Francfort : Google, Amazon, Apple, des géants menaçant l'édition

Clément Solym - 08.10.2013

Culture, Arts et Lettres - Salons - Jürgen Boos - Foire du livre de Francfort - géants américains


La Foire du livre de Francfort s'est ouverte aux professionnels ce mardi, et ses organisateurs y sont allés de leur petit laïus, contre les géants américains du net. Google, Amazon, Apple - il ne manquait que Facebook - sont pointés du doigt comme des éléments perturbateurs de l'industrie du livre. Des sociétés aujourd'hui incontournables outre-Atlantique, et qui s'implantent progressivement en Europe.

 

 

© Frankfurt Book Fair / Peter Hirth

 

 

Jürgen Boos, directeur de la Foire, est intervenu à l'occasion d'une conférence de presse ce 8 octobre, peu de temps avant que la Foire ne soit officiellement inaugurée. « Amazon, Google et Apple sont des magiciens de la logistique, mais pas des éditeurs et ils n'ont pas la passion de l'édition », affirme-t-il. Une attaque dans les formes, alors que le patron de Francfort a toujours défendu l'évolution numérique comme essentielle dans le marché du livre. 

 

Cependant, prêt à défendre son gagne-pain, et à verser dans la démagogie, pour flatter les éditeurs présents - et qui achètent donc des stands - ce dernier n'a pas hésité à fustiger le trio américain. Il souligne que les firmes « sont des machines à fidéliser la clientèle, qui dominent non seulement le commerce en ligne, mais également les supports de lecture, et ont ainsi les clients sous leur contrôle », rapporte l'AFP. 

 

C'est que cette année, le nombre d'exposants est à la baisse : 7100 contre 7307 l'an passé. Et qu'à peine l'événement lancé, déjà Paulo Coelho attaquait vivement le choix des auteurs censés représenter le Brésil, pays invité d'honneur. Boos considère qu'il s'agit plutôt d'une consolidation du marché, qui se déroule depuis un an déjà. 

 

Et dans un appel du pied admirable, voici qu'il cite le modèle français comme un exemple « dans beaucoup de domaines ». Une réflexion qui faisait écho à la loi adoptée à l'Assemblée nationale jeudi dernier, et qui vise à supprimer au maximum la concurrence entre librairies physiques et vendeurs en ligne. Par ce texte, la France souhaite supprimer le cumul de la gratuité des frais de port et la remise de 5 % pratiquée sur les livres physiques. Une loi qui est loin de faire l'unanimité.

 

Boos poursuit : la France doit devenir un exemple, dont on peut apprendre. Et Gottfried Honnefelder, directeur de l'Association des libraires et éditeurs allemands arrive en renfort : « Dans le passé, nous avons cru que nous pouvions rester compétitif face à une entreprise comme Amazon avec des investissements faibles. Désormais nous avons vraiment besoin de nous remuer si nous voulons rester dans la course. » 

 

Une course qui, cette année, à Francfort, tourne autour de l'autoédition et des jeunes sociétés. Pour Stephen Smith, directeur de Wiley, maison d'édition scientifique, en dépit des « défis auxquels fait face notre industrie durant cette période de profonds changements, il y a beaucoup de raisons pour nous de regarder l'avenir avec optimisme et confiance ». 

 

Surtout que le marché du livre en Allemagne a connu une légère progression, de 0,8 % entre janvier et septembre, sur l'ensemble des lieux de vente, librairie, site internet et grands magasins. Si la hausse est encore infime, c'est une tendance qui se dégage, assure Honnefelder.