Jonathan Franzen élevé au rang de « Grand Écrivain Américain »

Clément Solym - 16.08.2010

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - roman - Oprah - littérature


C’est un honneur : cela faisait dix ans qu’aucun écrivain n’avait fait la une du Time de son vivant, depuis Stephen King. Salinger, Updike, Orwell ou encore Morrisson, ils ne sont qu’une poignée à avoir eu leur photo en couverture du célèbre hebdomadaire.

Mieux, « Grand auteur Américain » est à la base un terme utilisé pour désigner les Faulkner, Steinbeck ou Hemingway. De quoi planter le décor.

 

Oprah Winfrey et son club de littérature dans les roses

Seulement, les avis divergent. 51 ans, et six livres à son actif, ça paraît peu, et jeune. Franzen est antipathique, sûr de lui, distant. Méconnu, peut-être car il avait envoyé la célèbre Oprah Winfrey et son club de littérature dans les roses, il y a neuf ans de cela. Nous, Français païens et enclins à la rébellion, ça nous semble une idée plutôt censée. Aux États-Unis, on ne touche pas à Dieu, et s’il en est un vivant dans cette société, c’est bien elle.
 


Et puis l’homme se caractérise comme « solidement ancré dans la tradition du grand art littéraire ». Même si c’est vrai, c’est mieux quand on laisse quelqu’un le dire pour nous. Justement, le Time s’en charge. A un mois de la sortie de son nouveau roman, « Freedom », qui décrit amèrement la vie d’une famille américaine en explosion, Franzen connaît la consécration grand public. Pour les connaisseurs, l’auteur avait déjà décroché le National Book Award pour « The Corrections », même histoire que plus haut. La dépression familiale dans une société américaine en pleine évolution, ça sent le Steinbeck à plein nez.

 

Pourquoi le Time consacre-t-il un écrivain hautain et mal-aimé ? Lev Grossman, auteur de l’article : « Il n’est ni le plus riche, ni le plus connu. Ses personnages ne résolvent pas d'énigmes, n’ont pas de pouvoirs magiques. Mais dans son nouveau roman, J.Franzen nous montre tout du long comment nous vivons aujourd’hui ». Et d’ajouter : « Franzen fait partie d’une espèce en voie de disparition, les romanciers littéraires américains ». Dur pour Dan Brown, ou plutôt pour sa femme.

 

"Une oeuvre de génie"

Lee Siegel, critique pour le New York Observer : « le roman est culturellement hors de propos ». C’est direct, mais la capacité de notre société à apprécier la littérature n’est-elle pas réellement menacée  ( moi aussi je lis des mangas) ? Franzen s’était justement posé la question, publiant un long article dans le magazine Harper. Il s’interrogeait alors sur la forme à donner à un roman dans cette société de divertissement de masse et de changements technologiques rapides.

Selon le New York magazine , « [Freedom] est une oeuvre de génie ». Franzen serait-il capable de réconcilier la littérature sérieuse et nos modes de vie ? Il le pense surement. Nous ? On attend le 31 aout aux États-Unis, ou le 30 septembre au Royaume-Uni. Puis on voit.