Grimm, quand les contes renouent avec l'horreur.

Clément Solym - 04.05.2012

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Grimm - série policière - contes


La série de la chaîne américaine NBC ne met pas les contes en scène de manière féérique, comme on a pu y être habitué. Ce qu'il y a de plus effrayant dans les contes originels devient réel... une bonne base pour une série policière sombre et fantastique.

 

Nick Burckhardt est policier à Portland, dans l'Oregon. Il apprend par sa tante qu'il est un descendant des Grimm, et hérite donc du don de ses ancêtres : repérer des personnages fantastiques que personne ne peut voir, des loups-garous, des blutbads, des rats humanoïdes.... et être aussi repérable par ces créatures qui se cachent parmi les habitants de la ville.

 

 

 

L'héritier du conteur au même niveau que ses créatures

 

Nick est donc le seul à pouvoir démasquer les exactions de ces créatures. Quand elles tuent... le crime a étrangement un goût de conte. Chaque épisode commence par une citation, qui ne manquera pas de rappeler des souvenirs à nombre de spectateurs. Le premier a fait appel à une histoire universellement connue : le Petit Chaperon Rouge. Il raconte comment un homme kidnappe des jeunes filles et les enferme chez lui. Dans le second épisode, une jeune femme aux cheveux blonds rentre par effraction dans une belle maison, mange à l'oeil, et profite du lit... avant d'être enfermé par les propriétaires du lieu. On reconnaîtra le thème de Boucle d'Or et les Trois Ours.

 

Dans un Portland sombre, qui semble constamment plongé dans la forêt et dans la nuit, les crimes se multiplient. La métaphore des monstres des contes de fées est ici menée jusqu'à sa limite. L'homme qui enlève les jeunes filles s'avère être un loup-garou, il incarne avant tout un prédateur (un mangeur d'homme, un violeur peut-être) pour ses semblables.

 

Grimm désigne ici non pas le nom des conteurs, mais celui d'un policier, d'un personnage de l'histoire. Le descendant des Grimm est mis au même niveau que les personnages des contes. L'absence de distanciation, le fait que tous sont maintenant les objets de l'histoire, ajoute une dimension angoissante supplémentaire. Plus de conteur, plus de contrôle. Le fantastique va échapper à l'intention d'un « maître du jeu ».

 

Le terrain du naturaliste


« Ce ne sont pas que de contes de fées. Ces histoires sont vraies. », apprend-t-on dès le début de la série. Le mot « histoire » est lâché, péjoratif, empreint de mépris. Nous ne sommes plus dans le conte, le conte est bien vivant, le conte est le lieu du quotidien.

 

Le ton est donné : bien que fantaisistes, ils font appel à une réalité propre à l'époque du conteur. Des histoires universellement reprises, peu importe les frontières et les époques, auront un impact toujours différent, et jamais démenti. Pourquoi, sinon, le Petit Chaperon Rouge continue-t-il de nous fasciner ? Autre exemple : Blanche-Neige, qui fait encore l'objet de deux films radicalement différents cette année (voir notre actualitté). 

 

La série donne vie à des personnages effrayants. Point de princesses et de personnages enchantés. L'observateur prend le point de vue d'un naturaliste. Nick lui même dessine toutes les créatures qu'il rencontre, et se réfère à un ouvrage monumental, une sorte d'encyclopédie des monstres et bêtes remarquables, hérité de sa famille. Il observe et identifie, tente de savoir ce qui caractérise chaque « espèce », il tente de remettre en ordre ce réel qui lui échappe en partie.

 

Cruauté du conte


Loin des clichés mièvres courants sur les contes, ceux des Grimm ont la particularité d'être souvent sans pitié, parfois violents. Le conte de Cendrillon, dans la version Grimm, se solde par une série de mutilations... D'une certaine manière, on ne sera pas étonné de retrouver cette forme de cruauté dans le scénario de la série. Grimm réconcilie des histoires à l'origine transmises par le biais de la voix, ou bien souvent, au cours du temps, la dimension sauvage et intimement violente tendait à être effacée. Les contes des frères Grimm aimaient à la stimuler, et la série renoue avec cette tentation.

 

Violence, clairs-obscurs, proximité des éléments naturels comme la forêt ou le fleuve, Grimm semble nous ramener à notre propre animalité. La forêt est vécue comme un espace menaçant, et mis en scène comme tel. Chaque scène dose la lumière de façon à toujours laisser une part au mystère, et à susciter l'inquiétude chez le spectateur.

 

« Quand ils n'arrivent plus à se contrôler, leur masque tombe, et nous voyons leur véritable apparence » : les Grimm constatent la fragilité du masque que portent ces créatures. Les personnages fantastiques vivent au contact des humains et doivent cacher leur véritable nature, dans un sens la domestiquer.  Un adjuvant inattendu vient se glisser dans l'intrigue : un loup-garou, qui incarne l'exemple-type de l'animal domestiqué : médicaments, régime, sports... il a créé de toute pièce sa résistance à sa liberté totale d'être sauvage.

 

Cette idée de cohabitation entre des êtres surnaturels et les humains avait notamment été évoquée dans l'adaptation des romans de Charlaine Harris par HBO,True Blood. En somme la série ne plaira peut-être pas à ceux que le fantastique à tendance à agacer, mais les amateurs des contes de fées se plairont certainement à retrouver une interprétation nouvelle des contes de leur enfance.




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