Rentrée littéraire : La fashion week des libraires


Qui n’a pas été marqué par l’humour féroce et décapant de Gérard Lauzier ? Quelle réjouissance de se replonger dans l’univers de cet humoriste hors pair qui a dynamité la bande dessinée pour adultes en la rendant autant littéraire que graphique. Avec Lauzier, tout le monde en prend pour son grade, que ce soient les jeunes cadres dynamiques des années 80, les machos et les féministes ! Son humour agit aujourd’hui comme une bouffée d’air salvatrice.

 

 

 

La Huberty & Breyne Gallery Paris est heureuse de présenter, du 5 mai au 3 juin 2017,  une sélection de planches et d’illustrations issues de ses albums les plus fameux comme Un certain Malaise (1974), Lili Fatale (1974), Chroniques de l’Ile Grande (1977), La Course du Rat (1978), La Tête dans le Sac (1980), Souvenirs d’un Jeune Homme (1983), ou encore ses savoureuses Tranches de Vie (1975-1986). Cette exposition est réalisée en parallèle à la sortie en librairie du deuxième volume de l’intégrale de l’œuvre de Gérard Lauzier publiée aux Editions Dargaud.

 

Gérard LAUZIER, Sociologue cinglant

 

Féroces, grinçantes, abrasives, désopilantes et originales, les histoires de Lauzier sortent des sentiers battus de l’époque. L’auteur y brosse un portrait vitriolé de ses contemporains et dissèque dans ses bulles un panel de profils varié. Tout le monde en prend pour son grade. Il fustige autant les jeunes cadres sup’ arrivistes pseudo-intellos confrontés à la revanche des femmes, que les ados attardés, les artistes ratés ou les petits bourgeois contestataires.

 

Les profils qui constituent sa galerie de personnages sont nombreux et variés, une manière de démontrer que l’humour n’a pas de camp et de secouer les conformismes d’alors. Jérôme Ozendron, Jean Bulle et Michel Choupon sont respectivement les héros pathétiques de La Course du Rat, La Tête dans le Sac, et du diptyque Souvenirs d’un JeuneHomme/Portrait de l’Artiste. Quatre récits dans lesquels Lauzier, critique acerbe et fin observateur de la société et de l’Humain, dépeint les rapports hommes-femmes, le pouvoir, l’hypocrisie et la vanité. Des albums aux allures d’études sociologiques qui ne sont pas sans rappeler l’approche de Bretécher dans sa sensibilité à l’étude des mœurs.

 

A l’ère de Lauzier, la caricature, la provocation et la critique sans concession étaient de mise. On pouvait railler, ironiser et taper sur ses congénères sans craindre de se retrouver dans le viseur des défenseurs du politiquement correct. Alors on se délecte d’autant plus aujourd’hui, dans notre société ou la langue de bois est reine, de (re)lire ses albums décomplexés et de découvrir la centaine de planches originales exposées à la Huberty & Breyne Gallery, véritables morceaux d’anthologie de l’œuvre de Lauzier.

 

Quatre décennies plus tard, dans un monde qui a changé, mais peut-être pas tant que ça, ses bulles aux répliques cinglantes qui tapaient fort et juste demeurent inoubliables.

 

Parcours de l'artiste

 

Après une licence de philosophie et des études à l’école des Beaux-Arts à Paris, Lauzier s’installe au Brésil au milieu des années 50. Il y créé une agence de publicité et devient le dessinateur politique d’un quotidien de gauche Le Journal de Bahia. À son retour en France, une décennie plus tard, il poursuit sa carrière de dessinateur de presse en collaborant avec France Soir, Paris Match, Le Journal du Dimanche ou Lui.

 

 

 

Il prend le chemin de la bande dessinée en rejoignant l’équipe de Pilote Mensuel dont il devient l’auteur phare en 1974 avec Lili Fatale, la célèbre aventurière reconvertie en ménagère lambda. Il livre dès l’année suivante ses fameuses Tranches de Vie dans lesquelles il secoue les conformistes de l’époque. Post-soixante-huitards, jeunes cadres aux dents longues, filles libérées et vieux libidineux sont croqués avec un humour acide. Le succès est immédiat. Dargaud éditera entre 1975 et 1986, l’intégralité de la série qui compte 5 tomes, ainsi que ses titres les plus célèbres parmi lesquels Un Certain Malaise (1974), Chronique de l’Ile Grande (1977), La Course du Rat (1978), La Tête dans le Sac (1980), Souvenir d’un Jeune Homme et Portrait de l’Artiste (1992)

 

À partir de 1978, Lauzier partage son talent entre le théâtre et le cinéma en tant qu'auteur, scénariste et réalisateur. En 1980, s’inspirant de La Course du Rat, il écrit les dialogues de Je vais craquer, réalisé par François Leterrier. Christian Clavier y tient le rôle du jeune cadre dynamique, figure récurrente dans l’œuvre de Lauzier.

 

Son personnage fétiche, Michel Choupon, voit le jour en 1983 avec Souvenir d’un Jeune Homme. Révolté contre la société pourrie, l’ado nombriliste tente désespérément de vivre sans entraves et de jouir sans temps morts. Lauzier en fera un film,  P’tit con, l’année suivante, dans lequel il livre une analyse au scalpel des années 70. En 1991, Mon père, ce héros, interprété par Gérard Depardieu et Marie Gillain, détourne provisoirement Lauzier de ses dialogues ravageurs. Il y peint avec humour et tendresse ce qui le touche infiniment : les relations mouvementées d'un père avec sa fille.

 

Il retrouvera Gérard Depardieu, sur le tournage du Plus Beau Métier du Monde qu’il réalise en 1996 et dont il signe les dialogues. Au théâtre, on lui doit Le Garçon d’Appartement (1980), véritable succès, mis en scène par Daniel Auteuil, qu’il dirigera 2 ans plus tard dans T’empêche tout le monde de dormir, film inspiré de la pièce. Il signe en 1986 L’Amuse-Gueule et Ne réveillez pas Cécile, elle est amoureuse en 1993.

 

Lauzier renoue avec la bande dessinée en 1992 en poursuivant les aventures de Choupon, dix ans après sa création dans l’album Portrait de l'Artiste.

 

Il recevra l’année suivante, le Grand Prix de la Ville d’Angoulême, à l’occasion du 20ème Salon International de la Bande Dessinée. Une belle récompense pour sa carrière au service de l’humour.

 

<

>