Jacques Bouveresse envoie paître Pécresse et sa Légion d'honneur

Clément Solym - 27.07.2010

Culture, Arts et Lettres - Salons - légion - honneur - refus


« [Il] ne peut être question en aucun cas pour moi d’accepter la distinction qui m’est proposée et encore moins d’un gouvernement comme celui auquel vous appartenez ». Essayiste et philosophe, Jacques Bouveresse a envoyé une lettre au ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, pour affirmer une nouvelle fois son refus d’être décoré de la Légion d’honneur.

Déjà sous la présidence de François Mitterrand, l’écrivain avait refusé la distinction, mais cette fois, la lettre qu’il a fait parvenir à son éditeur est particulièrement sévère. Une forme de lassitude à refuser la décoration pour la troisième fois, « non seulement je n’ai jamais sollicité de quelque façon que ce soit une distinction de cette sorte, mais j’ai au contraire fait savoir clairement, la première fois que la question s’est posée, il y a bien des années » qu'il n'en était pas question.

Une première qui eut lieu après une demande émanant de Jack Lang et la deuxième se situant après son élection au Collège de France, en 1995, mais pas seulement.


Nouvelle non-demande, digne d’un Brassens, la lettre s’inscrit dans une contestation politique manifeste. Opposé à la gestion actuelle de l’Éducation nationale et « de la question des services publics en général », l’homme juge la politique gouvernementale « particulièrement inacceptable ». C’est par voie de presse que l’écrivain a appris son élévation au grade de Chevalier de la Légion d’honneur et a aussitôt demandé son annulation.

Et de regretter : « Si j’avais été informé de vos intentions, j’aurais pu aisément vous préciser que je n’ai pas changé d’attitude sur ce point et que je souhaite plus que jamais que ma volonté soit respectée. »

Au nombre des décorés de la promotion 2010, l’architecte Jean Nouvel, l’actrice Isabelle Adjani, le musicien Manu Dibango, le peintre Philippe Cognée ou encore le réalisateur Emir Kusturica. Et comme une promotion de la Légion n’est jamais exempte de commentaires perplexes, citons la distinction accordée à Martin Bouygues, dont les amitiés sont aussi notoires que prestigieuses.