Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Journées du Livre Russe : toute la diaspora russophone en littérature

Nicolas Gary - 05.01.2017

Culture, Arts et Lettres - Salons - Les Journées du Livre Russe - littérature diaspora russophone - auteurs Russie héritage


Les « Journées du Livre Russe », qui se tiendront les 4 et 5 février 2017 à Paris, ont pour but de faire découvrir à tous le talent des auteurs russes et russophones. L’association France-Oural met en lumière une littérature marquée par la diversité et permet d’écouter, à travers le temps et de par le monde les voix de la diaspora russophone.

 

 

 

Pour leur 8e édition, « les Journées du Livre Russe » réuniront de nombreux auteurs venus du monde russophone, parmi lesquels Dina Rubina (Israël), Vladimir Lortchenkov (Canada), Andreï Batov (Russie), Maryam Petrosyan (Arménie), Maria Rybakova (USA), Alexandre Nikitine (Ukraine), Andreï Ivanov (Estonie), Andreï Astvatsatourov (Russie) ou Marina Akhmedova (Russie) ainsi que des auteurs français comme Iegor Gran, Paul Greveillac, Cédric Gras ou Marc Alaux dont les œuvres évoquent la Russie. Comme chaque année, les principaux acteurs du monde la slavistique seront présents (Michel Aucouturier, Gérard Conio, Véronique Lossky, Georges Nivat…).

 

Se tenant au cœur de Paris, dans l’enceinte de la Mairie du Ve arrondissement, les « Journées du Livre Russe » proposent des rencontres privilégiées entre auteurs et lecteurs, un programme de conférences et tables rondes dont le fil rouge sera « la diaspora russophone » ainsi qu’un Salon du livre où seront présentes des maisons d’édition spécialisées ou généralistes.

 

Partant des classiques tels que Tourguéniev ou Ivan Bounine jusqu’aux jeunes écrivains contemporains, ces journées retraceront les vagues successives de l’immigration russe en France et à travers le monde. Le 11e Prix Russophonie, qui récompense la meilleure traduction littéraire du russe vers le français, sera remis le samedi 4 février 2017 à 18 h 30 dans la salle des Fêtes de la Mairie du Ve arrondissement de Paris.

 

 

 

Il existe une abondante littérature russe de l’exil, mais, si de nombreux écrivains arrachés à leur terre natale par les violences de l’Histoire ou les difficultés économiques ont quitté la Russie pour l’Allemagne, les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, Israël ou la Suisse, aucun pays n’a, comme la France, accueilli autant d’auteurs ou d’artistes russes ou russophones. Ceci s’explique par des liens exceptionnels et anciens entre les deux pays. Déjà au XIXe siècle, Ivan Tourguéniev avait fait de la France son pays d’adoption.

 

Dans les années 1920, la première vague de la diaspora russe commence avec l’exil des Russes blancs et ceux chassés par le nouveau pouvoir : de Bounine à Remizov, en passant par Irène Némirovsky et par les poètes Tsvetaïeva, Balmont, Khodassevitch, Hippius, sans oublier les artistes Ossip Zadkine, Fedor Chaliapine ou encore le célèbre collectionneur Sergueï Chtchoukine... Ils investissent également le monde du cinéma en créant à Montreuil les studios Albatros qui vont révolutionner le cinéma mondial. À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, ils sont rejoints par ceux qui se sont retrouvés dans les territoires occupés ou qui ont été internés et craignent, à juste titre, d’être envoyés dans les camps staliniens s’ils rentrent en Russie.

 

Une troisième vague de l’immigration russe en France a lieu dans les années 1970-1980. Elle est constituée, pour sa partie la plus visible, de dissidents et opposants au régime soviétique. C’est le cas de Siniavski, Etkind, Pliouchtch, Gorbanievskaïa, Maximov, Nekrassov, Galitch ; d’autres, déchus de leur nationalité, se voient contraints à l’exil, c’est le cas de Soljenitsyne, Zinoviev, Brodsky ou Rostropovitch. Après la chute de l’URSS et la situation qui en découle, l’émigration des années 1990 n’est plus un arrachement définitif mais l’occasion pour de nombreux écrivains de s’installer ailleurs pour vivre ou travailler.

 

 

 

Certains ont fait le choix de la langue française dont ils sont devenus des figures emblématiques : Henri Troyat (de son vrai nom Lev Tarassov), Maurice Druon, Romain Gary (Roman Kassev) et Andreï Makine, lauréats du Prix Goncourt ; la comtesse de Ségur (née Sophie Rostopchine) ; d’autres ont été élus à l’Académie française comme Joseph Kessel, Henri Troyat, Maurice Druon, Hélène Carrère d’Encausse et plus récemment Andreï Makine, d’autres encore comme Nathalie Sarraute (Natalia Tcherniak) ont été à l’origine de courants littéraires.

 

Mais la majorité d’entre eux a continué à s’exprimer en russe. D’autres ont écrit dans les deux langues comme Marina Tsvetaïeva et Vladimir Nabokov et on se penchera également, dans le cadre du volet « russophonie » de notre événement, sur le choix de la langue russe comme langue d’écriture pour les auteurs qui ont une autre nationalité. Quelle que soit la langue d’écriture, la richesse de leur apport à la culture française n’est plus à démontrer.

 

Reste à s’interroger à la fois sur la façon dont ils ont été accueillis par leurs pairs et sur la façon dont leur œuvre a évolué en exil. La littérature est-elle devenue pour eux un refuge intérieur, une consolation à la douleur de l’émigration ? Apportent-ils un éclairage nouveau sur les sociétés qui les accueillent, sont-ils inspirés par la rancœur, la nostalgie, l’idéalisation du pays quitté ? Comment leurs points de vue ont-ils évolué ?