Hunger : petite chronique du film de Steve McQueen

Clément Solym - 26.11.2008

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Hunger - film - critique


J'apprends que Hunger, le film de Steve McQueen, sort enfin en France. C'est un film à voir, absolument sans hésitation. Événement cinématographique, esthétique et politique.

En ces temps de tiédeur du militantisme, certains messages, certains hommes du passé se dressent à jamais pour nous rappeler notre bonheur d'être en liberté, ou pour encore nous enjoindre de nous battre contre les inégalités, tel Bobby Sands dans Hunger, tel Harvey Milk dans Milk, le nouveau film de Gus Van Sant qui lui aussi sort demain, hasard des programmations, mais ici, à San Francisco.

Mais s'il n'y avait que le message, un documentaire suffirait. Là, dans le film, un premier film c'est d'autant plus remarquable – primé à Cannes, le Jury de la Caméra d'Or ne s'y est pas trompé – autre chose se dessine de plus essentiel, qui dépasse l'anecdote ou l'Histoire pour atteindre à l'humain. Quand on enlève tout à l'homme, quand on veut le réprimer, le punir, empêché sa rébellion, quand on le muselle, le maltraite, il lui reste cependant un moyen d'action qui est son corps même, soi.

Filmer la grève de la faim de ces détenus de l'IRA devient alors et pour le réalisateur et pour le public une propédeutique de l'humain, du corps humain, comme corps politique. Une leçon qu'on n'est pas près d'oublier. La décrépitude du corps est filmée sans concession. Mais pas de dégoût, une fascination plutôt, comme devant une œuvre d'Art qui nous interroge sur notre humanité, qui nous met en demeure de plonger dans les arcanes de ce tissu organique qui nous constitue.

Admirable...