Filippetti : pas un euro pour l'expo Camus par Onfray

Clément Solym - 15.08.2012

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Albert Camus - Michel Onfray - Aurélie Filippetti


Depuis mai dernier, la polémique autour de l'exposition Albert Camus à Marseille n'en finit pas de rebondir. Tout d'abord annulée par décision du directeur délégué de Marseille Provence 2013, Thierry Roche, finalement, elle aura bel et bien lieu. Benjamin Stora, l'historien qui devait s'en charger n'a cependant pas eu le plaisir de cette responsabilité

 

C'est la ministre de la Culture qui a su remettre sur les rails cette exposition, après quelques échanges avec les organisateurs de la manifestation Marseille-Provence 2013. Camus, l'Homme révolté, devrait donc être le titre de cette exposition, qui n'est pour autant pas sortie de la polémique. Car Stora a été remplacé, quasi au pied levé, par Michel Onfray, ce qui n'enchante manifestement pas la ministre, comme on l'apprend dans Libération.

 

C'est que le philosophe a peut-être signé un ouvrage récemment, L'Ordre libertaire, la vie philosophique d'Albert Camus, l'éviction de Benjamin Stora reste en travers de la gorge de Valois. Et la ministre, qui au début du mois d'août s'interrogeait sur la labellisation Ministère de la Culture de l'exposition, semble avoir tranché. 

 

L'homme révoltéReste que Stora voit tout cela d'un oeil assez amusé. Lui qui dit n'oeuvrer que pour arriver à ouvrir un musée Camus à Aix, un jour prochain, souhaite bien du courage au remplaçant qu'il ne porte pas vraiment dans son coeur : « Le comble c'est que vous soyez remplacé par Michel Onfray qui est un faiseur.» Et d'ajouter :  « Je découvre tous les jours des gens qui en veulent à Onfray et qui me disent de ne pas lâcher, je crois qu'il ne mesure pas bien dans quoi il s'est fourré. »

 

Onfray au balcon 

 

Onfray, toujours dans Libération, fait pourtant les courbettes nécessaires, pour que le flambeau passe dans les meilleures conditions, promettant qu'on succède à Stora, et qu'on ne le remplace pas. Il dénonce même une polémique vaine : «Mais je vois bien qu'on tente de monter une absurde opposition entre un Michel Onfray camusien, soutenu par la droite, et un Benjamin Stora sartrien, soutenu par la gauche.» Rassurant immédiatement sur la proximité qui existe entre lui et Stora. 

 

Pour ce dernier, c'est surtout le jeu de Catherine Camus qui s'organise avec ces échanges : Onfray vend mieux que Stora une exposition, et depuis 2009, elle escomptait manifestement qu'un Raphaël Enthoven ou même un Finkielkraut incarnent l'exposition. « Pour Catherine Camus, le livre d'Onfray est tombé à pic. Ça fait du bruit dans le sens de la guerre Camus-Sartre et Onfray passe partout pour en parler. Entre Stora l'historien triste et Onfray la machine médiatique… »

 

Valois au tison

 

Bref, on s'agite, et vu les températures, actuellement à Marseille, ça doit suer bien fort, et probablement faire suer. Mais la ministre de la Culture, qu'en pense-t-elle ? Elle a pris position clairement pour Stora, l'écarté vif : « La vraie belle exposition Camus aurait été l'éclairage de Benjamin Stora, qui est à la fois un admirateur de Camus et le meilleur spécialiste de la guerre d'Algérie. Il partage en plus les mêmes paysages que ceux de Camus, le même paysage mental en tout cas. Ça aurait été remarquable. »  

 

Et dans ces conditions, conclut Aurélie Filippetti, l'exposition ne bénéficiera ni du logo du ministère de la Culture, ni même du moindre financement, quand bien même Marseille-Provence profite déjà de l'argent public pour sa réalisation. 

 

Décision irrévocable, assure la ministre.