Haider : Une adaptation indienne du Hamlet de Shakespeare choque le pays

Antoine Oury - 05.12.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Hamlet Shakespeare - Haider Vishal Bhardwaj - cinéma censure Pakistan


Le polar Haider de Vishal Bhardwaj est sorti en octobre dernier en Inde, après quelques déboires pour obtenir son autorisation de diffusion. Et pour cause : le long-métrage adapte Hamlet de Shakespeare, en le transposant à l'année 1995 et au conflit entre l'Inde, le Pakistan et le Cachemire. Ce dernier est une véritable poudrière, partagée entre trois nations qui l'administrent, les deux citées et la Chine.

 


 

 

Au cours du conflit, et face aux partisans d'un Cachemire libre, plus proche du Pakistan que de l'Inde, les forces militaires indiennes n'avaient pas hésité à perpétrer des crimes de guerre : tortures, exécutions sommaires et autres violations des Droits de l'Homme avaient cours. 

 

Cette histoire récente de l'Inde reste un sujet sensible, aussi bien pour le gouvernement que pour le pays, d'autant plus que le statut du Cachemire n'a pas évolué depuis, malgré les conflits.

 

Mais le film de Bhardwaj ne se contente pas de décrire les atrocités de la puissance indienne : les méthodes des communautés du Cachemire sont également montrées à l'écran, ainsi que le jeu politique du Pakistan, qui a cédé une partie du territoire qui lui appartient à la Chine pour obtenir son soutien contre l'Inde.

 

Haider revient également sur la responsabilité de l'empire colonial britannique, qui a abandonné un territoire après l'avoir consciencieusement partagé entre des nations ouvertement conflictuelles.

 

Il n'y a pas qu'en Inde que le film a été copieusement critiqué. Un spectateur pakistanais a jugé qu'il ne devait pas être diffusé dans son pays, parce qu'il remettait en cause la théorie des deux nations, qui soutient que deux nations, une musulmane, une hindoue, doivent être créées pour assurer la fin des conflits en Asie du Sud.

 

Certains cinémas du Cachemire, malgré les contrôles par les autorités indiennes, se sont même risqués à le diffuser, tandis qu'une version pirate est apparue sur une chaîne locale. Dans l'État d'Uttar Pradesh, dans le Nord de l'Inde, les nationalistes hindous ont appelé au boycott du long-métrage, en soulignant que « la souveraineté et l'intégrité de l'Inde avaient été attaquées en toute impunité ». La même communauté s'était récemment illustrée en critiquant le livre de Wendy Doniger, Hindus : An Alternative History, rapidement rappelé par Penguin India.

 

 

 

 

(via The Conversation)