Javier Marias n'en a que faire du fric

Clément Solym - 26.10.2012

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Javier Marias - Espagne - Prix littéraire


Il y a bien des auteurs qui auraient accepté les 20.000 euros offerts à Javier Marias par le gouvernement espagnol. Sauf que l'écrivain a des convictions particulières en la matière, mais surtout, n'allez pas le comparer à Sartre refusant le Nobel. Non, ici, c'est juste que l'auteur ne veut pas de l'argent public. Explications.

 

Madrid centro

Madrid, DavidHT, CC BY 2.0

 

 

Javier Marias est un écrivain, professeur et traducteur bien connu dans le monde hispanophone où ses romans sont souvent l'objet de critiques fort élogieuses, et il a déjà bon nombre de prix à son actif. Parmi ses distinctions, notons qu'il a été élu à la « Real » (pas le club de foot, mais la prestigieuse académie royale espagnole). 

 

Alors, pourquoi refuser celle-ci ?

 

Contrairement aux autres prix, qui lui ont été remis par des critiques, celui-ci émane du gouvernement. Or il ne veut pas apparaître comme l'homme d'un parti. « Je ne veux pas être considéré comme un auteur favorisé par un gouvernement en particulier. » Soit, c'est tout à son honneur.  Mais ce qui le dérange en premier lieu c'est de recevoir de l'argent public. Il a précisé : « Toute ma vie, j'ai réussi à éviter les institutions de l'État et j'ai refusé tout revenu émanant de l'argent public. »

 

Il a beau mettre en avant la « cohérence » de son attitude, rappelant qu'il avait déjà exprimé de par le passé son refus de recevoir de l'argent public, les membres du jury du Premio Nacional de Narrative n'ont pas vu les choses du même œil. Ils estiment qu'il y a là un manque de respect de sa part, étant donné que le prix est l'un des rares à ne pas être financé par des maisons d'édition. C'est le lauréat 2011 qui l'a dit : Marcos Giralt Torrente. Peut-être que les contribuables espagnols en cette période de crise sauront mieux apprécier le geste de Marias.

 

En tout cas, ce n'est pas pour autant que le prix lui a été retiré. Il demeure donc jusqu'à nouvel ordre le vainqueur de l'édition 2012. Au passage, précisons toutefois que la défiance de Marias pour les prix ne s'étend pas aux récompenses internationales comme il l'a dit l'année dernière dans « El Pais ». 

 

Comprenez : je veux bien le Nobel.