Forêt amazonienne : le fonds international sera-t-il suffisant ?

Clément Solym - 15.08.2008

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Amazonie - forêt - écologie


Le lancement d'un fonds mondial par le Brésil pour protéger la forêt amazonienne marque une étape décisive dans l'exploitation destructrice de la richesse du pays. Ce ne sont pas les 100 millions $ que la Norvège projette de donner qui auront un impact conséquent, quand bien même ce don serait répété durant 20 ans.

Motiver les entreprises à investir pour sauvegarder

Pourtant, ce fonds d'investissement pourrait stimuler des industries comme celles du latex ou du caoutchouc, plus lucratives que celle du bétail ou du bois. On augmenterait ainsi les acteurs concernés par l'exploitation abusive de l'Amazonie, selon Carlos Nobre, scientifique à l'Institut national de recherche spatiale.

Il est plus important que cet argent « soit utilisé pour développer des alternatives et pas seulement pour faire appliquer la loi ». Un État policier ne suffirait en effet pas à protéger la forêt, plutôt une armée, mais ce n'est pas une solution.

L'économie, une alternative plus viable que la police

L'approche policière ne fait que repousser sans être une fin en soi. « La dernière solution est de créer une nouvelle économie qui pourrait donner un emploi à des millions de personnes », explique Nobre.

Le développement durable sera d'ailleurs financé à la hauteur de 21 milliards $ sur 13, a récemment décidé le président Luiz Inacio Lula da Silva, par décret. « L'Amazonie manque cruellement d'entrepreneurs, ce qui lui fait peut-être le plus défaut, qui apporteraient de bonnes idées et transformeraient la richesse de sa biodiversité en richesse économique. »

Surveiller les pratiques illégales, encore et toujours

Malgré les luttes contre la déforestation sauvage et l'élevage clandestin, le laxisme dans l'application des amendes et le manque de ressources limitent la réussite et le désastre se poursuit paisiblement. Le système satellitaire prévu pour 2011 offrira un nouveau moyen de surveillance, assurément.

Aujourd'hui, des listes noires existent qui bloquent les crédits bancaires pour les personnes recensées comme destructeurs de la forêt, et le satellite permettra un plus grand contrôle encore. « Cela aura un impact énorme, car la plupart des opérations dépendent de ces crédits », poursuit Nobre.


D'ici 50 à 60 ans, nous pourrions atteindre un point de rupture où changements climatiques et déforestation déclenchent une désertification irrémédiable. Et cela, sans prendre en compte les incendies et les divergences dans les politiques adoptées par les gouvernements.

Des prévisions plutôt accablantes

Pour Nobre, le constat est cependant sinistre : « Même si tous les pays arrêtent la déforestation demain et que durant 100 ans la température globale n'augmente que de 4 à 5 degrés, alors oubliez tout : le point de rupture sera atteint. »