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Intermittents : un préavis de grève pour le Festival d'Avignon

Antoine Oury - 21.06.2014

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Festival d'Avignon - intermittents du spectacle - Olivier Py


Ce que le gouvernement de Manuel Valls redoutait le plus est arrivé : les intermittents, menés par la CGT Spectacle, ont déposé un préavis de grève pour le 4 juillet prochain, date du lancement du Festival d'Avignon. Une situation similaire, en 2003, avait conduit à l'annulation d'une large partie des spectacles. Olivier Py, le directeur du Festival, a jusqu'ici soutenu les intermittents.

 


Couleur Lavande : Festival d'Avignon

Au pied du Palais des Papes, au Festival d'Avignon, en 2012

(Couleur Lavande, CC BY-ND 2.0)

 

 

En annonçant jeudi la « mise entre parenthèses » du différé d'indemnisation des intermittents, la mesure la plus controversée de l'accord sur le régime chômage, Manuel Valls espérait calmer le jeu le temps des festivals de l'été. Mais la stratégie est un peu grossière, et les grévistes ne sont pas dupes. La CGT a immédiatement dénoncé une « mesurette », quand les intermittents s'estimaient « très déçus ».

 

Le préavis de grève est donc déposé, pour le 4 juillet prochain, date du début du Festival d'Avignon. D'un côté comme de l'autre, personne n'a véritablement cédé de terrain, puisque le gouvernement a réaffirmé qu'il fournirait l'agrément de la convention chômage conclue par la CFTC, la CFDT, FO et le MEDEF, après des négociations contestées par la CGT.

 

« Si le gouvernement ne nous entend pas pour sortir un plan d'apaisement équilibré et durable qui prenne en compte nos propositions, l'été ne se passera pas normalement ! », annonce la CGT Spectacle dans un communiqué.

 

Bien entendu, toute la région est en émoi, et particulièrement les commerçants : selon les derniers chiffres disponibles, correspondant à l'année 2001, le Festival génère près de 23 millions € en termes de retombées économiques. Autant dire que son annulation est vécue comme une véritable crise économique pour la région.

 

Paul Rondin, le directeur délégué du Festival, a affirmé qu'une annulation coûterait 4 millions € aux organisateurs, et menacerait l'organisation des Festivals In pour les années 2015 et 2016. Malgré cette inquiétude financière, le directeur du Festival, Olivier Py, a déjà affirmé son soutien aux intermittents il y a quelques semaines en rédigeant une lettre au ministre du Travail, François Rebsamen.

 

« Le déroulement des négociations qui ont eu lieu sur les annexes 8 et 10 du régime d'assurance-chômage est pour le moins contre-productif. On peut presque s'étonner d'une forme d'amateurisme, à tout le moins d'absence de vision des partenaires en présence et, au premier chef, du Medef », écrivait-il, en prévenant déjà que l'annulation du Festival était probable.

 

« [S]i l'on veut de la main-d'œuvre qualifiée mais flexible, il faut s'en donner les moyens ! », soulignait-il, toujours dans sa lettre. Quant aux commerçants d'Avignon, malgré leur inquiétude, ils semblent comprendre les revendications des intermittents : « On travaille avec des intermittents en permanence. Leur vie, on la connaît. Ce n'est pas des gens qui râlent toute l'année », explique l'un d'entre eux.