L'Iran boycotte la Foire de Francfort à cause de Salman Rushdie

Nicolas Gary - 05.10.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - Salman Rushdie - Francfort foire livre - Iran boycott censure


Il doit intervenir pour l’inauguration de la célèbre foire professionnelle du livre, qui se déroulera à Francfort. Mais sa seule présence irrite les autorités iraniennes. Salman Rushdie, que l’on attend pour un discours inaugural marquant le lancement de la Foire, a provoqué la colère du ministre de la Culture et de l’Orientation islamique...

 

Salman Rushdie Interviewing Tishani Doshi at the Brooklyn Book Festival

Navdeep Dahillon, CC BY 2.0

 

 

« À cause de la présence du célèbre écrivain Salman Rushdie, l’Iran ne peut pas assister à la Foire internationale du livre de Francfort », annonce un communiqué des services. La 67e Foire doit se dérouler du 14 au 18 octobre et annonce de toute évidence la présence de l’auteur comme un grand moment. 

 

Son discours doit d’ailleurs porter sur la liberté d’expression, vertu essentielle tant pour les auteurs que pour les éditeurs. Éprouver les limites de la liberté d’expression, mais également les connaître, seront d’ailleurs des fils conducteurs pour cette édition de la Foire. 

 

Pour l’heure, l’agence d’information iranienne autour de l’industrie du livre, l’IBNA, n’a pas encore confirmé l’information. Cependant, Seyed Abbas Salehi, le ministre, a déclenché la polémique dans un communiqué, assurant avoir communiqué auprès des organisateurs toute leur ferme opposition à cette présence.

 

Et dans le même temps, l’Iran a invité tous les pays musulmans à boycotter également la manifestation. « Les responsables ont choisi pour thème la liberté d’expression, mais ont invité quelqu’un qui a insulté nos croyances (...). Les offenses de Salman Rushdie et de certains caricaturistes sont une violation de la liberté d’expression », assure le ministre, cité par l’AFP. 

 

Selon lui, le programme prévu par la Foire passe outre les limites que la République islamique d’Iran est capable de tolérer. 

 

C’est qu’entre l’Iran et Rushdie, il y a un vieux différend, qui date de l’époque de Rouhollah Khomeini, l’ancien guide de la révolution : c’est en effet cet imam qui avait lancé le 14 février 1989 une fatwa contre l’écrivain, suite à la parution des Versets sataniques. 

 

N'oublie jamais, ne pardonne jamais...

 

L’ouvrage avait provoqué l’ire des autorités religieuses, pour avoir profané l’image même du Prophète Mahomet. Et le problème majeur reste que, si près de 30 années se sont écoulées depuis cet appel au meurtre lancé contre l’écrivain, la fatwa n’a officiellement toujours pas été annulée.

 

En 2009 déjà, le porte-parole des Affaires étrangères, Hassan Ghashgavi a en effet précisé : « Il est naturel que tant qu’une fatwa n’a pas été annulée, elle soit toujours valable. » Mais plus sinistre encore, en 2012, le pouvoir iranien annonçait que la rançon pour la tête de Salman Rushdie était revue à la hausse. Désormais, la mort de l’écrivain rapporterait 3,2 millions $.

 

« Le chef de la révolution islamique a tenté d’arracher ces parcelles blasphématoires ourdies par les agents des États-Unis et ceux du régime sioniste, en annonçant une nouvelle prime. Et désormais, c’est le meilleur moment pour accomplir la tâche », précisait un communiqué.

 

« La religion, une forme médiévale de déraison, lorsqu’elle est combinée avec l’armement, devient une menace pour nos libertés. Ce totalitarisme religieux a provoqué une mutation mortelle au cœur de l’islam et nous en voyons les conséquences tragiques à Paris, aujourd’hui », avait simplement répondu Rushdie, en référence aux attentats perpétrés contre la rédaction de Charlie Hebdo. On comprends que tous aient du mal à se comprendre.

 

Pour l'instant, les organisateurs de Francfort assurent faire leur possible pour convaincre l'Iran de maintenir sa présence. De son côté, l’Iran rappelle, par la voix de son ministre de la Culture et de l’Orientation islamique, que « la fatwa émise par l’imam Khomeini est un point de vue religieux sur un sujet, qui ne se fane jamais ». Ambiance...