Festival Livres & Musiques : l'art de la chute selon Louis Chedid

Joséphine Leroy - 19.04.2016

Culture, Arts et Lettres - Salons - Louis Chedid Andrée Chedid - festival livres et musiques deauville - nouvelles


Dimanche 17 avril, à Deauville, Louis Chedid, invité d'honneur, a présenté son nouveau recueil de nouvelles dans le cadre du festival Livres & Musiques. Une vingtaine d'années se sont écoulées entre la publication de son premier roman, 40 berges blues (Flammarion, 1991) et Des vies et des poussières, édité chez Calmann-Lévy en début d'année. L'artiste aux multiples casquettes (musicien, écrivain, réalisateur et acteur) a retracé son parcours dans la salle du Point de Vue, devant un auditoire emballé. 

 

Louis Chedid - Deauville

Michel Troadec et Louis Chedid

(ActuaLitté / CC BY-SA 2.0)

 

« Vous savez que vous êtes venus pour un livre, hein ? » Dès son arrivée sur l'estrade, Louis Chedid s'amuse avec le public, venu assez nombreux assister à la rencontre. Il a évoqué son rapport à l'écriture et à la musique.

 

Au commencement étaient le rythme, la mélodie, puis l'image... 

 

Très jeune, Louis Chedid s'est intéressé aux sonorités des mots et à leur portée, en grande partie grâce à sa mère, l'auteure et poétesse d'origine libano-égyptienne Andrée Chedid. Mais c'est avant tout ce rythme étrange de l'écriture qui a attisé sa curiosité : « J’ai été très influencé par sa façon de vivre, d’abord et avant tout. Je la voyais quand j’étais petit se lever le matin, prendre son petit-déjeuner puis revenir dans son lit, se coucher, se mettre à sa table et commencer à écrire sur ses feuilles. Elle écrivait au lit, sur une planche. Ce sont des moments d’intimité, de concentration. Moi, je détestais l’école […] et je me suis dit, vers 5-6 ans, “c’est ce que je veux faire plus tard”. Au départ, l’idée d’un artiste c’était ça pour moi. » 

 

Comme beaucoup d'enfants de parents connus ou reconnus, le jeune Louis Chedid s'est démarqué de cet héritage, en l'occurrence littéraire, et s'est tourné vers la musique et le cinéma. « Quand on a un parent qui est écrivain, reconnu, on a envie d'aller sur d’autres territoires. Je fais partie de cette génération d’enfants qui ont eu toute la vague anglo-saxonne dans les années 1965 : les Stones, les Beatles, Bob Dylan… Être chanteur, c’est très attirant. Les filles aiment bien les chanteurs ! Quand on est ado, on pense beaucoup aux filles », a confié l'artiste, au détour d'un sourire.  

 

À l'adolescence, ce sont plutôt les productions anglo-saxonnes qui séduisaient Louis Chedid, bien loin de la poésie de sa mère : « À l’époque, nous qui aimions tous les Anglo-saxons, on ne trouvait pas leur équivalent en France. La musique était très variété. Je me disais que je n’avais pas ma place là-dedans. Puis, un jour, j’ai entendu Gainsbourg, et son disque Initials BB. Pour la première fois, je me suis dit qu’il y avait un type en France qui écrivait aussi bien que les anglais. […] Cela a ouvert une voie extraordinaire. » La maîtrise de l'image, très novatrice, accompagne ces nouvelles sonorités. 

 

...et l'écriture 

 

Ce n'est qu'après que Louis Chedid a envisagé l'écriture sous un nouvel angle : « Je ne pensais pas du tout écrire, je pensais juste faire de la musique et du cinéma, et d’un coup, j’ai eu un déclic, vers 17 ans. J’ai commencé à écrire un premier texte, puis un autre, et ainsi de suite. »  Le premier vrai déclic littéraire a eu lieu avec la lecture du Journal d'Anne Frank : « Lorsque j’ai lu Le Journal d’Anne Frank, ça m’a complètement bouleversé, avec l’idée que cela ne se reproduise plus jamais. » 

 

En 1991, assez tardivement, il s'essaie finalement à l'écriture, avec 40 berges blues. « C’était un essai, moitié-roman, moitié autobiographie, qui racontait les errements d’un quadragénaire de l’époque. Je me suis beaucoup amusé à le faire. L’écriture, contrairement à beaucoup d’autres arts, c’est le métier le plus indépendant. Vous avez besoin d’un stylo, d’une feuille de papier et vous allez n’importe où. Vous n’avez pas besoin d’autre instrument que ça », explique-t-il.

 

Un changement de format, du court au long, qui a laissé assez d'espace à l'expression de sa créativité : « Une chanson, c’est 30 lignes. Une nouvelle n’a rien à voir avec une chanson. » Tout l’espace est là « pour inventer des personnages, les faire naître, les faire mourir. Dans un roman, on peut s’étaler encore plus. J’aime me laisser aller à ça ».  

 

L'art de la chute 

 

Et à la question de savoir pourquoi Louis Chedid a attendu 20 ans avant de publier un autre ouvrage, l'auteur explique : « Je fais beaucoup de choses et j’ai besoin d’avoir des déclics. » « L’année dernière, on a fait une tournée familiale. C’était pour moi le moment d’écrire. Car, à part le moment extraordinaire du concert, on s’emmerde profondément. » Le vide, moment propice pour qu'une ritournelle s'installe. « La chanson, c’est une mélodie qui vous tourne dans la tête […] ou un gimmick de textes. Pour une nouvelle, c’est pareil. » 

 

Dans ce recueil,  la maîtrise de la chute par Louis Chedid revient sans cesse dans les nouvelles. Dans le public, un spectateur demande : « La chute arrive-t-elle en premier ou en dernier ? » Bonne question, à laquelle Louis Chedid répond : « La chute n’est pas toujours posée dès le départ. Parfois, ça commence par la chute, on a le flash de la chute et on reconstruit en allant en arrière. Parfois, c’est juste un nom de personnage qui vient sans qu’on sache quoi en faire. »  

 

Une nouvelle du recueil, préalablement choisie par Louis Chedid, a été lue, intitulée non sans malice « Moi, président de la République ». Ci-dessous, un extrait : 

 

Moi, président de la République, dès le lendemain des élections, j’oublierai toutes mes promesses.  En raflant les économies des classes moyennes, je renierai surtout retraite, sécurité de l’emploi, allocations chômage, avantages sociaux. J’exhorterai mon peuple à se poser les bonnes questions : “Mes chers compatriotes, les temps sont durs, la crise nous frappe de plein fouet. Ne vous demandez pas ce que le pays peut faire pour vous mais plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays.” J’irai à la télévision dire aux pauvres que je déteste les riches. Et nous les riches, on en rigolera dans les dîners mondains (…) Propagande ? Quelle propagande ? Censure ? Vous plaisantez, j’espère ? (…)

 

 


Pour approfondir

Editeur : Calmann-Levy
Genre : litterature...
Total pages : 224
Traducteur :
ISBN : 9782702158906

Des vies et des poussières

de Louis Chedid (Auteur)

Des vies et des poussières, c'est un livre à l'atmosphère drolatique, des bribes d'existence où quelque chose se grippe, se voile, se disloque. Un univers cruel et assassin jamais loin de l'absurde ni dénué d'humour. Au fil de ces seize nouvelles qui, chacune, s'ouvrent sur une petite morale, Louis Chedid nous étonne et nous cueille par surprise, avec un art certain de la chute.

J'achète ce livre grand format à 17 €