Florence Berthout : “Le livre et la culture doivent être au coeur de la cité”

Nicolas Gary - 15.05.2019

Culture, Arts et Lettres - Salons - Florence Berthout - Quartier Livre - enfants famille livres


ENTRETIEN – Paris vaut bien une messe, et tant qu’à faire, autant lui offrir également une grande fête du livre. Depuis 2014 qu’elle est à la tête de l’arrondissement, la maire Florence Berthout s’est lancée dans une reconstruction culturelle du 5e. Historiquement, tout plaidait en sa faveur, mais la modernité est frivole…

Florence Berthout
Florence Berthout - DR

 
Entre les cafés littéraires du mardi, les lundis littéraires chaque premier lundi du mois, les activités tournées vers la lecture ne manquent pas pour les administrés. « Les politiques ont une part de responsabilité dans l’offre culturelle », affirme la maire d’arrondissement, qui entend clairement, elle, prend les siennes. 
 

Depuis les bords de Seine...


« Le livre et la culture doivent avoir une place de choix, être situés au coeur de la cité », indique celle qui s’est battue – et continue – aux côtés des bouquinistes des quais de Seine. « On sait que la baguette passera avant, mais nous y parviendrons aussi. » Depuis février dernier, une marche est en effet franchie : les bouquinistes se rapprochent du Graal : figurer au patrimoine immatériel de l’UNESCO.

« Ils font un métier solitaire, parfois individualiste, mais avec ce projet, le collectif a saisi son intérêt. Et j’ai aussi la faiblesse de croire que Quartier du Livre a aidé chacun à mieux se comprendre – dans les relations entre libraires et bouquinistes, par exemple », poursuit Florence Berthout. 

Du 15 au 22 mai, le 5e arrondissement ajoute une corde à son arc littéraire : un festival monté en 2015, qui a acquis ses lettres de noblesse. Facile dans un tel lieu de Paris ? Non : « J’ai parfaitement entendu le procès en illégitimité qu’on m’a fait à l’époque. En tant que politique je n’ai pas la prétention de savoir ce qui doit être, ou comment ce doit être. Je sais rester à ma place. En revanche, faciliter, inciter, développer, ça, c’est ce que recouvre mon mandat. »
 

... jusqu'aux portes du Panthéon


La création du festival en 2015 s’accompagne d’un résultat positif – de nombreux ajustements, mais la ligne directrice est donnée. « Cela n’allait pas multiplier le chiffre d’affaires des libraires du quartier, mais une pareille manifestation, c’était dans l’ADN du 5e », insiste-t-elle. Encore fallait-il alors impulser l’initiative. Et parce que la culture lui tient sincèrement à coeur, voici que la maire décide de poursuivre, pour une nouvelle édition, revue et corrigée en 2016.

« Le drame de la culture, de son partage, c’est que les pouvoirs publics semblent l’envisager soit comme une activité archi populaire, soit avec un parti pris d’exigence terrible. L’intermédiaire existe pourtant bien, le festival en atteste. »

pantheon paris
Panthéon - Lexe-I, CC BY 2.0

 
D’ailleurs, les rencontres et les rendez-vous ne manquent pas, de même que les prix littéraires qui accompagnent et ponctuent la manifestation. L’un d’entre eux sera remis au Panthéon, pour saluer un livre d’histoire contemporaine, il y aura également le concours d’éloquence réalisé avec l’Agence universitaire de la Francophonie. Et puis, une exposition permanente devant la mairie : un cabinet de curiosités signé Éric Poindron, poète qui s’y connaît en la matière. 

À l’intérieur, on retrouvera une boîte pour encourager les visiteurs à soutenir la démarche des bouquinistes : apposer sa signature à la pétition, tout en profitant des événements. Et surtout boucler les boucles. « D’abord, seul on ne peut rien. Ensuite, un politique sans une vision globale, où chaque public s’y retrouve, et pourrait rencontrer les corps de métiers, être sensibilisé à ses contraintes, c’est notre rôle », affirme Florence Berthout. 
 

Professionnels, public, enfants... tous lecteurs


Les connexions, elle se charge de les aménager – c’est à ce titre que la Semaest s’est retrouvée mandatée et relancée justement en 2015. Cette société d’économie mixte a pour mission de reprendre des locaux et de les louer, après aménagement, à des commerces.

Des centaines de commerces en ont déjà profité, et dans le 5e arrondissement, c’est la librairie qui est la première à sauter le pas… de porte. « On invite de nouveaux projets, on aide, on sauve, on encourage : toute ma vision repose sur un engagement volontariste, parce qu’il garantit l’attractivité du secteur. »

Cette année, c’est l’Europe qui servira de thème au festival : 300 événements, 120 auteurs invités, 80 lieux mis à contribution. Le programme détaillé est à cette adresse. Avec une rencontre toute particulière, où ActuaLitté sera présent : un speed dating où professionnels, auteurs, journalistes, libraires, retrouveront de jeunes plumes, pour parler des réalités du métier d’auteur. Une première, au bar l’Eurydice ce 15 mai.

Florence Berthout - David Foenkinos
avec David Foenkinos, inauguration 2018 - DR


Et parce que l’attrait du livre commence dès que possible, la maire a décidé que tous les enfants qui entrent en sixième recevraient un livre, offert durant le festival Quartier du Livre. « En leur remettant au sein de la manifestation, on les contraint à découvrir et déambuler au milieu des animations. Les enfants attendent qu’on sache attiser leur curiosité : ils fonctionnent sur un principe de découverte constant. » Alors, autant ne pas s’en priver. 
 
« Le politique impulse, définissant ce qu’il souhaite : à l’artiste revient de faire tout le reste », sourit la maire. Surtout que la programmation de cette édition en offre certes aux enfants, mais également aux familles, ainsi qu’aux professionnels – une place de choix pour les bibliothécaires. « Avec le livre, nous avons l’outil idéal du vivre ensemble : ce qui touche à la culture, si c’est abordé sans condescendance, se retrouve alors lié à l’épanouissement. »

Renouer avec des temps longs, contre la dictature de l’instant, et de même, interroger sa zone de confort. « Personnellement, j’ai la conviction que cela fonctionne de la sorte. » Le tout est organisé par l’association Vivre Lire, dont elle est à l’origine.

Le Quartier n’attend que de le vérifier.


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