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Fleur Pellerin rend hommage à Luc Bondy

Camille Cornu - 30.11.2015

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Luc Bondy - Fleur Pellerin - hommage


Né le 17 juillet 1948 à Zürich, Luc Bondy y est mort le 28 novembre 2015, d’une pneumonie. Il commence le théâtre en Allemagne, notamment à Hambourg à partir de 1969 où il monte Goethe, Ionesco ou Shakespeare. Ses mises en scène connaîtront également un fort succès en France, surtout au théâtre des Amandiers ou au théâtre du Rond-Point. Depuis mars 2012, il dirigeait le théâtre de l’Odéon. 

 

Manfred Werner, CC BY SA-3.0

 

 

Il était malade depuis des années, mais trouvait toujours la force de revenir à ses auteurs favoris, Tchekov entre autres, avec Ivanov qui triomphait l’hiver dernier à l’Odéon. Dans un entretien donné à Télérama, il évoquait sa façon de vivre la maladie, en ne s’arrêtant jamais de travailler, qui était devenue la façon de se battre : 

 

« J’ai été très jeune victime d’un premier cancer, puis d’un second... Les chimiothérapies m’ont sauvé, mais pas mal délabré ailleurs. J’ai toujours fait comme si de rien n’était, j’ai vécu, je me suis amusé ; avant d’aller à mes traitements à l’hôpital, à l’aube, je courais les bars jusqu’à 5 heures du matin. J’ai continué à travailler sans jamais m’arrêter. C’est ma manière à moi de me battre. Ainsi, la maladie finalement me protège, me renforce d’une certaine façon. »

 

Il avait été nommé codirecteur de la Schaubühne en 1985 et y était resté jusqu’en 1987. C’est à cette période qu’il avait commencé à acquérir un certain prestige en France, invité par Patrice Chéreau au théâtre de Nanterre Amandiers, où sa création Terre étrangère, de Schnitzler, connaît le succès, imposant son nom face au public français. À partir de ce jour, il se partagera toujours entre Paris et Berlin, ainsi que Vienne, où il dirige le festival Wiener Festwochen. 

 

En 2012, sa nomination par Mittérand à la tête du théâtre de l’Odéon fait polémique, avec le renvoi d’Olivier Py. 

 

Luc Bondy a également écrit plusieurs livres en allemand, tous traduits en français. Dites-moi qui je suis pour vous (Grasset, 1999, traduit par Jean Ruffet), et Mes dibbouks (Bourgois, 2006, traduit par Olivier Mannoni), deux romans autobiographiques et A ma fenêtre (Bourgois, 2009, traduit par Olivier Mannoni), histoire d’un sexagénaire qui s’inquiète du vieillissement du monde et enfin un recueil de poèmes : Toronto (Bourgois, 2014, traduit par Daniel Loayza). 

 

Fleur Pellerin a rendu hommage à la famille du metteur en scène et a salué sa mémoire : 

 

« Luc Bondy travaillait en toute circonstance avec l’amour du texte, des auteurs et des comédiens, qu’il combinait avec une intelligence acérée de la dramaturgie et de la scène. Il nous quitte à 67 ans, au sommet de sa carrière, qui l’a conduit à travailler partout en Europe, dans cet aller-retour incessant entre les grands auteurs français et européens, et qui a fait de lui un artiste complet, au théâtre, à l’opéra et au cinéma. »