Hôtel Europe : une pièce de Bernard Henri Lévy pour l'Europe

Louis Mallié - 20.06.2014

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Bernard Henri Lévy - Europe - Sarajevo


À l'occasion de la sortie le 27 juin prochain de son monologue Hôtel Europe au Théâtre national de Sarajevo, Bernard Henri Lévy est revenu sur la pièce, dévoilant quelques éléments de l'intrigue. Interprétée par Jacques Weber, elle est, d'après lui, un moyen d'exprimer « mon écœurement, ma colère et ce qui me reste d'espérance » sur l'avenir de l'Europe, a-t-il expliqué dans un entretien avec l'AFP.

 

 

Itzike, CC BY-SA 3.0

 

 

« C'est le jour de la commémoration du centenaire de la guerre de 1914 et à cette occasion, un homme prépare un discours sur l'Europe aujourd'hui, sur sa crise et sur son avenir », raconte l'auteur. Enfermé dans sa chambre d'hôtel, l'homme a pour tout compagnon un ordinateur et navigue sur internet. Les images défilent : « Aussi bien le texte d'un philosophe qu'un bout de conférence de Semprun, une image de réfugiés syriens à Lampedusa, une archive de la guerre de Bosnie. » 

 

Produite par Frédérik Franck directeur du Théâtre de l'Œuvre, et montée par Laura Pels, directrice du Théâtre de l'Atelier, la pièce est mise en scène par le bosniaque Dino Mustafic. Quant à Jacques Weber, il aurait été suggéré par Vincent Lindon. L'œuvre, qui n'est pas sans rappeler l'allégorie de The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson,  est considérée par son auteur comme « une pièce qui doute »,  se veut le passage d'une conscience de l'ombre à la lumière. 

 

 « J'ai composé ce monologue en cinq mouvements, comme cinq actes. La pièce est sombre pendant les quatre premiers mouvements. On se demande même si le personnage ne perd pas la tête. Au dernier acte, il y a un coup de théâtre. Le coup de théâtre dont je parle est poétique. Soudain, il voit la solution. Cet espoir suppose une révolution, et une révolution spirituelle. Métaphoriquement, si on se débarrassait de Catherine Ashton ou José Manuel Barroso pour Vaclav Havel, Dante, les Pussy Riot, Mère Teresa, Jorge Semprun, ce serait sans doute mieux, pense-t-il… », explique-t-il au Figaro.

 

Et de critiquer l'euroscepticisme ambiant : « Qu'avons-nous fait du rêve européen de nos pères, d'où vient que ce rêve soit en train de se désenchanter et peut-être de se désintégrer et que faut-il faire pour qu'il reparte, pour qu'il ressuscite et redevienne d'actualité? », s'inquiète le philosophe. « C'est une pièce qui est pessimiste parce qu'évidemment le personnage est accablé par cette montée de souverainisme, de populisme qui tourne le dos à l'idéal européen et qui selon moi précipite les peuples d'Europe dans la misère et dans le chaos si cela allait à son terme, et c'est en même temps un texte qui indique une voie et une espérance possible, c'est le coup de théâtre de la fin de la pièce. »

 

Après la première à Sarajevo, la pièce ouvrira la saison le 9 septembre au Théâtre de l'Atelier à Paris - où la première pièce de BHL avait déjà été jouée en 1992 - avant une tournée européenne en 2015.