Festivals littéraires : plus de frustration que de détresse financière, pour l'heure

Nicolas Gary - 12.10.2020

Culture, Arts et Lettres - Salons - festivals littéraires aides - Roselyne Bachelot festivals - frustration annuler festival


Les manifestations — l’événementiel culturel dans son ensemble — ont souffert d’annulations en séries du fait de la crise Covid. L’organisation d’États généraux des festivals par la ministre de la Culture les 2 et 3 octobre à Avignon aura au moins démontré l’investissement de chacun. Et donné l’occasion de quelques annonces pour Roselyne Bachelot, dont le secteur littéraire attend encore les retombées. 


 

Dans le projet que porte la ministre de la Culture, cette allocation de 5 millions € supplémentaires à destination du Fonds Festivals, pour l’année 2021. Dans le même temps, un moratoire de l’application de la circulaire relative aux Services d’Ordre Indemnisés est engagé a minima jusqu’au 31 décembre 2020, à la suite des concertations engagées avec le ministère de l’Intérieur et qui vont se poursuivre.
 
La prochaine étape de ces rencontres se déroulera en mai 2021, durant le Printemps de Bourges qui accueillera la deuxième édition des États généraux. Pour la rue de Valois, le travail ne s’arrêtera cependant pas : la ministre « réunira dans les prochaines semaines le Conseil des Territoires pour la Culture, instance de dialogue entre le ministère et les collectivités territoriales, dont la question des festivals sera un des principaux points à l’ordre du jour », apprend-on.
 

Des festivals littéraires moins touchés ?


L’aboutissement, qui passera par des mesures concrètes, apporterait une bouffée d’oxygène, dont les manifestations littéraires, sans en être exclues, ne profiteront pas directement, souligne Olivier Chaudenson, président du réseau Relief — réunissant les événements littéraires et festivals. Contacté, il reconnaît manquer pour l’heure de données sur les récentes annonces de Roselyne Bachelot, mais envisage que les salons et foires du livre « ne seront pas prioritaires dans le dispositif ». 

En effet, les aides projetées « se destinent à des événements dont la forme ne s’accommode pas des contraintes sanitaires — je pense à des concerts debouts — ou encore, ceux pour qui la billetterie représente une part budgétaire importante ». Évoquant la Maison de la poésie qu’il dirige ou les Rencontres de Manosque qu’il coorganise, il pointe des montants autour de 15 % pour l’espace parisien ou de 10 % pour le festival provençal. 

« Dans le monde littéraire, la billetterie est soit inexistante, soit relativement faible, c’est un premier point. Le second est que, sans minimiser les annulations et l’énergie investie partout en France, nous avons été moins impactés que d’autres volets du spectacle vivant. » Et ce, parce que le livre a bénéficié des « soutiens financiers intacts du Centre national du livre et de la Sofia. Leurs aides, maintenues intégralement, même en l’absence d’événement, furent précieuses ». 

Aujourd’hui, le monde littéraire côté salon afficherait donc moins « des signaux de détresse financière que des frustrations découlant des adaptations à apporter, ou de l’annulation d’une part de l’événement auquel ont doit renoncer. Quand ce n’est pas l’événement lui-même ».
 

Passer entre les gouttes, et esquiver les gouttelettes


En revanche, le contrecoup redouté de la crise Covid n’est pas celui d’une détresse économique immédiate, mais bien à venir. « Les aides, publiques comme privées, pour 2021, seront plus difficiles à mobiliser : des entreprises, parfois partenaires privés historiques, réduiront la voilure, de même que le mécénat pourrait se tarir », reprend Olivier Chaudenson. Relief se retrouvera dans les prochaines semaines pour faire un point, avec à l’esprit qu’il « n’est pas fou de penser aux répercussions sur l’année prochaine ».

À l’image de Manosque, reprend-il, certains ont « pu passer entre les gouttes, tout en prenant garde aux gouttelettes. Manosque a tout de même perdu un tiers de ses recettes billetterie, avec une augmentation des frais de sécurité sanitaire – gel, masques, agents de sécurité chargés de surveiller la bonne application des gestes barrière ». Et de souligner que la chance a malgré tout joué son rôle : « Une semaine plus tard, avec les mesures prises par la préfecture, et rien n’aurait pu se passer. »

D’autres événements, comme le festival du premier roman de Chambery qui avait reporté son édition du mois de mai à ce week-end d’octobre, ont su tirer habilement leur épingle du jeu. Dans sa version révisée, Les Extras, le festival a joué des coudes pour reporter l’événement, tout en garantissant certains de ses rendez-vous traditionnels — telles les plaidoiries littéraires, où sont impliqués des lycéens. Ou plus encore à l’occasion d’une soirée slam ayant réuni une quinzaine de poètes, comme le présente le reportage du Dauphiné libéré.




« Ces derniers jours, la crise sanitaire semblait vouloir mettre à mal notre manifestation, de toutes nos forces, nous avons gardé le cap, aménagé, adapté le programme, les plannings, les protocoles et, malgré les craintes et quelques défections dues aux dernières évolutions de la situation, nous avons réussi à tenir les Extras du Festival du premier roman dans un cocon, à La Base à Chambéry, où derrière les masques et les gestes protecteurs, les yeux de tous pétillaient en tissant des liens entre les auteurs et les lecteurs », nous raconte Olivia Benoist-Bombled, directrice du festival. 

« Les rencontres se sont succédé entre le public fidèle et les invités généreux. Moins nombreux qu’au mois de mai (jauge oblige), mais toujours aussi curieux, les lecteurs ont titillé nos auteurs pour mieux percevoir le rapport du texte à la réalité, à l’histoire, à la politique, et pour comprendre le lien entre l’expérience personnelle et le désir d’écrire. Ce soir, chacun est de retour chez soi avec la sensation d’avoir vécu une parenthèse précieuse. De notre côté, elle confirme l’envie et la nécessité de continuer et de tout faire pour que la 34e édition du Festival du premier roman en mai 2021 soit des plus belles. »

De même pour Lire en poche, à Gradignan, qui a maintenu par de fameuses contorsions ses rencontres scolaires, « tant pour garantir la rémunération des auteurs que pour apporter une respiration aux enfants et aux enseignants », nous indiquait Lionel Destremau, commissaire général de LEP.


Illustration : Librairie Georges à Talence - ActuaLitté, CC BY SA 2.0


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