Incroyable mais vrai, Stanley Kubrick envisageait de faire son Pinocchio

Joséphine Leroy - 02.06.2016

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« Orange Mécanique », « Eyes Wide Shut », « Shining », « 2001 : L’Odyssée de l’Espace », «  Full Metal Jacket »... On avait vu que le réalisateur américain maîtrisait l’horreur, le suspens, l’érotisme, l’abstraction métaphysique, le film de guerre ou le film historique, mais l’idée qu’il reprenne un conte paraissait invraisemblable. Et pourtant, Stanley Kubrick envisageait bien de faire son Pinocchio pour « faire rire les enfants et qu’ils se sentent heureux ». C’est son plus proche collaborateur qui l’a confié dans un livre. Nous n’avons pas pu voir si son nez s’allongeait ou non. 

 

Stanley Kubrick

(RV1864 / CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

L’histoire de cet enfant enfermé dans un corps de marionnette avait fait naître des lieux communs reconnaissables par tous : un nez qui s’allonge pour dire le mensonge, la menace des oreilles qui poussent si on ne réussit pas à l’école... Les réalisateurs se sont souvent emparés du conte écrit par Carlo Collodi, écrit en 1881.

 

En 1996, Steve Barron livrait sa vision familiale du conte. Roberto Benigni avait sorti en 2003 une version assez similaire. Tous, en tout cas, sont restés fidèles au modèle du dessin animé de Disney, qui remonte à 1940 et est resté l’adaptation la plus populaire du conte. 

 

 

 

 

Que Kubrick réalise à sa manière un film sur Pinocchio aurait certainement bouleversé les choses. Le réalisateur, qui nous a davantage habitués à l’angoisse, l’humour noir, le propos politique ou l’érotisme sombre, ne s’était jamais aventuré dans ce genre. Ses films s’adressaient avant tout aux adultes, même s’il utilisait le personnage de l’enfant pour troubler le spectateur (Danny dans Shining, notamment). Et pourtant...

 

Emilio d’Alessandro, l’assistant personnel et ami de longue date de Kubrick, a sorti un livre autobiographique sur ces années de collaboration et d’amitié avec le réalisateur, intitulé Stanley Kubrick and Me : Thirty Years at His Side. Au Guardian, il explique qu’en 1999, avant que Kubrick ne décède, ce dernier planifiait la réalisation de son premier film familial : « Stanley pensait à réaliser Pinocchio. Il m’avait chargé d’acheter des livres italiens sur le sujet [...]. Il voulait en faire un à sa manière, différent de tous les Pinocchio qui avaient été faits jusque là. Faire quelque chose de vraiment fort. Il disait : “Ce serait vraiment bien qu’en réalisant ce Pinocchio, je réussisse à faire rire les enfants et qu’ils se sentent heureux.” » Le réalisateur, peu habitué au genre, se serait inspiré de ses petits-enfants. 

 

Avant sa mort, Kubrick avait déjà comme projet l’adaptation de la nouvelle Supertoys de Brian W. Aldisse (éd. Metailie, trad. Catherine de Leobardy), avec lequel il avait étroitement collaboré. Il avait passé le flambeau à Steven Spielberg, qui avait repris en grande partie les idées de Kubrick. Il s’agissait de A.I (Intelligence Artificielle, 2001), sorti après la mort du réalisateur. Et si certains prétendent que A.I. est, de façon détournée, la réécriture du conte, Emilio D’Alessandro précise que le réalisateur évoquait un projet absolument distinct de celui-ci.

 

Kubrick aurait aussi projeté de faire un film sur la Seconde Guerre mondiale, plus spécifiquement à propos de la bataille de Monte Cassino. 

 

 

(via The Guardian