierre Direu La Rochelle : écrivain placé à la tête de la NRF par le régime de Vichy, il écrit n'avoir « aucune envie de voir cette Nouvelle-France d'après-guerre, les belles paroles aux anciens combattants ». Il se suicidera en mars 1945.

 

Enfin, Libérations évoque l'histoire de la libération de l'abbaye d'Ardenne, lieu même de l'exposition. Occupée par la 12e division allemande SS-Panzer Hitlerjugend, elle avait été prise par les soldats canadiens le 8 juillet 1944 au terme d'un mois de combat.