Joseph Andras refuse son Goncourt : la littérature “incompatible avec la compétition”

Joséphine Leroy - 13.05.2016

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Goncourt Joseph Andras - Goncourt premier roman - récompense prix littéraire refus


Le Goncourt est assez savoureux cette année. Auréolé ce lundi 9 mai pour De nos frères blessés (éd. Actes Sud), l’auteur ne faisait pourtant pas partie de la liste soigneusement dressée par les jurés du Goncourt. Quatre noms étaient annoncés : Catherine Poulain pour Grand Marin (L’Olivier), Olivier Bourdeault pour En attendant Bojangles (Finitude), Loulou Robert pour Bianca (Julliard) et enfin Sarah Léon pour Wanderer (Héloïse d’Ormesson). Ajouté à la dernière minute, Joseph Andras a presque obtenu l’unanimité, à cinq voix contre quatre. 

 

 

 

Refus net, refus clair, celui qui écrit sous le nom de Joseph Andreas (on ignore si c’est un pseudonyme) vient de refuser le prix Goncourt du premier roman 2016. Absent à la remise du prix chez Drouant, on aurait pu penser qu’il s’agissait là d’une mise en scène à la Romain Gary/Émile Ajar. Que nenni !

 

Selon les informations que se sont procurées 20 minutes, l’auteur veut simplement échapper à la vague médiatique : « Le manuscrit est arrivé par la poste. Nous avons rencontré l’auteur une seule fois. S’il utilise un pseudonyme, ça ne cache en tout cas pas quelqu’un de déjà connu. Simplement, il ne tient pas du tout à être exposé dans les médias. Écrire lui suffit. » 

 

L’auteur a signifié, via son attaché de presse, qu’il n’acceptait tout bonnement pas le prix. « Je vous confirme que l’auteur n’accepte pas son prix. Il remercie les membres du jury, bien sûr, d’avoir aimé son livre, mais ne pas accepter le prix, car sa conception de la littérature n’est pas compatible avec l’idée de compétition ». 

 

Pierre Assouline, membre du jury a été prévenu que l’auteur esquiverait la cérémonie de la remise de prix, ce qui ne les a pas rebutés : « Ça ne nous a pas refroidi. Le texte nous a emballés, et on l’a ajouté in extremis. C’est un livre très fort. Il y a une écriture, une voix. Il ne se noie pas dans la documentation, ce qui était le risque. On sent également une rage, quasi militante. »  

 

Sécher la remise de prix, d’accord, mais refuser le prix ? « Joseph Andras a hier remercié les membres de l’Académie Goncourt et leur a fait savoir que sa conception de la littérature ne lui permettait pas d’accepter toute distinction de cet ordre. Nous avons pris acte de sa décision », commente la maison Actes Sud, sollicitée par ActuaLitté.   

 

Si l’ouvrage couronné suit le parcours de Fernand Iveton, ouvrier communiste et anticolonialiste qui s’est rallié au FLN et a été exécuté en 1957, fait inédit qui a fait de lui le seul Européen guillotiné lors de la guerre d’Algérie, son auteur préserve un mystère qui n’est pas pour déplaire dans le paysage littéraire actuel. 

 

Le texte de Joseph Andras est une tentative de réhabilitation et un hommage à un personnage historique oublié – Fernand Iveton, le seul Européen exécuté durant la guerre d’Algérie. Autour de l’arrestation, de l’emprisonnement, du procès, l’auteur greffe des bouts de vie, des bribes d’enfance passées en Algérie, la naissance d’une histoire d’amour, qui expliquent en partie l’engagement et la destinée de cet anti-héros, aussi loué que détesté. (notre chronique)

 

 

« Né en 1984, Joseph Andras vit en Normandie. Il séjourne régulièrement à l’étranger. » Simple et lapidaire, il n’y a rien à dire de plus sur cet auteur qui fait tout pour garder, autant que faire se peut, son anonymat. 

 

Noble choix, penseront certains.