Herta Müller, sacrée Nobel de littérature 2009

Clément Solym - 10.12.2009

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - herta - muller - nobel


Voilà, c'est fait. Aujourd'hui, avec quatre autres grandes dames, Herta Müller a reçu son prix Nobel de littérature, remis par le roi Carl XVI de Suède, accompagné de 10 millions de couronnes, tout aussi suédoises que leur souverain.

Cinq femmes nobelisées, cela se note, parce qu'au cours des dernières années, elles n'ont pas été particulièrement nombreuses à le recevoir.

Alors bien sûr, Barack Obama était au centre des attentions, venu lui pour un Nobel de la Paix, mais tout de même, Herta n'est que la 12e femme en 108 ans à remporter un Nobel de littérature. Elle aurait mérité un peu plus de considérations, non ?

On pourra d'ailleurs retrouver son discours intégralement traduit à cette adresse.
TU AS UN MOUCHOIR ? me demandait ma mère au portail tous les matins, avant que je ne parte dans la rue. Je n'en avais pas. Étant sans mouchoir, je retournais en prendre un dans ma chambre. Je n'en avais jamais, car tous les jours, j'attendais cette question. Le mouchoir était la preuve que ma mère me protégeait le matin. Le reste de la journée, pour les autres sujets, je me débrouillais seule. La question TU AS UN MOUCHOIR ? était un mot tendre détourné. Direct, il aurait été gênant, ça ne se faisait pas chez les paysans. L'amour était travesti en question. On ne pouvait l'exprimer que sèchement, d'un ton impérieux, comme les gestes du travail. C'était même la brusquerie de la voix qui soulignait la tendresse. Tous les matins, au portail, j'étais d'abord sans mouchoir, et j'attendais d'en avoir un pour m'en aller dans la rue ; c'était comme si, grâce au mouchoir, ma mère avait été présente.