Festivals : les coûts de sécurité à la charge des organisateurs, écrasants

Nicolas Gary - 21.09.2018

Culture, Arts et Lettres - Salons - directive Collomb festivals - sécurité festivals payer - argent public gendarmerie


Les festivals de l’été débutaient à peine, qu’éclatait un fumeux scandale. Une directive signée par le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb rejaillissait : par cette dernière, les organisateurs devaient prendre en charge les frais de sécurité liés à la présence de gendarmes, CRS ou autres véhicules. Et on attend impatiemment le point d’étape prévu cet automne.

 

Le Livre sur la Place 2018 à Nancy
Le Livre sur la Place 2018 (Nancy) - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Le député Paul Molac (LREM - Morbihan) n’a manifestement pas oublié les différentes interventions que la circulaire Collomb provoqua. Jack Lang, ministre de la Culture pour l’éternité, s’indignait : « Le ministre de l’Intérieur, Monsieur Collomb, fait payer aux festivals de France et de Navarre, le remboursement de frais de sécurité de plus en plus hallucinants en termes de montants ! »

 


Pour Bertrand Morisset, responsable de l’agence d’événementiel Tome 2, il y avait de quoi en perdre son latin. « Il est tout de même étonnant que les forces de l’ordre, dont le financement découle de l’argent public, deviennent une force de milice que le gouvernement facture aux festivals. La police, dont le ministère de tutelle est celui de l’Intérieur, ne discute pas les tarifs, envoie un devis, et facture. »
 

La musique plus concernée, mais le livre reste touché
 

Les festivals musicaux semblaient principalement ciblés, de par l’ampleur de ces manifestations. Mais aussi, bien souvent, des lieux où ils se déroulent — souvent un peu à l’écart des centres-ville, d’où des dispositifs techniques encore plus importants pour créer des enceintes de protection et un besoin en personnel conséquent. 

 

En effet, les événements littéraires semblent moins touchés, bien que des coûts sécuritaires supplémentaires aient surgi ces dernières années. On parle en effet de barrières, plots anti-véhicules, ou encore agents de sécurité...

 

Or tous les salons et festivals ont des budgets contraints sans réserve mise de côté pour ce genre de coût supplémentaire. Quand cela touche une ville, la mairie pallie comme elle peut à cette charge en plus, quitte à rogner sur un autre budget par ailleurs ; en revanche, pour une association organisatrice, et/ou un petit festival, c’est une épine budgétaire qui peut être de taille... 

 

En particulier, parce que si les festivals de musique, pour la plupart, sont payants et peuvent sans doute répercuter les surcoûts sur les billets des festivaliers, les salons et festivals du livre eux sont, pour l’essentiel, gratuits. Il ne leur sera pas possible de répercuter ces hausses, surtout en période de vaches maigres au niveau des subventions publiques. Et quand bien même, les subventions fonctionnent sur des périodicités qui ne prennent pas en compte le surcoût ponctuel, de dernière minute, etc.
 

Désengagement de l'État et réponses-impasses

 

« Comme d’habitude, l’État engage à aller chercher du côté du mécénat privé ou du crowdfunding les solutions financières... alors que nous savons tous que cela a ses limites. Le mécénat se tourne essentiellement vers le social ou le sport, peu sur la culture. Quand c’est le cas, c’est en premier lieu vers du spectacle vivant où l’image des partenaires pourra être la plus visible, rarement vers le monde du livre... », déplore un responsable de salon en province.

 

Le député LREM s’inquiète lui aussi de l’incertitude budgétaire qu’induisent les remboursements imposés aux organisateurs de salon. 

 

Cela « laisse craindre un déséquilibre de leurs comptes, surmontable ou non selon leur situation. De plus, s’il s’avère que cette circulaire ministérielle précise que le “périmètre missionnel” refacturé doit faire l’objet d’échanges avec les organisateurs, aucune possibilité de médiation semble exister en cas de désaccord », indique-t-il. 

 

Annulation, voire suppression même des manifestations, seraient alors à redouter. Surtout que dans le cas du spectacle vivant, est prévue une révision des taux réduits de TVA à ce jour appliqués. De quoi « là encore déstabiliser économiquement l’ensemble du domaine », note le parlementaire.

 

Qu’il se rassure : dans une déclaration commune, Gérard Collomb et Françoise Nyssen ont promis pour l’automne que la circulaire du 15 mai 2018 ferait l’objet d’un bilan d’étape. Un comité interministériel que pilote le préfet Étienne Guepratte sera alors chargé de tirer les conclusions qui s’imposent. 

 

Les deux ministres avaient également souligné leur « profond attachement au bon déroulement des festivals et manifestations artistiques de l’été ». Mais en attendant, tout le monde allait payer suivant les consignes de la circulaire. Le parlementaire est probablement impatient de voir ce bilan d’étape communiqué. Ou, plus subtilement, espère-t-il qu’il ne passera pas aux z’oubliettes. 
 

Les promesses n'engagent que ceux qui...


En effet, depuis juillet dernier, les auteurs attendent toujours le rapport sur la compensation de la hausse de la CSG, qui va lourdement impacter leurs revenus. Or, malgré les déclarations de bonnes intentions — celles dont on a pavé l’enfer, aller-retour — de la locataire de Valois, on n’a toujours rien vu venir.
 


D’ailleurs, le célèbre calendrier de concertation que la ministre avait promis, avec notamment la promesse d’instaurer une mission prospective sur le statut de l’auteur, n’est à ce jour absolument pas tenu. Toujours rien, donc, alors que le champ du régime est complètement bouleversé sans réflexion de fond.

Une piqûre de rappel  qui s'impose ?


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