Intermittents : La température monte au Festival d'Avignon

Antoine Oury - 17.07.2014

Culture, Arts et Lettres - Théatre - intermittents du spectacle - Aurélie Filippetti - Festival d'Avignon


L'agenda de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti aura finalement accueilli Avignon dans ses pages : ces mercredi et jeudi, sa venue sur le Festival était précédée d'un parfum de défiance parmi les intermittents. Et pour cause : depuis le mois de février et la signature décriée d'un accord entre le MEDEF et plusieurs organisations syndicales, les intermittents tentent d'en obtenir l'annulation auprès du gouvernement, en vain.

 


Festival d'Avignon 2007 (AVIGNON,FR84)

Il signe d'un "Z" comme "Zou !" ? (jean-louis Zimmermann, CC BY 2.0)

 

 

« La ministre est arrivée vers 16h30. On a parlé, je lui ai fait part de ce que le Off souhaitait. On a fait un tour du village », explique Greg Germain, le président du Festival "Off" d'Avignon aux médias présents sur place. Quelques jours plus tôt, il avait invité les troupes à assurer les spectacles, en expliquant que « ne pas jouer serait se tirer une balle dans le pied ».

 

Certaines troupes avaient choisi de suivre la grève, et des intermittents n'ont pas apprécié la venue de la ministre : « Et puis sont arrivés les énervés [...] comme d'habitude une vingtaine de brailleurs qui hurlaient "On ne veut pas de vous" », poursuit Greg Germain. Difficile, en effet, de se faire entendre autrement : au Forum de Chaillot, au mois d'avril, les militants étaient restés devant le théâtre, encerclés par des CRS pendant plusieurs heures. Au Familistère de Guise, le 10 juin dernier, des intermittents avaient pu s'entretenir rapidement avec la ministre, mais simplement parce qu'ils étaient... nus comme des vers. 

 

Autant dire que le dialogue n'est pas vraiment ouvert, particulièrement depuis la nomination par le gouvernement du médiateur Jean-Patrick Gille. Depuis le 16 juin dernier, il est chargé de rassembler les partis autour de la table et d'élaborer des solutions de sortie sur l'assurance-chômage des intermittents. Quelques jours après sa nomination, il avait lui-même reconnu, dans un tweet, que la situation était explosive. 

 

Pour accueillir la ministre, les intermittents avaient revêtu des masques à son effigie, et la phrase « Ça suffit l'enfumage, on n'est pas là pour discuter », lâchée par un des militants, aurait incité Aurélie Filippetti à remonter dans sa voiture. Quelques minutes avant la confrontation, elle s'était exprimée devant les micros pour rappeler le programme des négociations.

 

 


Filippetti "souhaite dialoguer" avec les... par BFMTV

 

 

Le dialogue avec les militants semblait de toute façon impossible. Tous les membres du gouvernement ont en effet été déclarés persona non grata au Festival, comme le confirme le Collectif "In", qui représente les salariés de la manifestation, à propos d'Aurélie Filippetti : « Nous respecterons le principe de persona non grata, c'est-à-dire que si elle souhaite voir un spectacle, malheureusement, elle devra sortir de la salle si elle veut que le spectacle ait lieu. Nous n'accepterons pas de membres du gouvernement dans les salles cet été », expliquait un représentant.

 

Après cette première journée mouvementée, le lendemain n'a pas été plus calme : des intermittents, réunis devant le conseil général du Vaucluse, dans le centre-ville d'Avignon, masques Filippetti sur le visage, ont du faire face aux forces de l'ordre.

 

De son côté, la ministre a annoncé un « pacte culturel » en septembre, qui concerne non pas les intermittents, mais les collectivités territoriales. Il consistera en une réunion début septembre, qui devrait être suivie par une « clarification des nouvelles compétences » des collectivités définies par la loi de décentralisation. Cette dernière a pour but de rassurer les acteurs culturels qui craignent un désengagement des finances consacrées à la culture par certaines collectivités.

 

Aurélie Filippetti interviendra encore à l'université d'Avignon, ce soir.