Faire entrer l'art dans les prisons pour favoriser la réinsertion

Camille Cornu - 05.02.2016

Culture, Arts et Lettres - Expositions - centre pénitentiaire réaux - prison exposition - victor hugo


Au centre pénitentiaire de Réau (Seine et Marne), s'est ouvert une exposition organisée en partenariat avec la Maison Victor Hugo et Paris Musées. Le but : favoriser la réinsertion grâce à une initiative citoyenne, faire entrer l'art et la littérature au coeur des prisons et permettre aux détenus de se familiariser avec une oeuvre majeure de la littérature. 

 

Victor Hugo, painted portrait DDC_0717

Thierry Ehrmann, CC BY 2.0

 

L'exposition a été conçue par une dizaine de détenus de la prison de Réau, accompagnés par un membre de la Maison Victor Hugo. Depuis février 2015, ils se sont réunis un après-midi par semaine pour définir les thématiques, l'orientation générale et les œuvres exposées. Ils se chargeront également de la médiatisation et organiseront les visites. 

 

Le roman sera évoqué par le biais de cinq thématiques : Jean Valjean, la rédemption ; Fantine, Cosette et Gavroche, L’enfance et la misère ; Cosette, Marius et Éponine, les amours ; Paris, personnage des Misérables ; La révolte et le progrès.

 

Si le roman est replacé dans le contexte de son époque, et illustré par des œuvres du XIXe, chaque thématique est confrontée à des interrogations actuelles : la réinsertion des personnes détenues, la condition de la femme et celle de l’enfant, et celle des pauvres. Une centaine d’œuvres, en majorité originales, sera présentée. Seuls les détenus pourront la visiter, ainsi que le personnel du Centre pénitentiaire. 

 

« Les conditions carcérales ont beaucoup évolué depuis, mais la société n’a pas vraiment changé son regard sur les prisonniers », regrette le directeur du centre de détention, avant de confier à l’AFP : « Il faut amener la culture en prison, c’est l’acte gratuit qui permet d’être humain dans toute sa dimension. Pour eux, pour vous comme pour moi, la culture c’est aussi une forme d’évasion. »

 

Des propos universels sur la misère

 

Bien sûr, l’œuvre n’a pas été choisie au hasard. Aux côtés de la centaine d’œuvres du XIXe, des photographies de l’AFP de « misérables » contemporains ont été affichées... Pour présenter l’exposition, un des détenus, Dan, explique : « Les Misérables, c’était les bagnards, les condamnés de l’époque (...) Les problèmes d’il y a 150 ans, comme la réinsertion et la misère, ne sont toujours pas résolus ». 

 

« Les propos universels du roman sur la misère trouvent encore écho dans la société d’aujourd’hui. En effet, les personnages des Misérables se glissent aisément dans la réalité de notre quotidien, car les thèmes abordés par Hugo sont toujours d’actualité. L’exclusion dont est victime son héros, par exemple, continue à nous questionner sur la capacité d’intégration des anciens détenus. Et la recherche du salut menée par l’ancien forçat constitue une véritable épopée de l’humanité souffrante », expliquent Idir et Pierre-Emmanuel.