"Je ne voulais pas offrir un rôle à Michel Houellebecq" (Guillaume Nicloux)

Antoine Oury - 03.07.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - L'enlèvement - Michel Houellebecq - Guillaume Nicloux


En septembre 2011, les médias s'affolaient : Michel Houellebecq, qui ne manque pas un rendez-vous, était introuvable. L'enlèvement est évoqué, et le premier commanditaire proposé devient... Al-Quaïda, en raison des prises de position passées de l'écrivain sur la religion musulmane. Il n'en était rien, évidemment, mais le cinéaste Guillaume Nicloux a choisi le fait divers comme point de départ de L'enlèvement de Michel Houellebecq, un documentaire en forme de fiction. 

 

 

Guillaume Nicloux et Michel Houellebecq - L'enlèvement de Michel Houellebecq

Guillaume Nicloux et Michel Houellebecq (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Il ne s'agit pas de la première incursion de l'écrivain au cinéma : il avait réalisé l'adaptation de La possibilité d'une île, vite oubliée, apparaîtra dans NDE (Near Death Experience) de Gustave Kervern et Benoît Délepine, et avait déjà collaboré avec Guillaume Nicloux pour un petit rôle dans L'Affaire Gordji, en temps que directeur des services secrets français.

 

Le cinéaste a utilisé le fait divers du pseudo-enlèvement comme « un alibi » pour confronter Michel Houellebecq, ou plutôt « Michel Thomas » [le vrai nom de l'écrivain, NdR] aux trois kidnappeurs d'un de ses précédents films, La Clé. « Ces références filmiques me permettaient de quitter totalement le cadre cinématographique, pour me concentrer sur la relation de Michel avec les trois ravisseurs. Je ne voulais pas offrir un rôle à Michel Houellebecq : le but n'est pas de jouer, mais d'essayer d'être juste », explique le réalisateur Guillaume Nicloux.

 

Et, finalement, utiliser un événement fictif pour en dire un peu plus sur le statut de l'écrivain français le plus célèbre de ces dernières années : pendant 2 semaines, Houellebecq et « les acteurs » ont cohabité, et l'écrivain se retrouvait chaque soir attaché à son lit, dans les conditions de la captivité. « Le bonheur de ce tournage en continuité, c'est de découvrir les événements lorsqu'ils se font », affirme Nicloux.

 

Bien entendu, un scénario d'une vingtaine de pages a été écrit, et chaque scène était précédée d'une sorte de répétition pour tracer la direction à prendre, mais le cinéaste insiste sur cette liberté d'action relative. Devant les 4 caméras de Nicloux, les protagonistes ont lié des relations proches d'un syndrome de Stockholm inversé, où Houellebecq devient le centre d'attention de la petite « famille » créé par les ravisseurs, les parents de l'un d'entre eux, et l'écrivain.

 

 

Guillaume Nicloux et Michel Houellebecq - L'enlèvement de Michel Houellebecq

Guillaume Nicloux et Michel Houellebecq (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

« Ce qui est à nu dans le film, ce n'est pas tellement moi, mais plutôt ma fonction. Les trois autres essayent de me montrer qu'ils sont intéressants, qu'ils pourraient être le sujet d'un livre. Je crois que, finalement, tout le monde a envie d'être un personnage de roman » explique lui-même Michel Houellebecq. Quant à son expérience de tournage, elle est proche de son quotidien : « Comme la situation ne fait pas partie de mon vécu, j'ai eu l'impression de faire l'acteur, même si les caméras ne me gênent pas du tout. »

 

Les habitués de Houellebecq ne découvriront aucune nouveauté dans le film, qui se présente plus comme une comédie que comme un véritable documentaire, malgré la volonté du réalisateur. On y retrouve tous les thèmes chers à l'écrivain, de la démocratie directe à l'architecture, en passant par sa légendaire nonchalance face à la vie, mais la confrontation entre l'écrivain et les 3 ravisseurs occupe le gros de l'action, et provoque plus les éclats de rire que la réflexion.

 

Le film sera diffusé le 27 août prochain sur Arte, à 22h15. Il en existe deux autres versions, une de 4 épisodes de 30 minutes, et l'autre de 10 épisodes de 1 minute 30, que le réalisateur espère diffuser à l'avenir.