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Écrit en 1949 à Paris, le Journal du voleur est une œuvre étrange. Seul ouvrage dont l’auteur assumera pleinement le caractère autobiographique, le texte est pourtant très loin de proposer une esthétique réaliste. Pour Sartre et Beauvoir qui préfaceront le livre, ce journal est un « Journal des exaltations ». L’auteur ne propose pas un compte rendu exhaustif de son existence d’alors, mais poétise ses rapines et la crasse des villes pour leur donner une aura de légende. On vous propose une des plus belles échappées lyriques du roman, récit d’une rencontre où Genet parle d’un amour qui transfigure la poussière en or. 
 


En 1933, Genet, qui a passé sa vie enfermé dans des écoles, des maisons de redressement et des prisons, est enfin libre de ses mouvements. Sans le sou, il décide de partir à pied pour l’Espagne ; il séjournera clandestinement à Barcelone où il partage la vie de la pègre, se livrant au vol, au travestissement et à la prostitution. Cette expérience marquera profondément l’auteur en devenir et contribuera à forger sa quête d’absolu. 

Le journal du voleur revient sur ses années de misères et de passion dans une Espagne d’avant-guerre couverte de mendiants. Dans le quartier mal famé du Barrio Chino, il partagera d’abord les mœurs de la vermine avec Salvador, son amant crasseux, qu’il délaissera ensuite pour Stilitano, un manchot, maquereau et traître.
 

La premier regard  


« Stilitano? Je l’ai connu à Barcelone. Il vivait parmi les mendiants, les voleurs, les tapettes et les filles. Il était beau, mais il reste à établir si tant de beauté il la dut à ma déchéance. Mes vêtements étaient sales et pitoyables. J’avais faim et froid. Voici l’époque de ma vie la plus misérable. » 

Croisé dans une taverne, Stilitano, manchot certes, mais magnifique, attire directement le regard du narrateur. Ils échangent quelques mots autour d’un verre, mais sont vite interrompus par une échauffourée. Après un bref éclat de violence un joueur de cartes tombe au sol, mort. Le silence se fait. C’est dans ce moment de calme après la tempête que l’œil de Genet se tourne vers celui qui sera son amant. Et dans cette échoppe crasseuse se déploie une poésie mystique, le regard amoureux enveloppe le manchot et le transforme en un Achille sans défaut.

« Pour la première fois, je voyais quelqu’un rendre l’âme. Pépé avait disparu, mais quand, quittant des yeux le mort, je levai la tête, je vis, qui le regardait avec un léger sourire, Stilitano. Le soleil allait se coucher. Le mort et le plus beau des humains m’apparaissaient confondus dans la même poussière d’or, au milieu d’une foule de marins, de soldats, de voyous, de voleurs de tous les pays du monde. Elle ne tournait pas : de porter Stilitano, autour du soleil la Terre tremblait. Je faisais connaissance au même instant avec la mort et avec l’amour. »
 

L’ivresse de la rencontre


Les deux hommes se retrouvent un peu après et décident de sortir ensemble dans la ville endormie. 

« Doucement il me conduisit, de marche en marche.
Je ne savais plus où nous allions. Un athlète étonnamment souple me promenait dans la nuit. Une Antigone plus antique et plus grecque me faisait escalader un calvaire abrupt et ténébreux. Ma main était confiante et j’avais honte de buter quelquefois contre une roche, une racine, ou de perdre pied.
 »

L’espace et le temps s’entrechoquent, le passé antique bouscule le présent espagnol et le couloir étroit n’existe plus. L’ivresse de la rencontre transforme les pas de Genet en un cheminement fantastique. 

« Sous un ciel tragique, les plus beaux paysages du monde je les aurai parcourus quand Stilitano la nuit prenait ma main. De quelle sorte était ce fluide qui de lui passait en moi, me donnait une décharge ? J’ai marché au bord de rivages dangereux, débouché sur des plaines lugubres, entendu la mer. À peine l’avais-je touché, l’escalier changeait : il était le maître du monde. Le souvenir de ces brefs instants me permettrait de vous décrire des promenades, des fuites haletantes, des poursuites dans les contrées du monde où je n’irai jamais. Mon ravisseur m’emportait. » 

Pour vivre ces moments intenses, nul besoin de vivre parmi les mendiants espagnols, jmec.fr vous propose de faire des rencontres près de chez vous. 

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