L’exposition « Apollinaire, le regard du poète » se concentre sur la période où Guillaume Apollinaire était critique d’art, entre 1902 et 1918. Pendant une quinzaine d’années, le poète a livré plusieurs textes critiques. Elle se déroulera du 6 avril au 18 juillet au musée de l’Orangerie. 

 

Monument à Guillaume Apollinaire

Sculpture de Picasso dédiée à Apollinaire

(Clio20 / CC BY-SA 2.0)

 

 

Le poète, né sujet polonais de l’Empire russe à Rome en 1880, et mort en 1918 à Paris, portait un regard neuf sur la littérature et l’art de son époque. Le mouvement artistique qui se forgera plus tard, et sous son impulsion, comme le mouvement surréaliste, voyait déjà la légitimité du poète à parler des œuvres artistiques de chacun. 

 

Révolution esthétique et art moderne 

 

L’importance de l’art au XXe siècle, dans un contexte où la guerre bouche les perspectives communes, n’est pas à démontrer. Apollinaire se positionne donc comme un littéraire engagé et ouvert à toutes les formes artistiques susceptibles d’évacuer la sombre pensée des hommes. 

 

En 1952, le surréaliste André Breton parlait d’Apollinaire comme un découvreur de talents artistiques qui a « situé une fois pour toutes la démarche d’un Matisse, d’un Derain, d’un Picasso, d’un Chirico (…) au moyen d’instruments d’arpentage mental comme on n’en avait plus vu depuis Baudelaire ».  

 

La présentation de l’exposition pointe la modernité d’un poète comme Apollinaire, en phase avec l’histoire et la révolution esthétique qui donnera naissance à l’art moderne : « Cette exposition souhaite explorer l’univers mental et esthétique d’Apollinaire à travers un parcours thématique : du Douanier Rousseau à Matisse, Picasso, Braque ou Delaunay, du cubisme à l’orphisme et au surréalisme, des sources académiques à la modernité, des arts premiers aux arts populaires. Elle mettra tout particulièrement à l’honneur les liens du poète avec Picasso dans une section dédiée… » 

 

Le regard novateur d'un poète précurseur 

 

Le poète comprend très tôt l’influence future de l’art cinématographique. Pour Laurence des Cars, la commissaire générale de l’exposition, cette facilité à passer de l’art classique à l’art moderne et de deviner les courants qui s’imposeront rejoint « le regard plus ouvert que l’on porte aujourd’hui sur la question des avant-gardes fin XIXe — début XXe ».  


Le musée de l’Orangerie entre pleinement dans ce cadre : « Elle (l’exposition, NdR) trouve tout naturellement sa place au musée de l’Orangerie, aux côtés d’œuvres réunies par son ami Paul Guillaume, qu’il introduisit dans les cercles d’avant-garde et dont il devint le conseiller. » 


Le poète n’aura publié qu’un seul livre de critique d’art, Méditations esthétiques, les peintres cubistes, longtemps tombés dans l’oubli, faute de reconnaissance dans le milieu de l’art.

 

Malgré ce manque de reconnaissance académique, le regard intuitif du poète sur le monde de l’art n’en est pas moins précieux, comme on pouvait l’entendre de la bouche de Picasso, en 1974 : « Apollinaire, il ne connaissait rien à la peinture, et pourtant il aimait la vraie. Les poètes, souvent, ils devinent. »

 

À découvrir au Jardin des Tuileries, dans le 1er arrondissement.