S’il est un classique de la littérature anglaise, Jane Eyre est sans doute parmi les plus universels : chacun y voit les combats de son âme. Pour des lecteurs texte romantique, pour d’autres féministe, d’autres encore initiatique, d’émancipation, pour certains l’un des premiers chefs-d’œuvre du roman psychologique, Jane incarne tous les combats, et Rochester, sa figure tourmentée, a quant à lui cristallisé les fantasmes de millions de lectrices. Rien d’étonnant à ce que le roman de Charlotte Brontë ait fourni une matière romanesque éblouissante aux adaptations cinématographiques et télévisuelles. Et, depuis 1910 (date de sa première adaptation en court métrage de 11 minutes), avec plus ou moins de fortune.
 
Édition de 1897, illustrée par Edmund Garret - British Library 

 
Passage en revue de différentes adaptations cinématographiques et télévisuelles, avec l’une des scènes charnières de l’œuvre.
 

Do you think, because I am poor, obscure, plain and little, I am soulless and heartless? You think wrong!  I have as much soul as you, and full as much heart! And if God had gifted me with some beauty and much wealth, I should have made it as hard for you to leave me, as it is now for me to leave you! 


Texte traduit par Eugène Lesbazeilles Souvestre, en 1890 :
 

Croyez-vous que, parce que je suis pauvre, obscure, laide et petite, je n’aie ni âme ni cœur ? Et si Dieu m’avait faite belle et riche, j’aurais rendu la séparation aussi rude pour vous qu’elle l’est aujourd’hui pour moi !


1944 - Robert Stevenson, avec Joan Fontaine et Orson Welles

Robert Stevenson (futur réalisateur de Mary Poppins) signe, sur le scénario d'Aldous Huxley (!), une adaptation gothique et expressionniste qui confine parfois au fantastique. L'on sent l'influence du théâtre dans le jeu des acteurs, qui frise parfois le surjeu, c’est aussi l'occasion de la première apparition de Liz Taylor, qui a alors 11 ans, dans le rôle d’Helen Burns. Joan Fontaine y interprète avec délicatesse une discrète Jane face à Rochester, alors que Welles, ses yeux fous et la tension physique de son jeu restent éblouissants.
 


1970 - Delbert Mann avec Susannah York et George C. Scott

La seule version, mise en scène à la télévision, mais sortie en salles, que je n’aie jamais vue. Je vous laisse le soin de regarder ce Rochester incarné par George C. Scott, qui gagnera plus tard un Oscar pour Patton, sur une musique de John Williams. D'aucuns défendent que c'est là la meilleure incarnation de Rochester jamais proposée. 
 

 
1983 : BBC, 8 épisodes, Julian Amyes, avec Zelah Clark et Timothy Dalton.

Si je trouve personnellement la Jane Eyre proposée insupportable de misérabilisme et d’obséquiosité, Thimothy Dalton y incarne un Rochester charpenté et perplexe jusqu’au bout. Le format de la série permet de développer pour l’une des premières fois la complexité des caractères de Charlotte Brontë, et s'impose, narrativement, comme l’une des adaptations les plus fidèles au roman.
 


1996 - Franco Zeffirelli, avec Charlotte Gainsbourg et William Hurt.

Anna Paquin joue là l’un des deux immenses rôles de son enfance avec La leçon de piano. Sans doute la version que j’aime le moins dans cette longue liste d’adaptation ? Le lyrisme de Zeffirelli s’accorde mal avec la tension du texte original et William Hurt incarne à mes yeux un piètre et peu crédible Rochester. Charlotte Gainsbourg est en revanche parfaite, dans cette beauté étrange qui est propre à la Jane Eyre de mon esprit, avec cet entêtement gracile et inébranlable à accomplir son destin.
 

 
1997 - ITV, Robert Young, avec Samantha Morton et Ciarán Hinds

L’interprète d’Alpha dans The Walking Dead propose dans cette version un portrait plein de nuances à la fois fortes et délicates, et doit faire face à un Ciarán Hinds (le Mance Ryder de Game of Thrones) que je trouve parfois en roue libre…
 


2006 - BBC, 4 épisodes, réalisée par Susanna White, avec Ruth Wilson et Toby Stephens.
 
Brusque, plein d’humour, assez sauvage, le fils de Maggie Smith, en proie aux sautes d’humeur, fait face à une Jane (le premier vrai rôle de Ruth Wilson à la télévision, que l’on retrouvera en tant qu’actrice principale dans The Affair) dans une adaptation qui prend de grandes libertés avec le texte, joue des ellipses et des flashbacks, mais rend là encore la complexité des personnages. Dans la pure ligne des period dramas britanniques parfaitement maîtrisés.
 

 
2011 – Cary Fukunaga, avec Mia Wasikowska et Michael Fassbender

Derrière la caméra de Fukunaga (le réalisateur de la série True détective et du futur James Bond), l’actrice incarne à merveille l’intelligence et le farouche désir d’émancipation de Jane, et Fassbender propose un Rochester sur le fil de ses failles et ténèbres.
 

 
Notons que pour trois de ces adaptations, celles de Zeffirelli, la série de 2006 et le film de Fukunaga, c’est Haddon Hall qui servit de décor à Thornfield Hall. 

Et pour ceux qui préfèreront à jamais l'oeuvre de Charlotte Brontë, le livre numérique est à télécharger gratuitement ici


Commentaires
Amazing!

Jane dans tous ses grands airs. Trop fort.

Une vraie promesse d'avenir. Dès que le confinement s'arrête, je me cale une semaine de congé sous la couette avec mon ordi et je les regarde à la queue leu leu. Sans bouger, sans téléphone, sans les gens. Le rêve.

Titi croit pas, trop bien, trop la classe de la mort qui tue (si j'ose)...
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