Générations ennemies : autres temps, mêmes moeurs

Gariépy Raphaël - 18.06.2020

Culture, Arts et Lettres - - conflit générations - Maïa Mazaurette Henry Winterfeld - actualité société


Churchill attaqué, le général de Gaule tagué, Colbert diffamé... plus que les vitrines des commerçants, ce sont les statues qui, du haut de leurs socles de pierre, craignent les manifestations actuelles. Un débat sur la mémoire fait rage, aux États-Unis comme en France, et une nouvelle génération de militants s’insurge contre certaines icônes du passé. Alors qu’en décembre dernier Greta Thunberg était consacrée personnalité de l’année 2019 et que l’expression Ok Boomer envahissait les réseaux sociaux, il semble que le thème du conflit de générations se destine à occuper de plus en plus le débat public. 
 
Statue
 

Les jeunes contre les vieux, un éternel combat dont la littérature s’est emparée à maintes et maintes reprises. Voici trois œuvres qui présentent des aspects différents, plus ou moins extrêmes, de l'inévitable et incessant  renouvellement de ce cycle.



Pour les très jeunes : Les Enfants de Timpelbach, d’Henry Winterfeld (traduction Olivier Séchan, ed. Hachette jeunesse) 


« À nos enfants ingrats et dénaturés ! Nous en avons assez ! Notre patience est à bout, car, ces derniers temps, vous avez dépassé toutes les bornes de la méchanceté et de la stupidité. Aussi renonçons-nous à tout espoir de vous donner un jour une bonne éducation. Notre décision est irrévocable : à partir d’aujourd’hui, nous ne voulons plus rien savoir de vous. »

Les parents du charmant village Timpelbach n’en peuvent plus. Les enfants n’ont plus aucune limite et multiplient les farces et attrapes malgré la menace des punitions. Excédés par le comportement de leur progéniture, les adultes décident de leur donner une leçon et choisissent de les abandonner pour une journée tout en prétendant partir à tout jamais. Ce plan brillant ne se déroulera malheureusement pas comme prévu puisque les parents, perdus dans la forêt, sont arrêtés par des soldats étrangers qui les accusent de tenter une invasion de leur pays.

Livrés à eux-mêmes, les enfants vont bientôt se scinder en deux camps : ceux qui souhaitent mettre en place un système politique similaire à celui que proposaient les adultes, et ceux qui voudraient profiter de cette liberté retrouvée pour enfin vivre au jour le jour comme ils l’entendent.

Oscillant entre le conte et le livre jeunesse, Les Enfants de Timpelbach est un ouvrage qui pousse à la réflexion sur l’autorité et la liberté, idéal pour faire rêvasser votre enfant lorsque vous le laissez seul en partant faire les courses. 
 


Pour les jeunes : Rien ne nous survivra — Le pire est avenir, de Maïa Mazaurette (ed. Mnémos) 


« Les vieux innocents n’existent pas. Ils ont tous au moins tué un jeune : celui qui vivait en eux. »

Dans Paris, comme dans le reste des métropoles françaises, une révolution d’un nouveau genre a vu le jour. Les jeunes ont pris les armes et ont tué les vieux. Les enfants comme les adolescents ont massacré toutes les figures d’autorité, mis à bas tous les symboles mis en place par les générations précédentes.   

« Devoir de mémoire ? Quelle connerie. Si même les vieux ne savent pas que le temps passe, qui d’autre ? Et jusqu’où ? Va-t-on fêter toutes les guerres, se souvenir de chaque général sanguinaire ? Mieux vaut profaner, c’est plus gai. Que le marbre vole en éclats. Que les crics détruisent ces monuments aux morts, qu’on insulte la mémoire. Mémoire sacralisée, mémoire sous formol, mémoire stérile ».
 
Ce mouvement, initié par les mystérieux théoriciens, qui ont fixé l’âge limite du droit à la vie à 25 ans, a pour but de créer une génération entièrement consacrée au présent. Cette volonté de vivre dans l’instant se ressent dans le style, très direct, avec une écriture qui refuse la plupart du temps d’employer le passé. L’ouvrage est de plus construit comme un compte à rebours : la révolte n’a pas d’avenir, Paris doit se faire bombarder dans une centaine de jours et les jeunes, qui se savent condamnés, vivent aussi intensément que possible. 

Ce livre, premier titre de Maïa Mazaurette, offre une expérience extrême et a su représenter l’envie d’absolu qui caractérise l’adolescence, une période de l’existence où l’on ne fait généralement que peu de compromis...
 


Pour les moins jeunes : La République de Platon 


Dans ce dialogue, le philosophe développe notamment une critique de la démocratie, destinée selon lui à se changer progressivement en démagogie, puis en Tyrannie. Classique parmi les classiques, l’ouvrage pose les bases de la philosophie politique occidentale, et certains passages sur les dangers de la jeunesse dans la cité sont particulièrement savoureux. 

« Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants,
Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles,
Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter,
Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne,
Alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie.»


Des affirmations qui pousseront le lecteur à se demander si, né dans les années 50, Platon serait aujourd’hui chercheur au CNRS ou éditorialiste sur un plateau TV. Prendre conscience que le conflit de générations ne date pas d’hier est en tous les cas rassurant, et vous permettra sans doute d’envisager l’avenir, la mort et les futures statues d'idoles de K-pop sur la place de la Concorde avec sérénité. 


Crédit photo : Statue CC BY 2.0 


Commentaires
Les vieux soixante-huitards qui huilent l'appareil socioéconomicomédiatique d'aujourd'hui -du moins ceux qui ont réussi dans la vie,comme on dit -sont les mêmes jeunes exaltés qui battaient le pavé en beuglant en mai 1968, quand ils n'en lançaient pas !

Et Brel a parfaitement chanté l'évolution humaine entre la jeunesse et l'âge mûr: «Les Bourgeois».

Le regard et la passion de certaines personnes qui ne marchent pas dans les clous et restent fidèles à elles-mêmes et à leurs ferveurs et idéaux de jeunesse démentent avec éclat(s de rire) l'intransigeance excessive de Maïa Mazaurette.

Tous les vieux n'ont pas tué le jeune qui vivait en eux,c'est faux.

Et certains seniors,des gens d'appareil et/ou gens d'argent qui n'ont jamais vécu que dans ce but,n'ont jamais été véritablement jeunes.

Maïa, ne nous imposez pas un monde en noir et blanc: c'est d'un ringard !

Sérieusement, j'espère que vous garderez votre jeunesse au fond de vous malgré les tours (parfois très mauvais) et détours de la vie...

Ne soyons jamais vieux, laissons cela aux croulants: soyons vintage !

CHRISTIAN NAUWELAERS
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