J.K Rowling doit-elle mourir pour qu'Harry Potter vive ?

Gariépy Raphaël - 08.07.2020

Culture, Arts et Lettres - - J.K Rowling polémique - oeuvre mort de l'auteur - réseaux sociaux


Avec Harry Potter, Rowling a créé un monde qui a fait rêver des millions d’enfants et d’adolescents, participant à façonner leur vision du monde. Beaucoup de lecteurs, aujourd’hui déçus par ses prises de position, voient l’univers de leur enfance disparaître sous les polémiques et ressentent un besoin viscéral de réduire au silence l’écrivaine, de tuer symboliquement l’auteure.



Ce 7 juillet, le Harper’s magazine publiait dans ses colonnes une lettre ouverte sur la liberté d’expression. Dans la liste des signataires, parmi 150 écrivains, universitaires et militants le nom de J.K Rowling n’est pas passé inaperçu. Au côté de personnalités célèbres comme Noam Chomsky ou encore Margaret Atwood, la créatrice d’Harry Potter prend position pour un débat public plus ouvert et plus sain. 

La lettre à retrouver ici déplore en effet les « restrictions du débat » qu’amènent la culture moderne et en particulier les réseaux sociaux. Intitulée « Une lettre sur la justice et le débat ouvert », la missive souligne notamment les méfaits de la « cancel culture » (forme d'annihilation de la parole) qui nuirait aux « causes vitales de notre temps » en réduisant au silence les voix discordantes. 
 

La “cancel culture” 


Source de débat sans fin aux États-Unis, le concept de cancel culture commence à se populariser en France. Cette expression désigne un phénomène qui se rapproche du cyberharcèlement : suite à des propos considérés comme immoraux ou violents à l’égard d’une communauté, un utilisateur sera banni symboliquement et n’aura plus le droit de cité sur le réseau. 

Peu importe les excuses ou les tentatives de nuances qui feront suite, l’internaute sera sans cesse rattaché à son propos initial : son avatar numérique essencialisé, considéré comme mauvais, doit être oublié. Ce déferlement de haine dure plus ou moins longtemps et implique que l’utilisateur incriminé se coupe d'internet, pour quelque temps. 
Dans un long texte publié sur son blog le mois dernier Rowling écrivait notamment « je savais parfaitement ce qui allait se passer lorsque je soutiendrai Maya. J’avais été “cancel” pour la quatrième ou cinquième fois avant cela », révélant à quel point elle était familière de ce phénomène. J.K Rowling est ainsi considérée aujourd’hui par beaucoup de lecteurs comme personne à ignorer, voire à faire taire. 

Mais le cas de l’autrice britannique est un peu particulier : le besoin viscéral que ressentent nombre de fans de la réduire au silence semble moins toucher à la liberté d’expression : il s'agirait d'une tentative pour protéger la vision idéalisée qu’ils conservent de la lecture de l'oeuvre. 

 

L’auteur seul face aux lecteurs


Le 3 juillet dernier, deux des plus grands sites de fans de Harry Potter choisissaient de prendre leur distance avec l’auteure – suite de ses réflexions sur les droits des transgenres. Pour les administrateurs, ses propos allaient à l’encontre du message d’autonomisation présent dans les romans. 

Les sites Web The Leaky Cauldron et Mugglenet ont ainsi déclaré qu’ils ne rédigeraient plus leurs posts vers le site Web personnel de l’auteur britannique, n’utiliseraient plus de photos d’elle et n’écriraient plus sur ses réalisations à venir. Si la rupture entre le monde d’Harry Potter sur Internet et la créatrice de l’univers des sorciers n’a pas été facile pour ses anciens admirateurs, le conflit couvait depuis des années.

La relation qu’elle entretient avec ses lecteurs a commencé à se dégrader quand l’autrice décida de prendre régulièrement position dans des débats qui agitaient la communauté de fan. Ayant toujours les pleins pouvoirs de propriété intellectuelle sur ses œuvres, Rowling a pris l’habitude d’ajouter des détails à son univers, précisant notamment l’orientation sexuelle de certains de ses personnages.

Si l’annonce que le directeur de Poudlard Albus Dumbledor a entretenu une relation charnelle passionnée avec son ennemi juré Gellert Grindelwald peut prêter à sourire, cela soulève un problème plus profond. 

 

La mort de l’auteur 


Dans un article originellement publié en anglais au sein de l’Aspen Magazine, Roland Barthes explorait les liens entre le créateur et son œuvre, affirmant notamment que « la naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’auteur ». 

Dans la lignée du Contre Sainte-Beuve de Proust qui proposait de séparer radicalement le texte de son créateur Barthes affirme que l’auteur doit céder sa place au lecteur, qui réécrit le texte pour lui-même. Rarement dans l’histoire littéraire une communauté de lecteurs n’a proposé à ce point une transcription littérale des propos d’un théoricien – les fan-fictions d’Harry Potter s'avèrent particulièrement impressionnantes. 
Une fois l’auteur mort, un écrit peut ainsi devenir complètement une œuvre, le contenu n’étant plus impacté par l’idée que l’on se fait de l’auteur. Le théoricien souligne par exemple que de nombreux exécuteurs testamentaires ont brûlé la correspondance d’écrivains célèbres, dans l’espoir de garder leur image immaculée.

Si l’auteur ne cesse de disconvenir à notre vision de l’œuvre, peu importe les efforts mentaux déployés par les lecteurs, impossible de se plonger dans les romans sans un arrière-gout amer. L’auteur doit mourir pour que les romans vivent et malheureusement Rowling n’a pas eu le mémo. 

Il est intéressant de noter qu’un mouvement inverse émerge parallèlement à cette mise à mort symbolique de la mère d’Harry Potter. De nombreuses associations demandent ainsi des remises en contexte de certaines œuvres. La mort de George Floyd aux États-Unis a par exemple provoqué une onde de choc qui a ressuscité la polémique éditoriale qui entourait Tintin au Congo.

Le député bruxellois Kalvin Soiresse Njall, fondateur du collectif Mémoire colonial, fera ainsi peut-être plier la maison Moulinsart, qui refusait jusque là tout ajout qui pourrait dégrader l’image du sacro-saint Hergé
 


Commentaires
Il ne s'agit ni de littérature ni de politique mais de business et de spectacle (on peut aussi relire Debord). Un-e auteur-e qui vit délibérément du business et du spectacle ne peut se plaindre des effets du spectacle sans faire sourire.
Ouah... Le titre de l'article est d'une rare violence !

Je défends pas ce que JK a pu dire ou faire, mais de là à souhaiter la mort de quelqu'un... Rétablissons la peine de mort et ajoutons une loi pour condamné l'homophobie et la transphobie de mort !

En plus, même si elle devait mourir demain, à l'heure d'aujourd'hui (internet) ça ne changerait rien pour la grande majorité des gens. Il n'y a qu'à voir toute les enquêtes/accusations/polémiques après le décès de personnalité célèbre de ces dernières années.

A titre de comparaison, cet article me fait dire que si George Sand avait publié à notre époque sous le même pseudonyme, les gens l'aurait soit détesté pour avoir menti sur sa réelle identité, soit adulée et transporté sur les réseaux sociaux en symbole du mouvement MeToo.

C'est ça malheureusement aujourd'hui, un extrême ou l'autre. La mort de JK ne changera rien dans l'esprit des gens qui ne voit que ça. Personnellement quand je regarde ou lis Harry Potter... Ben c'est Harry Potter et son univers que je vois, pas l'auteur, vu qu'elle n'a pas recrée son propre personnage dans la saga.

Dans la même logique que le titre de l'article (donc dans l'extrême), autant mettre en prison les auteur de thriller pour la logique inverse, j'imagine déjà les gros titres : "C'est des tueurs en série en devenir !"
Il n'y a rien d'étonnant aux positions de J.K. Rowling, elle s'exprime selon les critères et sa période de formation, soit le 20e siècle.

Son oeuvre, elle aussi, est empreinte et façonnée par la vision du monde du siècle passé: consommation, perception d'un ennemi précis, absence de soucis écologique, minorités quasi-inexistantes,...

Même si les nuances tentent à être apportées dans les parties plus récentes, il n'y a rien d'étonnant à constater que l'univers de Harry Potter est très marqué du siècle finissant. Ce qui suscite certainement le désaveu des générations plus récentes, l'oeuvre n'étant plus en phase avec leur vision de la société.
shock shock

Non mais au secours!!! Elle a juste précisé que seules les femmes pouvaient avoir leurs menstruations!!! A ce que je sache il s'agit bien d'une réalité non?! Arrêtez donc toutes ces polémiques! L'essentiel est ailleurs, cherchez... au lieu de chercher des poux là où il n'y en a pas!
Je suis bien d'accord avec toi, je pense qu'on fait tout un flan de quelque chose qui n'est pas si important comparé à plein d'autres problèmes dans le monde, surtout que les propos de JK Rowling ont largement été extrapolés.
Pas du tout ! Tu devrais te renseigner avant des dire des bêtises pareilles ! Non, il n'y a pas que les femmes qui ont leurs règles, des hommes transgenre, des non binaires et j'en passe, on ne vit plus dans une société où seulement la femme et l'homme existe
"beaucoup de lecteurs" j'ai arrêté là. A part les tarés de sjw et ceux qui veulent se faire bien voir, tout le monde s'en fout de ses propos...
Ouf, enfin une reflexion intelligeante et modérée ! Merci Kiki. Cette femme nous a tant fait rêver et porté durant toute l'enfance et adolescence de mes 3 enfants.je la remercie pour ça. Le problème de la société qui se construit c'est la cruauté et des lois dignes du moyen âge qu'elle developpe à une vitesse folle ! Le langage perd en finesse et en nuances ce qui provoque des jugements à l'emporte pièce. Je trouve ça très grave. Le monde n'a jamais été tout noir ou tout blanc. Les gens passent beaucoup trop de temps à lire les réseaux sociaux et à ne rien comprendre. Et comme chacun sait, l'ignorence mène à la dictature et à l'extermination de masse, ce contre quoi , précisément JK Rolling ce bat avec Harry Hermione et Ron. Longue vie à eux grin
C'est un sketch
Si les gens n'arrivent pas à voir le message dans hp qui est la tolérance, malgré le manque de mixité noir/blanc avec les moldus, les sang purs etc... Ben ils o't rien compris à harry potter et donc qu'ils ne critiquent pas l'auteur
Je suis en train de lire la (très) longue argumentation de Maya Forstater au tribunal: https://medium.com/@MForstater/claimants-witness-statement-abe3e8073b41 (en anglais).

Pour rappel, cette femme, chercheuse en sciences sociales, a été licenciée pour avoir dit que, quel que soit le genre ressenti, on ne peut pas changer de sexe biologique. Énoncer cette simple vérité et en explorer les conséquences a été considéré comme de la transphobie...

J.K. Rowling, initialement, a juste soutenu cette femme. Est-ce une raison pour la vouer aux gémonies ? Il me semble que non.

Autre victime de cette hystérie, Gillian Philip, autrice du "collectif" Erin Hunter (La Guerre des Clans, livres pour enfants), a été virée par son éditeur pour avoir soutenu Rowling qui soutenait Forstater...

Alors oui, la "cancel culture" représente un réel danger pour la liberté d'expression, et cet appel d'intellectuels (pour la plupart états-uniens) est bienvenu.

Pour en revenir au sujet de l'article, considérant que le narrateur n'est pas l'auteur, que l'œuvre ne se résume pas à son auteur (et inversement, voyez par exemple Céline), je comprends mal ce besoin puéril de "tuer", même si seulement symboliquement, J.K. Rowling...

Bref, Much Ado About Nothing, mais les conséquences, elles, sont bien réelles et dommageables.
Déjà si ses propos peuvent être jugés maladroits, on est quand même loin de la discrimination éhontée.



De plus, c'est franchement malhonnête de clouer au piloris une philantrope qui a tant donné pour les minorités et les gens dans le besoin dans le monde. Tailler la personne la plus généreuse au monde pour si peu, c'est assez honteux.



L'annonce de l'homosexualité de Dumbledore n'était pas vraiment un scoop opportuniste, les lectrices/lecteurs qui savent lire entre les lignes l'avaient bien deviné. S'il faut critiquer du monde pour l'opportunisme communautariste en façade dans la fiction, alors mieux vaut bouger la cible sur les navets de chez Marvel et DC (Black Panther, Captain Marvel et autres Wonder woman...).



Le débat sur la poursuite d'une oeuvre par un autre que l'auteur originel est plus intéressant. Les déchainements de haine sur les 3 dernières saisons de Game of thrones, niant leur qualité intrinsèque indéniable prouve qu'avec un autre ce ne sera jamais pareil. Personnellement par exemple, même si Lagercrantz a assuré décemment la suite de Millénium, ce ne sera jamais comme si Larson les avaient écrits. On peut faire la même analyse avec les Astérix, les Lucky Luke et bien d'autres.
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