Dans la nuit de mercredi à jeudi, les organisations de salariés et d’employeurs ont conclu un accord concernant le régime d’assurance chômage spécifique aux intermittents. Depuis dimanche, les intermittents ont occupé, à Paris, les théâtres de l’Odéon et de la Comédie-Française. Ils se sont également mobilisés dans d’autres villes de France : Bordeaux, Rennes, Caen, Lille, Toulouse, Grenoble ou encore Montpellier. La question est maintenant de savoir si l’accord trouvé convaincra la majorité des manifestants et des intermittents. 

 

Manifestation des intermittents du spectacle au Théâtre de l'Odéon

Lundi soir, des manifestants de Nuit Debout rejoignent des intermittents au théâtre de l'Odéon

(ActuaLitté / CC BY-SA 2.0) 

 

 

Auparavant, jamais le régime d’assurance chômage, en place depuis les années 1930, n’avait été remis en cause de la sorte. La CGT était montée au créneau, elle se dit à présent satisfaite. Près de dix heures de négociations ont été nécessaires pour en arriver là : « Un accord est mis à la signature, il comporte des avancées importantes », a affirmé à l’AFP Denis Gravouil, le secrétaire général de la CGT-Spectacle (le syndicat majoritaire). Quant à la source patronale, elle trouve là un « accord acceptable pour les parties […] avec de nettes améliorations pour la protection des travailleurs avec des efforts réciproques ». Elle ajoute que « l’accord prévoit une hausse des cotisations patronales et aussi un effort côté salariés ». 

 

Le contenu de l’accord

 

L’accord promet l’ouverture des droits à l’indemnisation pour les artistes comme pour les techniciens, toujours à partir de 507 heures de travail comptabilisées sur 12 mois. Il y aurait aussi un retour à une date anniversaire afin de permettre le calcul des droits des intermittents. 

 

De plus, l’accord comprendrait une « neutralisation des baisses d’indemnisation après un congé maternité » et « un début de prise en compte des arrêts maladie concernant les affectations de longue durée ». La partie patronale a « dû concéder une augmentation de la cotisation patronale de 1 % et la fin des abattements pour frais professionnels », selon la CGT-Spectacle. 

 

Les accords s’éloignent de la lettre de cadrage financier présentée le 24 mars par le Medef et signée par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC. La lettre envisageait un effort global de 185 millions € d’économies en année pleine d’ici 2018, incitant l’État à compenser une partie de la somme (environ 80 millions €). La ministre de la Culture, Audrey Azoulay, l’avait décrite comme une « provocation ». 

 

La satisfaction générale ?

 

« C’est un accord important, mais en même temps tout n’est pas résolu, car c’est un accord de branche et il faudra encore qu’il franchisse l’étape interprofessionnelle de l’Unedic », aurait confié à l’AFP une source proche du dossier. Cette source détaille les possibles risques : « Le risque existe d’un blocage à l’Unédic [Union nationale interprofessionnelle pour l’emploi dans l’industrie et le commerce, NdR], qui gère l’assurance chômage, et que l’État reprenne la main sur le dossier. » Les intermittents peuvent toujours craindre l’ouverture d’une « caisse autonome », pouvant affaiblir le système de solidarité en place et empiéter sur la solidarité interprofessionnelle notamment. 

 

La mobilisation et l’occupation des théâtres par les intermittents seront-elles suspendues ? Depuis dimanche, les manifestants se sont réunis devant le théâtre de l’Odéon, d’abord, annulant deux soirs consécutifs la représentation de Phèdre(s) avec Isabelle Huppert. Dès mardi, ils avaient investi la Comédie-Française, faisant annuler la représentation de la pièce mise en scène par Denis Podalydès (Lucrèce Borgia) et celle de Roméo et Juliette, mise en scène par Éric Ruf.

 

Le lendemain, les deux théâtres étaient occupés de l’intérieur par une cinquantaine d’intermittents chacun. La direction de l’Odéon s’était plainte publiquement de ce comportement. Les syndicats avaient nié leur version, arguant qu’on ne les avait pas autorisés à prendre la parole avant la représentation. Cela n’a pas été le cas des autres villes, où les intermittents, dès mercredi soir, se sont certes réunis dans les théâtres nationaux, mais sans empêcher que les représentations au programme ne se déroulent. 

 

Certains manifestants de Nuit Debout, à République, avaient rejoint le mouvement. Mercredi soir, avant la signature de l’accord, les étudiants de plusieurs écoles d’art — Cours Florent, les Gobelins et plusieurs conservatoires de Paris — ont également pris part au mouvement, annonçant par la même occasion vouloir occuper l’école de cinéma de la Femis, dans le 18e arrondissement de Paris. Mais les étudiants et la direction se seraient mis d’accord, sans évoquer l’idée d’une occupation. Le gardien a fait savoir que « les étudiants ont demandé à la direction, qui l’a accordé, de tenir une réunion entre 20h et 22h ». 

 

Un accord plus tard, qu’en sera-t-il de l’occupation des théâtres ? À Strasbourg, ce matin, l’occupation du théâtre national continuait, dans l’esprit de la « convergence des luttes ».  

 

MàJ 14h09 : La ministre de la Culture, Audrey Azoulay, a salué un « accord historique ». « Pour la première fois, la loi leur a confié la responsabilité directe de la négociation dans leur secteur d’activité », écrit le ministère dans un communiqué publié à 12h30 ce 28 avril. Il ajoute que cet accord « doit faire maintenant l’objet d’une étude plus précise, en termes d’impact financier, par le comité d’experts ». Par ailleurs, le ministère appelle les manifestants à quitter les théâtres.