Francfort : rester leader pour les droits, même “de manière dématérialisée”

Antoine Oury - 22.10.2016

Culture, Arts et Lettres - Salons - foire livre francfort - francfort vente droits - Holger Volland FBF


Jusqu'à dimanche soir, la Foire du Livre de Francfort défendra son titre d'événement professionnel le plus important du monde pour l'industrie de l'édition. Une pôle position que la Buchmesse s'efforce de défendre avec différents leviers, sur le web, à travers des réseaux européens ou en assumant un rôle politique plus évident. On fait le point avec Holger Volland, vice-président chargé du développement commercial.

 

Foire du Livre de Francfort 2016

L'entrée de la Foire du Livre de Francfort (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

ActuaLitté : Depuis quelques années, la Foire du Livre de Francfort investit massivement dans les plateformes de vente de droits, pour quelle raison ?

 

Holger Volland : Ce que l'on voit à la Foire de Francfort, ce sont des millions de livres et des milliers d'éditeurs, mais ce qui se vend à la Foire de Francfort et dans d'autres foires professionnelles, ce sont des droits et des licences d'exploitation d'ouvrages. Le marché des droits et des licences se déroulait auparavant uniquement lors des grandes foires internationales, mais aujourd'hui, avec des titres qui paraissent toute l'année, le marché des droits ne s'arrête pas non plus.

 

La grande force des foires, c'est que les professionnels peuvent se rencontrer personnellement, négocier face à face, mais de nombreux titres, comme ceux du fonds, ne se négocient pas forcément dans les foires. Et pour ces titres, des ouvrages de moindre envergure ou des éléments pris au sein des ouvrages, comme des illustrations, par exemple, des plateformes en ligne peuvent être plus adéquates pour réaliser des ventes que des rendez-vous.

 

Par exemple, si l'on prend en compte les illustrations d'un ouvrage scientifique, il est possible de fournir une licence pour que celles-ci soient utilisées ailleurs, mais il s'agit d'une micro-licence, qui représente peut-être 30, 40 ou 50 €, et il n'est peut-être pas nécessaire de se rencontrer pour une telle transaction. Pour ce type de transactions, il est plus simple d'avoir une sorte de boutique en ligne.

 

Si nous investissons dans ces plateformes, c'est parce que nous souhaitons rester la plus grande foire du monde en matière d'achat et de vente de droits, y compris de manière dématérialisée. Ce qui nous permet aussi de prolonger la Foire de Francfort à toute l'année, en quelques sorte, et de garder un contact permanent avec nos clients.

 

Un partenariat a été conclu cette année par la Foire avec Dubaï et la Fondation Mohammed bin Rashid Al Maktoum : quelles sont les opportunités actuelles du côté du monde arabe ?

 

Holger Volland : Le monde arabe est très intéressant, car il s'agit d'une région assez jeune : la jeunesse arabe utilise énormément la technologie, et devient en même temps lectrice de livres traditionnels. Autant dire que cette région est particulièrement en demande de contenus.

 

Mohammed Bin Rashid Al Maktoum Foundation - Frankfurt Buchmesse 2015

La Fondation Mohammed Bin Rashid Al Maktoum à Francfort (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

En tant que Foire internationale, nous nous devions d'être présent dans cette zone, ce que nous avons accompli à travers des collaborations avec l'émirat de Charjah et Abou Dabi, et aujourd'hui avec Dubaï, avec un partenariat qui va au-delà des foires du livre traditionnelles. L'accent est mis sur les produits culturels de manière générale, que l'on évoque les jeux, les films ou les contenus numériques, toujours tournés vers les jeunes.

 

Quels sont les objectifs du réseau européen de foires du livre Aldus, créé il y a quelques semaines, et quel rôle y jouera la Foire du Livre de Francfort ?

 

Holger Volland : Le réseau Aldus a deux objectifs : le premier est de renforcer les liens entre les professionnels du livre et de l'édition dans toute l'Europe en proposant des réunions professionnelles pour les aider à échanger sur les moyens de mener au mieux leurs activités. Le second est de mettre en avant la littérature européenne en connectant toutes les foires du livre européennes et en créant ensemble des événements, des méthodes, des innovations et des domaines particuliers aux foires du livre, qui se dérouleront pendant les foires du livre. L'objectif final étant de mieux faire connaître la littérature européenne dans le monde entier.

 

Par exemple, à Francfort, nous avons programmé un grand atelier ce samedi 22 octobre avec des professionnels de la scène littéraire européenne, pour qu'ils puissent échanger et partager leurs expériences et solutions sur les manières de promouvoir la littérature.

 

La caractéristique la plus étonnante de ce réseau est qu'il rassemble des concurrents, mais nous pensons tous que la promotion de la littérature européenne est une cause supérieure suffisante pour mettre de côté cette concurrence.

 

Un sujet particulièrement brûlant pour cette édition 2016 de la Foire est la liberté d'expression, menacée dans plusieurs pays. Comment la Foire de Francfort peut-elle peser dans le débat et faire progresser la liberté d'écrire et de publier dans le monde ?

 

Holger Volland : La liberté de publier et la liberté d'expression est l'un des sujets les plus préoccupants dans le monde entier, qu'il s'agisse de pays comme la Chine, l'Arabie saoudite ou même de pays européens où les évolutions politiques ne tendent pas vers plus de liberté d'expression. Les foires du livre, en tant que lieu de rencontre entre les pays du monde, entre des professionnels qui fondent leur métier sur la liberté d'expression, sont bien entendu les endroits tout désignés pour accueillir les auteurs, les éditeurs, les politiques et la presse. Ce que nous pouvons faire, en tant que foire du livre, c'est donner de la voix et faire en sorte que ces voix soient entendues, que ces personnes soient vues

 

Foire du Livre de Francfort 2016

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

La question de la liberté d'expression rassemble les foires du livre européennes et les associations nationales d'éditeurs, qui se battent elles aussi pour le droit d'écrire et de publier. Promotion de ces sujets, organisation d'événements, et surtout discussion : nous devons inciter les politiques de tous bords à reconnaître l'importance de la liberté d'expression pour le développement de nos sociétés.

 

Et cela passe aussi par l'invitation de pays où la liberté d'expression n'est pas totalement respectée, comme l'Iran : c'est une idée très forte que celle de dire que chacun a le droit d'exprimer son opinion, et les foires doivent être des plateformes ouvertes d'expression et de publication dans le cadre légal. Tous les points de vue doivent être exprimés, pas seulement d'un point de vue commercial, mais aussi politique.