Jean Rhys : l'auteure "paria" de la littérature, enfin honorée

Clément Solym - 06.03.2012

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Jean Rhys - La prisonnière des sargasses - Lilian Pizzichini


Après avoir longtemps été dénigrée par ses pairs et souffert de sa différence, l'écrivain dominicain Jean Rhys est enfin honorée par la Grande-Bretagne, célèbre pour son roman La Prisonnière des Sargasses, publié en 1966.

 

L'English Heritage va dévoiler aujourd'hui une plaque bleue en son honneur, à son ancienne maison de Paultons Square à Londres, qu'elle partageait avec son second mari. L'institution souhaite ainsi reconnaître sa contribution à la littérature postcoloniale du Royaume-Uni.

 

« Rhys fut l'un de ces auteurs qui défient leurs lecteurs, et par conséquent, sont plus faciles à oublier », explique Lilian Pizzichini, auteur d'une biographie de Jean Rhys, The Blue Hour: A Portrait of Jean Rhys (Bloomsbury Publishing PLC, 2009).

 

Jean Rhys n'est pas célèbre que pour ses romans, mais aussi pour sa vie de débauche, à l'époque. Elle eut trois maris, des relations extra-conjugales, et parfois, des hommes la payaient pour ces « services ». Dépressive, elle avait aussi un gros penchant pour la bouteille.

 

« Beaucoup de critiques ont dit que j'avais été séduite par elle, à propos de mon livre, et que j'aurai dû adopter une position plus morale. Je trouve ça incroyable. Pourquoi aurais-je dû faire ça ? » s'indigne Lilian Pizzichini auprès de The Independent.

  

 

Jean Rhys était aussi une étrangère, partout où elle allait. Née en 1890, fille d'un médecin écossais et d'une Créole blanche, elle n'était considérée comme ni noire, ni blanche alors qu'elle grandissait dans les dernières années du colonialisme britannique.

 

C'est à Londres qu'elle trouva plus ou moins la paix dans les années 30. Elle y écrit Bonjour Minuit (1939), qui raconte l'histoire d'une femme maltraitée et miséreuse, à l'instar de l'image qu'elle se faisait d'elle-même.

 

Mais à l'époque, les critiques n'appréciaient guère son travail. Ils n'aimaient pas ses descriptions d'un milieu urbain sordide, tout comme son style éparpillé.

 

« Les gens étaient rebutés par son attitude inélégante » raconte Lilian Pizzichini, « elle écrivait par image sur la prostitution et l'avortement, et sur comment il est facile de s'égarer dans un monde d'hommes prédateurs ».

 

Elle reste encore assez méconnue des lecteurs britanniques aujourd'hui, mais peut-être plus pour longtemps, selon les lois souvent décousues de la postérité.

 

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