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Irvine Welsh voit finalement achevé son 'irréalisable' Filth

Julien Helmlinger - 17.09.2013

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Irvine Welsh - Filth - Cinéma


Quelques 17 ans près que l'adaptation de Trainspotting, par Danny Boyle, y soit allé de son coup de pied aux fesses du cinéma britannique, l'oeuvre littéraire déjantée de l'Ecossais Irvine Welsh fait son retour sur grand écran. Un film que certains n'attendaient plus, sur le feu depuis une quinzaine d'années. Sous la houlette du réalisateur Jon S Baird, il raconte les aventures d'un flic d'Edimbourg aux penchants toxicomanes et ripoux à souhait, en quête d'une promotion interne qui lui permettrait de reconquérir son épouse et sa progéniture.

 

 

James McAvoyd s'accroche tant bien que mal

 

 

Outre-Manche, l'enfant terrible de la littérature écossaise fait l'actualité cette semaine, en prévision de la sortie de Filth dans les salles obscures, d'ici le 4 octobre prochain au Royaume-Uni. Une histoire de perte de contrôle de soi, incendiaire, et qui traîte selon l'écrivain des maux de notre époque. Contrairement aux trames de Trainspotting ou Ecstasy, on se place cette fois du côté du policier plutôt que celle du fugitif.

 

Le personnage central, bien que représentant des forces de l'ordre, est un anti-héros. Il possède toutes les qualités nécessaires pour contrarier son prochain, mais reste néanmoins attachant à sa manière. Une figure que l'écrivain décrit comme un pure produit de l'individualisme propre au thatchérisme. « Une maladie mentale en soi », estime Welsh. Si l'auteur ne trouve pas que le livre adapté constitue son meilleur roman, il croit au potentiel de l'adaptation pour devenir le meilleur film britannique du moment.

 

L'Ecossais, plutôt radical, attribue à la politique de Margaret Thatcher d'avoir provoqué une spirale de hausse de chômage et de désespoir en son pays. Celle qui plonge notamment la bande de Trainspotting dans l'addiction héroïnomane, et l'auteur traitait la Dame de « botte de stormtrooper du Quatrième Reich des riches ». Mais contre attente, Welsh a dernièrement admis avoir été agréablement surpris par la Dame de fer lorsqu'il s'est retrouvé à dîner à côté d'elle dans un prestigieux hôtel londonien.

 

Après avoir songé à quitter les lieux par réflexe contestataire, lui et ses partenaires de table ont finalement été pris de pitié plutôt que de colère face à la baronne. Il évoque l'image une femme solitaire, entourée de ses seules assistantes et déjà vaincue par la maladie. Un sentiment auquel il ne s'était jamais attendu, et qui lui a rappelé que l'on ne doit pas se réjouir de la disparition d'une personne, mais que l'on gagne plutôt à occuper son temps à « célébrer la vie ». Quand d'autres l'ont fait, il s'est abstenu de tirer sur le corbillard.

 

Au final on a bien assez de vivants à maudire, et l'écrivain tire sa nouvelle conclusion de cet épisode : « Cameron est bien pire, ce p***** de Blair était pire, mais elle était du genre à être plus crûment vicieuse. Plus honnête et transparente qu'eux. Eux ils sont des branleurs condescendants [...] qui vous poignarderaient dans le dos. »

 

A titre anecdotique, bien malgré toutes les substances psychoactives qui défilent dans l'oeuvre d'Irvine Welsh, l'auteur explique qu'il n'écrit plus sous influence. Selon lui, passé la cinquantaine on ne s'amuse plus à ce jeu, l'attrait n'est plus de mise. « C'est comme le sport : les drogues sont un jeu d'adolescent ». Une expression étonnante mais toujours plus raisonnable que celle de l'increvable Lemmy Kilmister de Motörhead. L'écrivain confesse avoir carburé aux speed, ecstasy , champignons, cocaîne comme héroïne, mais n'a jamais été un fumeur de marijuana.

 

Au casting du film, on retrouve James McAvoy dans le rôle du personnage central, aux côtés notamment de Jamie Bell ou encore Imogen Poots. Ci-dessous la bande annonce de Filth :