John Steinbeck n'aurait pas dû avoir le Nobel

Clément Solym - 03.01.2013

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Nobel - Steinbeck - Sartre


L'académie suédoise est un peu une société secrète. Comme pour les archives de l'Etat, elles ne sont pas rendues immédiatement publiques. On ne peut en prendre connaissance que seulement 50 ans après : du coup, en attendant de se pencher sur le cas de Mo Yan, on peut jeter un œil aux délibérations de 1962, l'année où fut récompensé l'écrivain américain John Steinbeck.

 

 

John Steinbeck

 Satyricon86, CC BY-SA 2.0

 

 

On connaît notamment la liste des autres prétendants de cette année-là. En effet, la liste des écrivains pressentis n'est jamais connue au moment de l'attribution des prix, contrairement à ce que laissent supposer les sites de paris en ligne. En 62 donc, les membres de l'académie avaient pensé à Jean Anouilh, Karen Blixen, Lawrence Durrell, ou encore Robert Graves. Autrement dit, une liste tout à fait correcte.

 

Que s'est-il passé pour qu'un quotidien suédois nous révèle aujourd'hui que Steinbeck n'était qu'un choix par défaut ? Sans rentrer dans tous les détails, les documents dont on dispose aujourd'hui montrent à quel point le Nobel relève d'un subtil dosage.

 

Prenons par exemple le cas Jean Anouilh. Saint-John Perse avait gagné en 1960, et on pensait déjà à Sartre pour les années à venir (ce sera en 1964 avec toute l'histoire que l'on connaît) : on ne pouvait pas remettre le prix à trop de Français donc exit Anouilh.

 

Quant à Blixen, elle a eu la bonne idée de décéder en septembre de cette année-là, ce qui l'a éliminée automatiquement pour la course à la victoire. On pourrait ainsi continuer à faire le tour des 60 auteurs sur les tablettes des académiciens et voir que chacun d'entre eux avait une bonne raison (selon les critères du Nobel) de ne pas remplir les conditions nécessaires pour faire plaisir à tout le monde.

 

Et c'est ainsi que l'auteur de Des souris et des hommes devint Nobel 1962. Une décision qui ne fit pas l'unanimité parmi les critiques et les journalistes. Les académiciens eux-mêmes pensaient que cela faisait un certain temps que l'Américain n'avait pas écrit grand-chose de valable. Le New York Times estimait qu'il n'avait qu'un « talent limité ».

 

Tout ça pour dire que le Nobel n'est pas une science exacte, mais ça, on le savait déjà.